Dans la nuit de l’horreur, l’errance mortelle d’Abdelhamid Abaaoud et de Salah Abdeslam

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Des policiers français autour de la salle de concert du Bataclan à Paris, le vendredi 13 novembre.© Reuters / © Christian Hartmann / Reuters

Richard Werly

Les deux organisateurs présumés des attentats parisiens ont sillonné la capitale française le 13 novembre à partir de 21 heures. Un puzzle que la police n’a pas encore complètement reconstitué

Quel rôle exact ont joué Abdelhamid Abaaoud et Salah Abdeslam, aujourd’hui présentés comme les principales figures derrière les attentats du 13 novembre à Paris, qui ont causé la mort de 130 personnes? Cette question est désormais celle que les policiers français se posent en priorité, d’autant que le second est toujours en fuite et recherché, après avoir été ramené en Belgique samedi 14 novembre au petit matin par deux de ses relations, interpellées ensuite par la police belge.

Le plus dangereux, sur la base des informations obtenues depuis dix jours et confirmées mardi soir par le procureur François Molins paraît être, de loin, Abdelhamid Abaaoud, abattu par les policiers le 18 novembre lors de l’assaut sur l’appartement où il avait trouvé refuge à Saint-Denis. Considéré avant ces événements tragiques comme un recruteur privilégié des combattants francophones de l’Etat islamique, ce Belgo-marocain originaire de Molenbeek (Bruxelles) aurait piloté le commando des «terrasses», abandonné ensuite à Montreuil la voiture Seat dans laquelle les tueurs se trouvaient, puis fait-tout pour revenir, en métro, à proximité des lieux des attentats, y compris non loin du Bataclan.

Une zone d’entrepôts comme refuge

Ce qu’il a fait, entre 22 heures et minuit et demi le 13 novembre, heure à laquelle son téléphone portable a été logé dans ces quartiers ensanglantés de Paris, reste mystérieux. Il aurait été accompagné, tout au long de son périple, d’un complice avec lequel il se serait ensuite réfugié dans une zone d’entrepôts proche d’Aubervilliers, se cachant dans des «buissons» avant d’y être récupéré mardi 15 novembre par sa cousine pour être emmené à Saint-Denis. Sa fuite avait semble-t-il un but: perpétrer un nouvel attentat kamikaze dans le quartier des affaires de la Défense. Le terroriste qui s’est fait exploser à Saint-Denis, lors de l’assaut, serait le fameux complice d’Abaaoud. Il n’a pas été identifié mais ses empreintes ont été retrouvées sur du matériel et dans les voitures utilisées.

Une ceinture d’explosifs a été retrouvée à Montrouge, au sud de Paris, le 23 novembre 2015. AFP / JACQUES DEMARTHON

L’itinéraire de Salah Abdeslam est plus mystérieux encore, car il semble que ce dernier, après avoir participé aux attaques contre les terrasses, ait été chargé d’une autre mission terroriste qu’il n’a pas perpétrée. L’Etat islamique avait revendiqué, dans la foulée du 13 novembre, un attentat commis dans le 18ème arrondissement de Paris, là où a été retrouvée sa voiture. Or rien ne s’est passé et Salah Abdeslam est au contraire «logé» par son téléphone portable dans le sud de la capitale, à Montrouge, où il aurait abandonné une ceinture d’explosifs retrouvée lundi. Pourquoi cet attentat n’a-t-il pas eu lieu? Pourquoi ce changement d’itinéraire de la part d’un terroriste qui, juste avant, avait suivi à la lettre les consignes, au point de déposer son frère Brahim au café le Comptoir Voltaire pour s’y faire exploser?

Mohamed Abrini, l’artificier des commandos

Salah Abdeslam pourrait avoir rejoint, dans cette ville de banlieue, le nouvel homme recherché depuis mardi soir: Mohamed Abrini, lui aussi Belgo-marocain originaire de Molenbeek. C’est lui, compte tenu des renseignements reçus sur son compte, que les enquêteurs considèrent aujourd’hui comme l’artificier des différents commandos. Il serait arrivé à Paris en compagnie de Salah Abdeslam le 11 novembre. Son travail pourrait avoir consisté à confectionner les ceintures d’explosifs. Mohamed Abrini est-il en fuite, comme le croit la police qui a lancé un mandat d’arrêt international? Pour l’heure, Salah Abdeslam et lui sont en tout cas les suspects les plus recherchés d’Europe.

Mohamed Abrini, recherché par la police, serait l’artificier des commandots. AFP PHOTO/BELGIAN FEDERAL POLICE / HO

L’important est de rappeler que le puzzle de l’itinéraire des terroristes, deux semaines après les attentats, reste encore très incomplet. Même si la nouvelle d’un éventuel retour sur les lieux du crime de Abdelhamid Abaaoud au moment même où François Hollande intervenait en direct à la télévision épouvante l’opinion publique, rien ne dit qu’il était là en spectateur, dans la foule. Il pourrait fort bien être revenu à un point de rencontre déterminé avec ses complices, en vue d’une exfiltration. Ce que prouvent les dernières révélations du procureur est surtout le mélange affolant de coordination et de détermination de ces tueurs qui, semble-t-il, n’avaient pas de plans de repli organisé et comptaient donc tous mourir à Paris.

L’errance d’Abdelhamid Abaaoud et de son complice dans une zone d’entrepôts, lundi et mardi, soit 48 heures, est particulièrement éloquente. Sont-ils arrivés là après des repérages ou dans leur fuite éperdue? Il semble que les armements découverts après l’assaut de Saint-Denis aient été moins lourds qu’annoncés. Les hommes n’avaient plus sur eux que des grenades et un pistolet. Le mystère de la nuit de l’horreur parisienne pèse toujours très lourd à la veille, vendredi matin, de l’hommage national aux victimes que présidera François Hollande aux Invalides.

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