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C’est par le biais des banques et des circuits financiers qu’il a lieu de circonscrire les méfaits de l’EI.
C’est connu, si on veut obtenir d’autres résultats que ceux obtenus jusqu’alors il faut y aller par d’autres chemins. On n’est pas arrivé à bout du terrorisme en bombardant les grottes de Tora Bora en Afghanistan, ni en occupant l’Irak. A part enrichir l’industrie de l’armement, ce n’est pas en arrosant de bombes, intelligentes ou non, la Syrie et la Libye qu’on arrivera à d’autres fins. L’autoproclamé Etat islamique (EI) est avant toute chose une organisation criminelle et très lucrative. Elle revend du pétrole volé, elle pratique l’extorsion de fonds, la séquestration contre rançon, l’expropriation, elle taxe le coton, les opérations de change et prélève ses commissions sur le passage des migrants en direction de l’Europe.
Et la doctrine religieuse dans tout ça? Elle n’en a que faire. C’est juste bon pour endoctriner, à coups d’astucieuses campagnes de propagande sur les réseaux sociaux, nos jeunes qui sont momentanément en rupture avec le système. Ainsi, c’est par le biais des banques et des circuits financiers qu’il a lieu de circonscrire les méfaits de la pieuvre jusqu’à l’étouffer.
Un autre domaine dans lequel rien n’est fait pour l’arrêter est le langage. Les médias ont une très grande part de responsabilité dans le discours. Il y a des mots à bannir. Djihadistes comme Islam ne sont pas appropriés pour définir des actes criminels de droit commun. Nous ne sommes pas confrontés à une guerre de libération mais seulement à une zone de non droit qui est occupée par des bandits. Leurs actes vils et intéressés ne sont pas à glorifier. Le terme djihadiste – combattant de Dieu – est non seulement usurpé mais il donne des idées à nos jeunes désœuvrés. C’est le qualificatif «assassin» qui est tout indiqué. Les individus qui commandent Daech sont autant des repris de justice, d’anciens officiers déchus de Saddam Hussein et autres malfaiteurs rencontrés en prison. Animés par l’appât de l’argent facile et par le pouvoir, on sait leurs jours déjà comptés. Plus l’étau se resserrera sur la ville de Racca – ville syrienne et fief des criminels -, plus la terreur qu’ils exporteront en Occident risque d’être d’une brutalité inouïe. Il faut faire vite. Une fois de plus, ce sont les flux financiers qu’il s’agit de surveiller. Les bandits ont déjà prévu un plan B. Ils savent qu’ils devront se déloger, pour ne pas être pris ou abattus. Tout sera fait et tout est déjà entrepris pour dispatcher le magot en lieux sûrs.
Ensuite, comment affirmer vouloir stopper l’EI sans revisiter nos relations avec deux Etats grands financiers de la terreur que sont le Qatar et l’Arabie Saoudite? Là aussi l’hypocrisie est totale. Le pire est qu’à force de dénoncer cette sanglante ambiguïté, nos gouvernements se figent et font encore moins que rien. Parce que le ratage est total. La poutre dans l’œil est énorme. Les enjeux commerciaux sont tels qu’on ne va tout de même pas tout remettre en question pour quelques imprudents décapités ou encore brûlés vifs devant des webcams.
Vu ce qui précède, il est plus que légitime de penser qu’il n’existe toujours pas de réelle volonté politique de tuer le monstre.
En attendant, les assassins consolident leur multinationale du crime. Ils en vivent confortablement. Tout un petit monde en tire aussi profit. D’Ankara à Ryad en passant par Londres et Karachi, des hommes d’affaires prospèrent. Ils occupent de belles villas et sont invités aux évènements mondains. Le pétrole irakien volé est revendu entre 12 et 18 dollars le baril aux tribus sunnites locales ou directement aux Turcs et aux Jordaniens. Le racket – appelé aussi impôt «révolutionnaire» – représente lui aussi une source de revenus considérable. Par ailleurs, lors de la prise de la grande ville irakienne Mossoul, c’est pour plus d’un milliard de dollars de véhicules et d’équipements militaires de pointe qui sont tombés dans les mains des bandits. Daech est aussi un employeur. Ses snipers d’origine tchétchène sont salariés quelques 7000 dollars par mois. Des artificiers comme d’anciens militaires se sont rangés au service du crime.
Pourtant, il n’y a rien de nouveau Madame la Marquise. Tout se sait pour qui veut bien savoir.
L’élément inédit est peut-être bien que tout en sachant on laisse faire. Notre population consumériste et aliénée a des jeux, du sang et des larmes.
* Conseiller financier