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Dorit Rabinyan, extrême droite, Israël, Naftali Bennett, Recep Erdogan
Bienvenue 2016 ! Les années se suivent et se ressemblent, et nous vivons décidément dans un monde formidable. Pour ce nouveau cru, le bal du Nouvel An a été lancé en Israël, là où le ministre de l’Éducation nationale vient d’inaugurer l’année nouvelle en excluant du programme scolaire un roman intitulé Geder Haya – soit « La Haie », en français, ou « Borderline » dans sa traduction anglaise, mettant en scène les amours contrariées d’une Israélienne et d’un Palestinien.
Depuis L’Enlèvement des Sabines, la « capture » d’une femme a, de longue date, fait figure de prise de guerre à fortes connotations politiques. Un Israélien aurait été compter fleurette à une Palestinienne, la charge émotionnelle aurait sûrement été moins symbolique. Mais, après tout, il ne s’agit que d’un roman, signé d’un écrivain, Dorit Rabinyan, fort jolie fille au demeurant ; roman qui, de plus, a été salué par la critique locale, emportant au passage de nombreux prix littéraires.
Mais c’en était sûrement trop pour la Najat Vallaud-Belkacem du coin, un certain Naftali Bennett, ministre de l’Éducation nationale et accessoirement député de l’extrême droite locale, estimant que la Cisjordanie doit être annexée au « Grand Israël » et qu’un éventuel État palestinien « n’a pas lieu d’exister ».
Il est donc un fait, bizarre mais désormais confirmé, que l’extrême droite serait partout tricarde, sauf en cet État hébreu s’éloignant de plus en plus des idéaux socialistes et laïques de ses pères fondateurs, époque durant laquelle, au lendemain de la guerre de 1967, Moshe Dayan assurait qu’ils fallait rendre aux Palestiniens leurs territoires désormais occupés, sous peine de déclencher une guerre néocoloniale ingagnable à plus ou moins long terme… On devrait toujours écouter les glorieux ancêtres.
L’État d’Israël, censé être « la seule démocratie orientale » et, de fait, incluse dans le « bloc occidental », devrait donc être, eu égard au tragique passé de ses premiers colons, vacciné contre les foucades racialistes. Il semble que non. Ainsi, la responsable de la fatwa concernant le livre incriminé, une certaine Dalia Fenig, responsable de ce même ministère de l’Éducation, s’inquiète, selon le site BMF TV, d’un ouvrage pouvant « encourager l’assimilation ». Mieux : « Les relations intimes, et encore plus la possibilité de les institutionnaliser en se mariant et en fondant une famille – même si ce n’est pas le cas de l’histoire – entre des juifs et des non-juifs sont considérées par de larges segments de la société comme une menace pour une identité séparée. »
À rebours, car il faut bien qu’il puisse se trouver en Israël quelques cerveaux pas trop embués par la montée en force d’un apartheid n’ayant rien à envier à celui de l’Afrique du Sud pour donner de la voix. Amos Oz, écrivain : « Pourquoi ne pas interdire la Bible, autrement plus dangereuse ? » Il est vrai qu’en matière d’appel au meurtre, le Coran, comparé à l’Ancien Testament, aurait presque des airs de Manuel des castors juniors.
Mais, en période de fête, une blague de fin de repas en appelle souvent une autre. D’où, peut-être, la sortie de noces et banquets du président turc Recep Erdoğan qui, interrogé par la presse sur sa vision de la nouvelle constitution présidentielle, en appelle à des précédents historiques on ne peut plus glissants. La Ve République du général de Gaulle ? Vous n’y êtes pas. Verbatim : « Dans un système unitaire comme la Turquie, un système présidentiel peut parfaitement exister. Il y a actuellement des exemples dans le monde et aussi des exemples dans l’Histoire. Vous en verrez l’exemple dans l’Allemagne d’Hitler. »
Gloups… De tels propos auraient dû faire scandale à Tel Aviv. Même pas. Quelques lignes dans les journaux français, un peu entre horoscope et tiercé. Aux plus distraits de nos lecteurs, on rappellera qu’Ankara et Tel Aviv sont alliés de longue date et que, si pour Henri IV Paris valait bien une messe, l’axe turco-israélien mérite bien qu’en Israël on puisse tolérer telle ou telle saillie hitléro-antisémite.
Ainsi va le monde, entre bal d’hypocrites et théâtre d’ombres.