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Et voilà que, par la grâce de Claude Bartolone, président de l’Assemblée nationale et candidat plus qu’hésitant en Île-de-France aux prochaines élections régionales, nous revient l’ancestral tropisme sécuritaire de la gauche, toujours prompte, de Georges Clemenceau à Jules Moch, à faire tirer la troupe sur les ouvriers grévistes et autres « classes sociales dangereuses ».
De quoi s’agit-il ? Simplement de rétablir un « service civil », censé remplacer le « service militaire », depuis longtemps aboli par cet autre radical-socialiste que fut Jacques Chirac. Évidemment, comme nous avons affaire à des libéraux et des libertaires, la nouvelle corvée sera laïque, gratuite et, surtout, obligatoire ; et, comme toujours, prise dans l’urgence, suite aux attentats de ce funeste vendredi 13 novembre.
Plus précisément, à en croire le principal intéressé : « Il sera d’une durée de six mois et concernera filles et garçons. » Chouette ! La parité sera respectée et l’honneur sauvé. Le programme ? « Un apprentissage des valeurs républicaines, des gestes de premiers secours, du permis de conduire, du BAFA (brevet d’aptitude aux fonctions d’animateur), du brevet d’encadrement sportif… »
En d’autres termes, une colonie de vacances, ou revival pétainiste, façon Chantiers de jeunesse ; voilà qui n’aurait pas déplu à François Mitterrand qui, à l’instar de ses homologues socialistes d’alors, ne fut jamais gaulliste que de loin.
Remarquez, une autre camarade de Claude Bartolone, Ségolène Royal – dont le père ne fut pas non plus un bulldozer du genre progressiste, à l’instar de celui de son ex-compagnon, François Hollande – proposait, en 2007, pareil programme de retour à cette terre qui ne ment pas : jeunes délinquants pris en charge par l’armée, lits au carré et fanions tricolores aux fenêtres. Ou quand la lecture du Manuel des castors juniors en vient à remplacer celle du Capital…
Le problème, comme toujours, est celui de ces mesures prises à la va-vite et dont on ne sait que trop bien qu’elles ne seront jamais appliquées, et réside généralement en leur éventuelle mise en œuvre. Ainsi imagine-t-on sans peine ce défilé de hipsters aux barbes taillées au carré, marchant main dans la main avec zyvas à capuches, suivies par des Versaillaises en col claudine et des cagoles de cités, « piercées » du nombril jusqu’au dernier et introuvable neurone.
Remarquez que le concept n’est pas si bête, on voit pareille assemblée dans les spectacles de Dieudonné. Si c’est pas du « vivre ensemble », ça ? Côté Parti socialiste, ça renaude, évidemment. On se sent pris de court, surtout que Valérie Pécresse proposait en gros semblable mesure, même si ayant participé à un gouvernement ayant considérablement réduit les effectifs des forces de l’ordre à portion congrue ; d’où le tangible malaise.
Heureusement, qu’il soit mis en œuvre ou pas, ce service militaire new look devrait enseigner, à coups de knout s’il le faut et parce qu’ils le valent bien, « les valeurs républicaines » à nos jeunes têtes plus ou moins blondes. « Valeurs républicaines » pour le moins floues, de fait… Espérer que des Femen apprennent à d’autres femmes qu’il vaut mieux marcher seins nus que la tête voilée ? Attendre que des salafistes parviennent à convaincre les fans d’AC/DC qu’écouter du rock ne fera que les transformer en porcs ou scolopendres dans une possible vie postérieure ?
Une fois de plus, nous voilà retombés dans un vieux classique : des guerres hasardeuses déclenchées par des andouilles de gauche et que perdront, comme toujours, mais avec un indéniable panache, des couillons de droite.
À force de se répéter, la vie est parfois lassante.