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des abus, La république, le favoritisme, Le népotisme, Les pistonnés, les privilèges

La République, qui a aboli les privilèges, en a inventé d’autres. Censée défendre l’égalité dans l’accès aux emplois publics, elle a réservé des places de prestige aux amis du pouvoir. En considération de leur mérite ou par piston ?
La loi entraîne parfois des abus qu’elle devrait pourtant exclure. C’est ainsi qu’elle a instauré un « tour extérieur » qui permet au président de la République de nommer, en conseil des ministres, des inspecteurs généraux de l’Éducation nationale dans une proportion d’un poste sur cinq, sans autre condition que d’âge. Voilà la porte ouverte à des nominations de complaisance où le mérite, l’expérience et la compétence cèdent la place à des critères plus subjectifs : recaser des membres de cabinets ministériels, s’assurer la reconnaissance de quelques obligés qui deviendront sans état d’âme les propagandistes zélés de la politique gouvernementale…
La presse a récemment signalé la nomination au tour extérieur d’une agrégée de philosophie qui avait pourtant tous les titres requis pour se porter candidate à l’inspection générale sans passer par cette voie réservée. Il se trouve que c’est l’ex-épouse d’un ex-ministre de l’Éducation nationale. Et les rumeurs de se répandre sur cette nomination : l’existence même d’un « tour extérieur » autorise toutes les hypothèses et, au bout du compte, c’est le bénéficiaire, méritât-il sa promotion, qui en pâtit.
Le népotisme et le favoritisme sont malheureusement des défauts de tous les gouvernements. En 2010, le premier président de la Cour des comptes écrivait au Premier ministre pour s’étonner que, sur douze inspecteurs généraux nommés au tour extérieur entre 2002 et 2008, cinq d’entre eux faisaient preuve d’« insuffisances professionnelles ». Le doyen de l’inspection générale de l’époque devait s’arracher les cheveux, à la vue des pistonnés, parfois incompétents ou ignorants, que le pouvoir politique lui imposait.
Mais la meilleure niche reste sans doute le Conseil économique, social et environnemental (CESE), dont les membres vont être renouvelés : les candidats se bousculent pour faire partie des heureux élus et des quarante personnalités qualifiées qui viendront siéger dans la troisième assemblée de la République, ce machin qui coûte cher mais peut rapporter gros, dont on se demande quelle est l’utilité réelle – sinon de donner un coup de main au pouvoir en cas de besoin, comme en février 2013 où il déclara irrecevable la pétition citoyenne de 700.000 signatures lancée par la Manif pour tous.
Quand le piston l’emporte sur le mérite, quand le copinage supplée la compétence, les pratiques courtisanes sont encouragées, la défiance envers les institutions se développe : la République elle-même sape ses fondements.