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Reuters
Des manifestants iraniens continuent d'exprimer leur colère au lendemain de l'exécution de Nimr al Nimr.Des manifestants iraniens continuent d’exprimer leur colère au lendemain de l’exécution de Nimr al Nimr. Photo :  Reuters Photographer / Reuter

Des manifestants iraniens ont envahi l’ambassade d’Arabie saoudite à Téhéran dimanche avant l’aube, exprimant la colère de l’Iran chiite au lendemain de l’exécution par l’Arabie saoudite du cheikh Nimr al Nimr, virulent critique du régime saoudien.

Les manifestants s’étaient massés devant les portes de l’ambassade pour protester, mais ils ont ensuite réussi à pénétrer dans l’enceinte et ont commencé à y allumer des feux avant d’être chassés par la police, rapporte l’agence de presse iranienne Isna.

Un des clichés diffusés sur les réseaux sociaux montre une salle saccagée et des meubles brisés, sous un portrait du roi Salman d’Arabie saoudite.

Peu après, le ministère iranien des Affaires étrangères a publié un communiqué appelant au calme et demandant aux manifestants de respecter les lieux diplomatiques, rapporte le site internet Entekhab.

Cette affaire semble mettre fin aux espoirs d’assister à un certain rapprochement entre les deux puissances du Golfe, l’Iran chiite et l’Arabie saoudite sunnite, face à un ennemi commun le groupe armé État islamique (EI). Les deux pays s’affrontent de façon indirecte dans les guerres qui ont lieu en Syrie et au Yémen par l’entremise de leurs partisans respectifs sur le terrain.

La quasi-totalité des 47 hommes exécutés samedi en Arabie saoudite étaient des sunnites condamnés pour des attentats réalisés par Al Qaïda en Arabie saoudite il y a une dizaine d’années, mais c’est le sort du cheikh al Nimr et de trois autres chiites, accusés d’avoir participé à des tirs sur des policiers en 2011-2013, qui a retenu l’attention dans le monde.

Le chef religieux chiite Nimr Baqr al-Nimr était le visage de la contestation politique en Arabie saoudite.Le chef religieux chiite Nimr Baqr al-Nimr était le visage de la contestation politique en Arabie saoudite. Photo :  Uncredited

« Terrible vengeance », la menace qui vient de l’Iran

Le site internet du guide suprême iranien, l’Ayatollah Ali Khamenei, a diffusé une photo d’un bourreau saoudien aux côtés du célèbre bourreau « John le djihadiste », avec le sous-titre « quelle différence? ».

Les Gardiens de la révolution (Pasdaran), organisation paramilitaire qui dépend directement de l’ayatollah Khamenei ont promis « une terrible vengeance » contre la famille royale saoudienne, la dynastie sunnite des Al Saoud, qui « provoquera la chute de ce régime proterroriste et anti-islamique ».

L’Arabie saoudite a convoqué l’ambassadeur d’Iran à Ryad. Peu après, son ambassade à Téhéran était envahie.

En Irak, où le gouvernement à majorité chiite est proche de l’Iran, plusieurs personnalités politiques et religieuses ont demandé la rupture des relations diplomatiques avec l’Arabie saoudite, s’interrogeant sur la volonté de Ryad de mettre sur pied une alliance régionale contre l’EI.

Du point de vue saoudien, les 47 exécutions de samedi visent à décourager le djihadisme en Arabie saoudite, victime elle aussi d’attentats sunnites qui ont fait des dizaines de morts l’an dernier.

Certains observateurs estiment que l’exécution des quatre chiites était un moyen pour le pouvoir de prouver qu’il ne fait pas de distinction entre chiites et sunnites quand il s’agit de punir les responsables de violences politiques.

La famille Al Saoud craint d’être renversée face à la montée en puissance des djihadistes sunnites en Syrie et en Irak. En outre, l’accord sur le programme nucléaire iranien, soutenu par les États-Unis, principal allié de l’Arabie saoudite, n’a rien fait pour apaiser les inquiétudes de Ryad.

Le Canada « déçu »

Ottawa a brièvement réagi à ces exécutions : « Le Canada a été déçu d’apprendre l’exécution de 47 personnes, y compris le cheikh Nimr al-Nimr, en Arabie saoudite, aujourd’hui », a écrit le ministère des Affaires étrangères à ICI Radio-Canada.

Béatrice Vaugrante, directrice générale de la section d’Amnistie internationale au Canada francophone, estime que la recrudescence du recours à la peine de mort en Arabie saoudite est « choquante ». Les dirigeants des États-Unis et du Canada ne peuvent plus ignorer le « bilan désastreux en matière de droits de l’homme », a-t-elle dit en entrevue à Radio-Canada. « Ça devient diplomatiquement gênant le bilan désastreux de l’Arabie saoudite. Les mots feutrés ne sont plus suffisants. Il faudra des mots publics plus forts. »

« Redoubler d’efforts pour apaiser les tensions », disent les États-Unis

Les alliés occidentaux de la monarchie wahhabite, qui sont nombreux à lui vendre des armes, s’inquiètent de leur côté de la nouvelle assurance dont elle fait montre à l’intérieur et à l’extérieur de ses frontières.

Le département d’État américain a estimé que l’exécution de Nimr al Nimr risquait « d’exacerber les tensions interreligieuses au moment où il y a un besoin urgent de les réduire » et appelé les dirigeants des pays de la région à « redoubler d’efforts » pour apaiser les tensions dans la région.

La représentante de la diplomatie européenne, Federica Mogherini, s’est exprimée en des termes similaires.

Les partisans de l’EI ont pour leur part appelé à des représailles contre des soldats et des policiers saoudiens dans un message sur Telegram, rapporte SITE, un service de
surveillance des sites internet islamistes.

http://ici.radio-canada.ca/nouvelles/international/