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Un scénario étudié par Ottawa prévoit loger les réfugiés syriens dans les bases militaires

Le gouvernement de Justin Trudeau envisage de recourir aux bases militaires comme Valcartier ou Trenton pour héberger les 25 000 réfugiés attendus d’ici la fin de l’année. Selon ce que Le Devoir a appris, un scénario à l’étude prévoit l’arrivée de pas moins de 6000 réfugiés par semaine.
Des bases militaires de partout au Canada pourraient être mises à contribution, notamment au Québec. On ignore à partir de quand les groupes de réfugiés arriveront, mais, chose certaine, le gouvernement a peu de temps devant lui pour décider s’il opte ou non pour cette façon de faire.Interrogé à ce propos jeudi, le nouveau ministre de l’Immigration et des Réfugiés, John McCallum, a dit qu’il était « trop tôt pour préciser le plan de match ». Il n’a cependant pas nié que la Défense serait appelée à jouer un rôle (en plus de l’Immigration, de la Sécurité publique, de la Santé et des Affaires étrangères). « Donc ça vous donne une idée de la complexité de tout cela, le fait que tous ces différents ministères sont concernés, en travaillant au sein de ce qu’on pourrait appeler une approche du gouvernement dans son ensemble », a-t-il expliqué.
Le scénario d’une prise en charge par l’armée s’inspire de ce qui avait été fait en mai 1999 lors de l’arrivée des réfugiés kosovars. À l’époque, ils avaient été accueillis par milliers aux bases de Trenton (Ontario) et de Greenwood (Nouvelle-Écosse) dans des installations adéquates pour l’été. Mais avec une arrivée projetée en décembre, il faudra assurément procéder autrement et mobiliser davantage de bases.Concernant la capacité totale d’accueil des bases canadiennes, Le Devoir a tenté sans succès jeudi d’obtenir des réponses de la Défense nationale. On n’a pas pu non plus nous fournir une réponse précise en ce qui concerne la base militaire de Valcartier, à Québec.
Une attention particulière aux plus vulnérables Quant à savoir combien de temps les réfugiés pourraient être hébergés dans les bases, cela pourrait être long si on se fie à ce qui s’était produit en 1999. À l’époque, les Kosovars y avaient passé plusieurs semaines avant qu’on trouve un hébergement à tout le monde.
Le scénario envisagé pour les Syriens prévoit toutefois que les examens de santé et les vérifications de sécurité soient menés à partir des camps de réfugiés avant le départ vers le Canada. Ces camps se trouvent en Turquie, en Jordanie et au Liban.Au Conseil canadien pour les réfugiés (CCR), on estime que le recours aux bases constitue une bonne avenue même si ce n’est pas la « solution idéale ». Les bases militaires peuvent être « traumatisantes » pour des personnes qui fuient la guerre et ne sont pas conçues pour accueillir des enfants, explique Janet Dench, présidente du CCR. « Mais si on veut faire venir 25 000 personnes en très peu de temps, on peut comprendre que ce soit une option », dit-elle.
À son avis, on devrait tenir compte de la vulnérabilité des personnes, et les « plus traumatisées » pourraient être hébergées ailleurs, comme dans des refuges.Lorsqu’on l’interroge sur la possibilité qu’on accueille jusqu’à 6000 réfugiés par semaine, elle concède que cela peut sembler beaucoup, « mais qu’il faut aussi penser aux pays qui reçoivent beaucoup plus de gens que cela de façon quotidienne ». « En Allemagne, ils sont en train d’envisager d’accepter 800 000 réfugiés demandeurs d’asile cette année, même plus. Donc 25 000, c’est modeste dans ce contexte-là. »
Arrivées nombreuses
Pendant ce temps, les réfugiés parrainés par des familles et des groupes arrivent par dizaines dans la métropole. « On a encore une famille qui arrive ce soir », signalait jeudi Nayri Tavlian, de l’organisme de parrainage arménien Hay Doun. « Depuis à peu près un mois, on reçoit chaque semaine entre 20 et 40 personnes. La semaine prochaine et la semaine d’après, par exemple, nous avons au moins 24 familles qui vont arriver. »La majorité de ces familles proviennent du Liban, où la situation « se détériore de jour en jour », selon Mme Tavlian. Contrairement à la grande majorité des 25 000 réfugiés attendus cette année, ils ne sont pas pris en charge par l’État, mais par des membres de leur famille ou des organismes de bienfaisance.
La présidente de Hay Doun signale par ailleurs que le « déblocage » de nombreux dossiers ne semble pas découler de l’arrivée d’un nouveau gouvernement à Ottawa, parce que les autorisations ont commencé à se multiplier pendant la dernière semaine de la campagne électorale.Les familles qui arrivent depuis un mois s’établissent surtout à Montréal et à Laval. Elles se débrouillent en anglais, mais très peu parlent le français. « Les gens qui nous arrivent sont tous très éprouvés. Ils ont vécu toutes sortes de choses. Certains ont été kidnappés, d’autres ont été torturés. Certains ont perdu leur mère, leur père… Il y en a aussi qui sont très éprouvés économiquement. Dans le passé, ce sont des gens qui vivaient très bien, et ils arrivent ici avec presque rien. »
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