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À circonstances exceptionnelles, décisions exceptionnelles.
Dominique Jamet , Journaliste et écrivain
C’est lorsqu’on est le plus tenté de perdre son sang-froid qu’il est le plus nécessaire et le plus méritoire de le conserver. Ce n’est pas parce que l’on condamne une politique et ceux qui, l’ayant menée, portent la responsabilité de ses conséquences qu’il faut céder aux facilités de l’excès et sombrer dans le déni de la réalité. Soyons simples et allons droit au but : quoi que l’on pense de François Hollande et de Manuel Valls – et les fidèles de Boulevard Voltaire savent ce que nous en pensons -, il serait débile de nier que, confrontés au déchaînement bestial de la violence djihadiste, le président de la République et son Premier ministre ont trouvé les mots justes et ont eu les gestes appropriés. Comme en janvier dernier.

L’émotion du chef de l’État, vendredi dernier, pour une fois, n’était pas feinte. François Hollande a stigmatisé comme il convenait les auteurs et les inspirateurs du crime, il s’est immédiatement rendu sur les lieux des attentats, il en a appelé au courage, à la dignité et à l’unité de la nation. Il a décidé de recevoir hier les représentants de tous les partis politiques, sans exception. Il a décrété trois jours de deuil national. Il s’est conduit conformément à ce que l’on est en droit d’attendre du premier magistrat de la République. Comme en janvier dernier.

Le chef du gouvernement, quant à lui, fidèle à lui-même et au modèle dont il se réclame, a tenu un langage à la Clemenceau, ne craignant pas d’appeler les choses et les gens par leur nom, de mettre les points sur les i et d’afficher une détermination sans faille. On nous a déclaré la guerre, a-t-il dit, nous sommes en guerre, nous ferons la guerre et nous gagnerons la guerre.

Aux discours officiels ont fait écho les réactions de la population. Sitôt passés la première stupeur et l’effroi, l’humeur de la France est au chagrin et à la colère, comme le titre très justement Le Figaro. Les fleurs, les larmes, les rassemblements spontanés, les marches blanches, les mille démonstrations, les mille formes de la compassion et de l’indignation ne devraient pas, contrairement à ce qui s’est passé en janvier dernier, s’arrêter à un immense défilé plein de cœur mais vide, sinon de sens, au moins de suites. Cette fois, les Français ne se laisseront pas avoir. Ils ont déjà trinqué, ils ont déjà donné, ils ont déjà été déçus, sur le plan de la sécurité, comme dans tant d’autres domaines. S’ils se tournent encore vers ceux qui, titulaires du pouvoir, ont la charge de conduire, de protéger, de défendre les intérêts nationaux, c’est pour leur dire très clairement : les grands discours, les poses avantageuses, les mots creux, ça suffit ; ce qu’il nous faut maintenant, ce sont des actes.

De fait, et pour une fois, des actes ont immédiatement suivi les événements que l’on sait. La mobilisation de toutes les forces de l’ordre disponibles, la reprise de la maîtrise et du contrôle de nos frontières, l’instauration, dans l’urgence, de l’état d’urgence, autant de mesures que réclamaient depuis des mois les hommes de bon sens, autant de mesures qui vont dans le bon sens. La moindre des choses était de boucher, autant que faire se peut, les trous de la passoire européenne, et il allait de soi, au vu de la situation, qu’il y avait urgence à faciliter le travail de la police en matière de maintien de l’ordre, d’enquêtes, de perquisitions, d’interpellations…

Et maintenant ?

À circonstances exceptionnelles, décisions exceptionnelles. Si le gouvernement, une fois de plus, après avoir esquissé une inflexion de sa politique, retombait dans son habituelle impéritie, dans son inertie, dans sa veulerie, il se rendrait coupable d’une véritable trahison des devoirs de sa charge et des intérêts de son pays. Les mots ne sont rien s’ils ne sont pas suivis d’effets, et il n’y a d’effets que là où il y a la volonté.

L’urgence n’impose pas seulement à racler les fonds de tiroir de la police et de l’armée pour placer quelques hommes en uniforme à l’entrée des music-halls et à la sortie des stations de métro.

L’urgence, dès lors que nous sommes en guerre, commande d’équiper et d’armer tous ceux qui, quel que soit leur âge ou leur métier, présentent les garanties nécessaires de civisme et de capacité. Au passage, on remerciera M. Chirac d’avoir, en abolissant le service militaire, fait l’impasse sur toute autre hypothèse que celles des opérations extérieure ou de l’apocalypse nucléaire. Il y a également urgence à assouplir les textes et les procédures encadrant la légitime défense des gardiens de l’ordre.

À peine l’enquête ouverte sur les attentats du 13 novembre, on apprenait que l’un des assassins, déjà huit fois condamné pour des délits de droit commun et inscrit depuis 2010 au fichier S des individus « radicalisés », était en liberté et ne faisait l’objet d’aucune surveillance particulière. Il est urgent d’interpeller et d’arrêter tous ceux qui figurent dans ce fichier et d’assécher ainsi le vivier où recrute Daech. Si le ministre de la Justice n’est pas d’accord, le moment est venu d’exfiltrer Mme Taubira. Il y a également urgence à expulser immédiatement les imams et autres prédicateurs enflammés qui jettent de l’essence sur le feu. La mosquée brûle, l’urgence est d’éteindre l’incendie.

À l’extérieur, le gouvernement français doit immédiatement rompre avec les choix erronés et désastreux qui sont les siens depuis le début de la crise syrienne et qui furent ceux du prédécesseur de M. Hollande vis-à-vis des « printemps arabes » et de la Libye. La France doit rejoindre les rangs de ceux qui considèrent que l’ennemi numéro un de la civilisation n’est pas Bachar el-Assad mais Daech, convaincre les États-Unis et sommer la Turquie et les monarchies du Golfe de mettre un terme à leur double et triple jeu et de s’attaquer enfin au nid du serpent. Ce n’est ni à Courcouronnes ni même à Molenbeek, c’est à Raqqa, c’est à Palmyre, c’est à Mossoul que nichent et sévissent les chefs de la moderne secte des Assassins. C’est de là que partent les ordres et les exécutants. C’est là que doit se mener et que se perdra ou se gagnera la guerre qui nous est faite. C’est la seule réparation qui soit à la hauteur du crime dont nous venons d’être tous les victimes.

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