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Jean-Sébastien Lefebvre

Que faire face à une proposition pertinente venue des rangs de l’extrême-droite ? La question divise les familles politiques européennes. Pour le moment, seuls les Verts et la droite ont une stratégie globale.

“Bien sûr que cet amendement est signé par des élus Front national, sauf que sur ce point précis, nous avons la même position”, lance un assistant parlementaire un poil désabusé, qui s’interroge :

“Que faut-il faire, voter contre par principe ou se pincer le nez ? ”

Cette question, la tribu des partis politiques français se la pose depuis l’arrivée, en juin 2014, des 23 élus d’extrême droite au Parlement européen.

Clivages nationaux

« Avant, le débat était inutile », commente la socialiste Sylvie Guillaume.

« Ils n’avaient que trois élus, et aucun n’était présent. Aujourd’hui, il y a toujours des absents, mais certains sont actifs, en particulier en déposant des amendements. »

Depuis la rentrée 2015, le groupe des Sociaux-démocrates planche sur une stratégie globale à adopter envers l’ensemble du groupe Europe Nations et Libertés (ENL), issu de l’alliance du FN et de ses alliés.

Mais, en coulisses, on reconnaît à demi-mot que ça coince.

Alors que les Français poussent pour un cordon sanitaire strict, d’autres délégations y sont réticentes. Parmi eux, la gauche néerlandaise, selon laquelle le jeu parlementaire doit être respecté.

Aux Pays-Bas, le Parti de la Liberté (PVV) a soutenu le précédent gouvernement composé de libéraux et conservateurs et caracole aujourd’hui en tête dans les sondages. Son président, Geert Wilders, et Marine Le Pen sont à l’origine de la création d’ENL.

« Nous espérons que la question sera tranchée d’ici la fin février », précise Sylvie Guillaume.

Le TTIP, révélateur du problème

De leur côté, les Verts sont plus avancés dans leur réflexion. Ils sont sur le point d’adopter une position beaucoup plus flexible.

Une stratégie détaillée, au cas par cas, a été approuvée le 20 janvier par le bureau politique, reste à la faire valider par l’ensemble du groupe dans les prochaines semaines.

« Le déclic a eu lieu au moment des discussions sur le programme de travail 2016 de la Commission européenne, quand le Front national a déposé un amendement pour demander la suspension des négociations sur le TTIP », lâche un conseiller du groupe.

« Pas possible pour nous de voter contre… c’est à partir de ce moment que les délégations qui nous disaient auparavant que c’était un problème franco-français ont reconnu que nous avions un souci. Mais ça n’a pas empêché les débats houleux, en particulier avec les verts allemands et autrichiens”.

Dans le document, consulté par Contexte, les écologistes prévoient tous les cas de figure.

Parmi les questions auxquelles les Verts ont répondu :

Est-il possible de voter pour un amendement ENL en commission parlementaire ? Oui. En plénière ? Oui. De cosigner des textes avec eux ? Non. De travailler avec les élus FN sur un compromis ? Non. De voter avec eux un même texte ? Oui. De soutenir leurs candidats pour les fonctions au sein de la hiérarchie du Parlement ? Non. De soutenir leurs résolutions ? Non.

Les Verts estiment que le risque politique de nier ses propres convictions – sous prétexte qu’elles sont parfois partagées ou instrumentalisées par l’extrême droite – est plus grand que les gains obtenus par le FN si l’un de ses amendements est approuvé.

À l’inverse, du côté du Parti populaire européen, la première formation de l’hémicycle au sein de laquelle siègent Les Républicains, le ton est plus dur envers ENL.

« Il n’est pas question de les laisser dire que quelque chose a été voté grâce à eux, lâche Françoise Grossetête. Nous voyons bien que depuis qu’ils ont formé un groupe, les élus FN sont mieux préparés, que lors des travaux parlementaires, ils lisent des fiches préparées par les experts qu’ils ont pu embaucher. Mais à nous de ne rien laisser passer. »

L’élue du Sud-Est insiste sur la nécessité pour les membres de son groupe de n’oublier aucun point dans les amendements qu’ils déposent, pour éviter de se retrouver en porte-à-faux face à l’extrême-droite sur les sujets politiques.

Françoise Grossetête reconnaît par ailleurs que, sur des dossiers techniques, l’ambiance est plus détendue, et qu’il n’est pas rare que les positions de l’ensemble des groupes du Parlement convergent. Y compris avec celles des extrêmes quand ils ne sont pas dans une opposition de posture, notamment par exemple, sur la nouvelle réglementation des médicaments pour les animaux, en particulier ceux d’élevage, sur laquelle François Grossetête travaille en ce moment.

« Pas un groupe comme les autres »

Au sein de la Gauche radicale, le sujet n’a pas encore été discuté officiellement, mais les lignes de fracture entre élus français et allemands sont les mêmes. Les députés d’outre-Rhin ne veulent pas entendre parler d’un quelconque soutien de près ou de loin à ENL, alors que les Français soulignent l’épineuse question du TTIP.

La délégation française de l’UDI-Modem n’a pas de position officielle, mais certains élus ont déjà un avis bien tranché.

« Peu importe le contenu, si c’est signé ENL, je vote contre, explique l’eurodéputé du Nord, Dominique Riquet. Rien ne m’empêche de déposer un amendement similaire de mon côté. Ce n’est pas un groupe comme les autres, ils veulent détruire l’Union européenne de l’intérieur. »

 

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