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Bernard Tapie, coup de bluff, Nicolas Sarkozy, Politique, pouvoir de nuisance

Dans une interview au Journal du Dimanche, l’homme d’affaires français annonce son retour sur la scène politique. A l’en croire, le résultat des récentes élections régionales et les 6,5 millions de voix engrangées par le Front national seraient à l’origine de sa décision: «Personne ne peut contester mes succès passés face au FN, notamment aux Européennes de 1994, quand j’avais ramené, comme je l’avais promis, à 10% des voix. C’est toujours faisable à condition d’adopter les bonnes méthodes.»
Quelles méthodes? Interdire le chômage des jeunes – une idée qu’il avait lancée il y a une vingtaine d’années – et réinvestir «tous les fonds actuellement engloutis dans des formations et programmes inefficaces» – un projet que Tapie, alors député, avait déposé en… 1994.
Quant aux indéniables succès de Bernard Tapie contre Jean-Marie Le Pen et le Front national, ils remontent tout de même aux années 1989-1994. Depuis, le vieux chef frontiste a dû céder la place à Marine Le Pen et à un FN «dédiabolisé». Il ne suffit plus de traiter les électeurs du FN de «salauds» pour leur faire honte, comme Tapie l’avait fait lors d’un meeting à Marseille en janvier 1992.
Pourquoi cet infatigable joueur lance-t-il un tel coup de bluff qui semble désespéré, voire pathétique? Sans doute veut-il allumer un contre-feu médiatique au récent arrêt de la Cour d’appel le condamnant à rembourser les 405 millions d’euros qu’il avait obtenus lors d’un arbitrage privé pour solder son litige avec la structure de défaisance du Crédit Lyonnais.
Tapie ne cherche-t-il pas aussi à exercer son pouvoir de nuisance? Pour l’instant, il n’évoque pas sa candidature à l’élection présidentielle de 2017 mais entretient le flou à ce propos. En ce sens, Nicolas Sarkozy, le patron du parti Les Républicains, serait visé. Bernard Tapie avait «mouillé sa chemise» en 2007 pour soutenir la candidature de Sarkozy. Or, celui-ci n’a pas bougé le petit doigt pour le défendre dans l’affaire de l’arbitrage privé qui avait été conclu sous sa présidence et qui vaut à sa ministre d’alors, Christine Lagarde, aujourd’hui patronne du FMI, d’être renvoyée en Cour de justice de la République pour «négligence».
En se remettant ainsi en jeu, Bernard Tapie se rappelle peut-être au bon souvenir de son «copain» Nicolas Sarkozy. (TDG)