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Bruno Colmant

Dans le domaine financier, le sentiment de rupture qui m’avait envahi lorsque je dirigeais la Bourse, au milieu de la grande crise de 2008 ne m’a pas abandonné. 2008 était un choc bancaire, mais pas seulement. Au reste, si cela n’avait été qu’un choc bancaire, les injections de liquidités auraient suffi à éviter l’embrasement systémique. Non : ce qui s’est passé en 2008 était un avertissement et une rupture. L’avertissement d’une dislocation du monde ancien et la rupture des paramètres financiers. Cette césure de 2008 a révélé la gigantesque hypothèque que nous avions posée sur les futures générations, au bénéfice de notre éphémère bien-être : la dette publique.

Cette dette publique est au centre de toute la cosmographie financière. Ce sont des dettes publiques qui sont escomptées par les banques centrales. Ce sont ces mêmes dettes publiques dont le taux d’intérêt devient négatif. Ce sont encore ces dettes publiques que les Etats poussent les banques et les entreprises d’assurances à financer sans exiger, au nom des privilèges régaliens de battre monnaie et de lever l’impôt, la moindre garantie en capitaux propres. Ce sont ces mêmes dettes publiques que les Etats mettent en garantie de la liquidité des banques.

Faut-il s’en étonner ? Non. La crise de 2008 a révélé l’imposture d’un certain Etat providence, dont nous avons tous été, nolens volens, les bénéficiaires avant d’en être désormais les exécuteurs testamentaires.

Ces dettes publiques étant la représentation ultime de l’Etat (à côté de la monnaie), il était inéluctable que les pouvoirs publics finissent par en procéder à la dilution monétaire autoritaire. Et c’est pour cela que les banques centrales impriment de la monnaie avec des taux d’intérêt négatifs: pour dissoudre l’emprunt du futur dans une répression financière qui durera des années.

Autant en être conscient.

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