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François-Xavier Lefèvre

En 2014, le gouvernement wallon a accordé pour près de 400 millions d’euros de licences. L’Arabie saoudite reste le principal marché pour les ventes d’armes belges

L’armement reste une activité lucrative en Wallonie. L’année dernière, les exportations wallonnes de matériel militaire ont généré un revenu de 385,761 millions d’euros, apprend-on à la lecture du rapport 2014 sur les ventes d’armes approuvé il y a une dizaine de jours par la sous-commission du Parlement wallon sur le contrôle des licences d’armes. C’est 15,8% de mieux par rapport à 2013.

Ce montant, qui ne représente que 0,86% des exportations wallonnes, est cependant bien peu par rapport à toutes les autorisations de ventes délivrées par le gouvernement wallon. Au total, la Région wallonne a accordé 1.251 licences d’exportation et de transferts l’année dernière, contre 1.348 en 2013, constate le rapport parlementaire que nous avons pu consulter. « En 10 ans, le nombre de licences octroyées par l’autorité wallonne a doublé (102%)« , pointe le document.

« La Région wallonne va devoir prendre ses responsabilités. »

Nicolas Tzanetatos (MR) Président de la sous-commission wallonne du contrôle des licences d’armes

Si toutes ces autorisations de ventes n’ont pas encore fait l’objet d’un échange commercial avec livraison et payement pour les entreprises wallonnes durant l’année 2014, ces 1251 licences devraient représenter un montant commercial global de plus d’1 milliard d’euros, soit une augmentation de 233% en comparaison à 2013. Moins de contrats sur un an, mais des montants investis plus importants, d’où l’augmentation de 233%. Et ces chiffres n’intègrent pas un méga contrat décroché par une entreprise wallonne avec le Canada pour plus de 3,2 milliards répartis sur 15 ans. « En le comptabilisant, on constaterait une augmentation de près de 838% par rapport à 2013« , est-il précisé.

Avec plus de 74% des licences octroyées, l’Europe et l’Amérique du nord restent les principaux clients des entreprises wallonnes, dont le numéro un – la FN Herstal – est propriété de la Région.

Près de 400 millions d’euros de contrats
 © Mediafin © Mediafin

Cela dit, à l’exception du Canada, l’Arabie saoudite est le deuxième plus gros acheteur d’armes wallonnes. Loin devant les Etats-Unis. Au Proche et au Moyen-Orient, « l’Arabie saoudite reste de loin le principal importateur de la région (397 millions d’euros) soit 85% des exportations wallonnes vers cette partie du monde« , note la sous-commission. Le gouvernement a ainsi accordé 49 licences dont la majorité portent sur des armes à feu et des munitions. La valeur commerciale est estimée à 397 millions d’euros. Par rapport à 2013, c’est quatre fois plus. Derrière l’Arabie saoudite, on trouve le Qatar (11 licences) et les Emirats Arabes Unis (13 licences).

« Le rapport d’Amnesty International (lire ci-dessous, NDLR) va maintenant obliger la Région wallonne à se poser des questions« , estime Nicolas Tzanetatos (MR), le président de la sous-commission wallonne de contrôle des licences d’armes. « Le Parlement contrôle l’octroi des licences sur base du rapporttransmispar le gouvernement wallon. Le ministre-Président Paul Magnette doit se poser des questions. La Région va devoir prendre ses responsabilités. Faut-il exporter des armes vers l’Arabie Saoudite, un pays qui finance l’Etat islamique dans le cadre de son conflit contre l’Iran? D’autres pays européens ne le font plus« , estime le député.

Cela dit, le rapport souligne que « le gouvernement a maintenu un niveau d’exigence particulièrement élevé, notamment en ce qui concerne les risques de détournement et de réexportation. » Le Parlement rappelle que 124 demandes ont nécessité un examen approfondi de la Commission d’avis. Cet organe, mis sur pied par le gouvernement wallon, est chargé d’examiner, pour les dossiers les plus sensibles, les critères d’octroi de licences. Parmi les précautions, la Wallonie exige « un certificat d’usage final« , peut-on lire. Ce document consiste en un engagement de la part du pays importateur que l’équipement vendu ne sera pas réexporté. Les exemples dénoncés hier par Amnesty International montrent les limites de cette « garantie »!

Aux USA, les armes de la FN sur GunTV

Partenaire respecté aux USA où il fournit ses fusils d’assaut aux forces spéciales, le groupe Herstal (FN Herstal, Browning) n’exclut pas que ses produits apparaissent sur la future chaîne de téléachat GunTV, consacrée aux armes à feu. Et ce sera contre son gré. En effet, ne fournissant pas directement sa fabrication civile (fusil de chasse, etc.) aux particuliers, la FN n’utilise pas la télé pour promouvoir ses produits. Mais ses clients distributeurs qui vendent des produits de plusieurs fabricants peuvent recourir au téléachat. Rien ne l’interdit. « GunTV » verra le jour en janvier prochain. Elle sera exclusivement dédiée à la vente d’armes à feu, de munitions, d’accessoires et de vêtements de chasse.Les téléspectateurs US pourront donc se procurer directement depuis chez eux des armes à feu. Mais ils devront passer chez le distributeur pour le retrait afin que celui-ci vérifie s’ils remplissent toutes les conditions. La nouvelle chaîne comptera 6 heures de programmes par jour dans un premier temps mais ses promoteurs espèrent par la suite proposer des émissions 24h/24.

Conscients des critiques à venir – surtout après la fusillade de San Bernardino –, les créateurs de la chaîne assurent qu’il s’agira aussi de se montrer responsable. Dans un clip de promotion, la chaîne explique qu’elle « répondra aux questions d’éducation, d’information et de sécurité concernant le commerce des armes à feu ».

http://www.lecho.be/economie_politique