
Exécutions publiques de tout opposant, droits des femmes bafoués, traitement abusif de la main-d’oeuvre étrangère… C’est hallucinant tout ce que l’Arabie saoudite peut se permettre. » Pour Jef Van Damme, député bruxellois SP.A, il est temps que « l’hypocrisie s’arrête ». « L’Occident, y compris la Région bruxelloise, s’est fait trop longtemps l’allié silencieux du régime saoudien pour des raisons géopolitiques et économiques, explique le chef de file des socialistes flamands au Parlement bruxellois. La crise actuelle devrait nous inciter à remettre en question nos relations avec ce pays qui arme et facilite directement et indirectement des groupes extrémistes tant au Moyen-Orient qu’en Belgique ».
Et ce n’est pas tout. D’après M. Van Damme, les « idées venues d’Arabie saoudite intoxiquent directement l’esprit de nombreux jeunes Bruxellois via des médias modernes« . Le Molenbeekois s’indigne. « Malgré cela, la Belgique continue d’avoir des liens étroits avec le régime saoudien, dépendants que nous sommes du plus grand parti fédéral, la N-VA. »
Contre la volonté des entreprises
En ligne de mire du parlementaire ? Une convention préventive de double imposition avec le Royaume wahhabite qui pourrait être ratifiée prochainement. Cet accord, réclamé depuis longtemps par la Fédération belge des entreprises (FEB), doit permettre de faciliter le business entre les entreprises belges et leurs consœurs saoudiennes, en évitant des cas de double imposition. Le sujet doit revenir sur la table de la conférence interministérielle de politique étrangère dans les prochaines semaines. « Cet accord doit être ratifié par les Régions pour pouvoir entrer en vigueur et à Bruxelles, ce sera ‘niet’ !, prévient Jef Van Damme. Nous sommes au moins deux partis de la majorité bruxelloise (le SP.A et le PS) à être ouvertement contre cette convention et le vote ne passera pas au Parlement régional ». A noter que dans les rangs de l’opposition à Bruxelles, Ecolo et Groen ont aussi déjà exprimé leur volonté de revoir les relations économiques avec le pays du Golfe persique.
Interpellé sur le sujet il y a quelques jours, le ministre bruxellois chargé des Relations extérieures Guy Vanhengel (Open-VLD) explique avoir pris note du « manque d’enthousiasme » des élus bruxellois de ratifier cette convention. « Mais nous devons aussi nous demander qui nous pénaliserons en ne signant pas cet accord. Cette décision toucherait principalement des entreprises belges ayant des activités en Arabie saoudite. »
Le ministre est, lui, favorable à une « solution belge », négociée entre le fédéral et les Régions, plutôt qu’à des « mesures bruxelloises unilatérales« .
D’un point de vue économique, certains estiment que Bruxelles prendrait peu de risques à durcir ses relations avec l’Arabie saoudite. Le pays n’est ainsi que le 66e fournisseur de la Région, tandis que l’exportation de biens vers l’Arabie saoudite ne représentait que 0, 11 % de l’ensemble des exportations bruxelloises en 2014.