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Les quelques chefs d’Etat africains qui avaient accepté l’invitation ne s’y sont pas trompés: s’ils ont bien dû signer un Plan d’actions, ils ont aussi dénoncé un jeu de dupes

Réunis à Malte, les responsables des Etats européens ont prié leurs collègues africains de mettre de l’ordre sur leur continent pour que leurs ressortissants cessent de traverser en trop grand nombre la Méditerranée. Un deal a été mis sur la table: les Européens vont un peu aider l’économie africaine, un peu soutenir les forces de sécurité contre les extrémistes, un peu faciliter l’immigration légale, un peu participer à la chasse aux trafiquants d’humains. En échange, les Africains accepteront de réintégrer leurs ressortissants en situation illégale et feront un peu mieux la police sur leur territoire. Et qu’est-ce que l’Europe a proposé pour financer tous ces projets? 1,8 milliard d’euros, une somme dérisoire. La Commission dirigée par Jean-Claude Juncker espère doubler ce chiffre, mais la réalité, c’est qu’au sortir de leur sommet, seuls 78 millions de contributions étaient sur la table. Autant dire rien.

Les quelques chefs d’Etat africains qui avaient accepté l’invitation ne s’y sont pas trompés: s’ils ont bien dû signer ce Plan d’actions, ils ont aussi dénoncé un jeu de dupes. Si l’on admet qu’une grande partie de cette migration est d’ordre économique, la solution passe alors par un soutien au développement beaucoup plus significatif. Il ne peut s’agir d’une simple aide – aux effets controversés – mais d’une véritable ouverture au commerce et d’une révision de la fiscalité des entreprises qui se nourrissent des matières premières de l’Afrique sans contribuer à sa prospérité, comme l’a rappelé le chef de l’Etat sénégalais, Macky Sall. Ce sont les inégalités qui nourrissent le rêve européen de ces migrants-là.

Dans le même temps, les chefs d’Etat européens devaient se mettre d’accord pour une aide de 3 milliards d’euros qui seront prochainement proposés à la Turquie, en échange du maintien sur son territoire de centaines de milliers d’Irakiens ou de Syriens qui ne rêvent eux aussi que d’une chose: gagner l’Europe.

Confrontée à la principale vague migratoire de son histoire – qui pourrait n’en être qu’à ses débuts – l’Union européenne cherche par tous les moyens une parade, au-delà de ses frontières, pour freiner ces flux qui menacent ses équilibres internes et la solidarité des Etats qui la composent. Les rares pays qui ont eu le courage de mener une politique d’accueil en accord avec les principes de l’asile donnent des signes d’essoufflement. Il y a urgence d’agir, sinon on assistera bientôt au retour des frontières à l’intérieur du continent, et ce sera le début de la déconstruction européenne. A défaut d’une politique étrangère et d’une armée capable d’intervenir pour stopper les conflits qui nourrissent l’exode, les deals que proposent les Européens avec l’Afrique, la Turquie ou tout autre pays source de migrants ne sont pas absurdes. Mais il faudra engager des sommes bien plus importantes pour que ce soit efficace.

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