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PATRICK DÉSAVIE

L’Île-de-France demeure la première région industrielle française. Un statut qu’elle doit au grand nombre de sièges sociaux sur son territoire mais aussi à des activités manufacturières dominantes comme la fabrication de matériels de transport et la pharmacie.


Les industries d’Ile-de-France –

Grigny (Essonne), 12 novembre. Coca-Cola Entreprise inaugure une nouvelle ligne de production de canettes qui lui a coûté 30 millions d’euros. Issy-les-Moulineaux, 3 juin, la même entreprise fête son installation dans son nouveau quartier général.

Deux événements pour deux facettes de la réalité de l’industrie en Île-de-France, une région qui, en France, demeure en tête en nombre d’emplois industriels (467 389 salariés au 31 décembre 2012) mais le doit pour une bonne partie à la présence, sur son territoire, d’un très grand nombre de sièges sociaux.

Selon une étude de l’Insee de 2013, l’industrie francilienne a perdu la moitié de ses effectifs entre 1990 et 2010. Parallèlement, elle se tertiarise de manière grandissante. Pour autant, elle résiste bien autour de ses bastions que sont la fabrication de matériels de transport, la production de produits informatiques, électroniques et optiques ou encore l’industrie pharmaceutique.

En route vers la silver économie

La région-capitale tire encore profit de la révolution numérique et sera à l’épicentre de cette dernière quand sera mené à son terme, en 2016, le projet de la Halle Freyssinet à Paris où pourront s’épanouir jusqu’à 1 000 jeunes pousses numériques. L’Île-de-France occupe aussi des positions fortes dans l’industrie cosmétique. Elle est, également, en train de se placer pour bénéficier du boom attendu de la « silver économie », l’économie au service des personnes âgées.

Le secteur lié aux transports est le premier employeur industriel de la région avec 78 000 salariés, avec des leaders solidement ancrés dans la région. Certes, le groupe PSA a fermé son établissement d’Aulnay-sous-Bois (Seine-Saint-Denis) mais il a parallèlement injecté de l’argent pour moderniser son usine de Poissy (Yvelines) tandis que Renault investira, d’ici 2017, 100 millions d’euros dans son site de Flins (Yvelines). Autre chef de file, Safran, tient avec son nouveau moteur Leap de quoi remplir pour plusieurs années les carnets de commandes de ses trois grands établissements franciliens.

Des écosystèmes complets avec les pôles

Le conseil régional d’Île-de-France fait, depuis quelques années, porter ses efforts tant sur le renforcement des PME-PMI que sur la valorisation de l’innovation. L’Île-de-France est la première région d’Europe pour les capacités et les dépenses de recherche et développement avec plusieurs filières prioritaires soutenues par le conseil régional : la santé, le numérique, la mobilité au sens large, la mécanique, l’optique et les systèmes complexes.

L’action régionale peut s’appuyer sur les écosystèmes complets qui se sont constitués autour de très grands pôles de compétitivité aujourd’hui mondialement reconnus comme Systematic, fédérant quelque 800 acteurs du numérique et des métiers du logiciel, Astech (aéronautique et spatial), Cap Digital, le pôle de la transformation numérique, Medicen qui explore les domaines de la santé humaine ou encore Mov’eo pour le véhicule du futur.

Pour accentuer la démarche, Jean-Noël de Galzain, président de Wallix, un éditeur de logiciels de cybersécurité, et vice-président de Systematic, suggère la création d’un « small business innovation and research » (SBIR). « L’enjeu, c’est l’accès à la commande publique et aux marchés innovants, note Jean-Noël de Galzain. Comme cela s’est fait dans d’autres pays, cela pourrait permettre aux entreprises innovantes d’avoir un accès plus facile aux projets, aux commandes des donneurs d’ordres. »

Île-de-France à deux vitesses

Au fil du temps, la plupart des départements ont acquis une spécialité. Paris reste marqué par l’industrie de l’habillement. Les Yvelines profitent de la construction automobile. L’Essonne se focalise sur la fabrication de produits informatiques, électroniques et optiques et se nourrit d’espoir avec les projets du plateau de Saclay. Les Hauts-de-Seine tirent leur force de la pharmacie. Le Val-de-Marne se concentre sur les produits pharmaceutiques et les denrées alimentaires. La Seine-Saint-Denis a lié son avenir au développement du multimédia et des datacenters en rêvant de décrocher l’or olympique si toutefois Paris est retenu pour accueillir les JO de 2024.

La région s’attaque également à gommer les disparités entre les territoires. Il faut toutefois s’interroger sur les déséquilibres potentiels que pourrait provoquer la Métropole du Grand Paris qui englobera Paris et les communes de la petite couronne au 1er janvier 2016. Les départements de grande couronne étaient déjà inquiets de devoir passer en seconds dans le calendrier de déploiement du métro automatique du futur Grand Paris Express. Les voilà qui craignent une Île-de-France à deux vitesses.

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