Il se pourrait qu’à terme, les entreprises qui émettent trop de CO2 deviennent de mauvais investissements financiers
L’Office fédéral de l’environnement (OFEV) a sorti, fin septembre, une analyse intitulée «Risque carbone pour la place financière suisses». Le thème se révèle passionnant et ouvre la porte à de nombreux questionnements. De quoi parle-t-on au juste? Le secteur financier suisse investit massivement dans des entreprises. Cela ne pose pas de problème tant que celles-ci n’émettent pas de grands volumes de CO2 ou ne produisent pas d’énergies fossiles. En prenant cet angle d’analyse, on se rend rapidement compte du risque potentiel qu’il y a à investir dans de telles entreprises, à l’heure où la communauté internationale demande que soient réduites les émissions de CO2 afin d’éviter l’accélération du réchauffement climatique. Il se pourrait qu’à terme, les entreprises qui émettent trop de CO2 deviennent de mauvais investissements financiers, notamment à cause de la hausse du prix de ces émissions, comme l’explique l’OFEV. «Le CO2 associé à des investissements comporte des risques importants: la fixation d’un prix pour le CO2 – par exemple lors de l’introduction d’une taxe ou d’un système échange de quotas d’émissions – pourrait entraîner une perte de valeur de plusieurs milliards de francs suisses».
En Suisse, où un franc sur neuf est réalisé dans le secteur de la finance, l’OFEV estime que le marché des fonds en actions finance 52,2 millions de tonnes d’émissions d’équivalents CO2 à l’étranger, soit près du total des émissions produites par la Suisse en 2013. Une hausse du prix des émissions induira un risque pour le marché des actions, évalué entre un et 6,75 milliards de francs, selon l’évolution du prix du CO2. «Ainsi, de par ses investissements sur les marchés financiers mondiaux, la place financière suisse favorise un scénario induisant un réchauffement climatique mondial de 4 à 6 degrés Celsius», note l’OFEV, qui souhaite sensibiliser les investisseurs suisses à la problématique environnementale. L’enjeu est de taille, surtout que la plupart des investisseurs ne semble pas connaître l’importance du risque carbone ni n’en font le suivi. L’OFEV propose plusieurs pistes de solutions, comme la mesure systématique du risque d’investissement lié aux changements climatiques, s’adjoindre les services de personnes spécialisées dans le domaine de l’environnement, capables de mettre le risque carbone en lumière, informer les parties prenantes des conséquences climatiques qu’impliquent certains investissements, intégrer des stratégies de préservation du climat dans les décisions d’investissement et se fixer des objectifs climatiques, ou encore examiner de plus près des possibilités d’investissements respectueux du climat.
Bien entendu, si les investisseurs doivent être attentifs au risque carbone dans la composition de leurs portefeuilles, cela signifie aussi que les entreprises ont tout intérêt à prendre cette composante en considération et à mettre des mesures de protection du climat en place, avant que les investisseurs se détournent d’elles pour ces raisons.
C’est un cercle vertueux auquel il faut s’atteler rapidement. La Conférence de Paris sur le climat, qui débute le 30 novembre, doit conduire à un accord climatique visant à endiguer le réchauffement climatique. Les entreprises, au même titre que toutes les autres parties prenantes, devront faire des efforts pour parvenir aux objectifs visés. Il vaut mieux anticiper les nouvelles règles qui seront mises en place plutôt que d’en subir la contrainte. Etre proactif dans ce domaine est la meilleure des attitudes.
* FER Genève