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Affrontements, Manuel Valls, pétition, réforme du code du travail, Report
Le gouvernement se donne deux semaines supplémentaires pour revoir sa copie. Manuel Valls, le premier ministre, a annoncé, lundi 29 février, que la présentation du projet de loi El Khomri sur la réforme du code du travail sera reportée d’une « quinzaine de jours ». Le texte, pourfendu par les syndicats et une partie de la gauche, devait être présenté en conseil des ministres le 9 mars. Cela ne « change pas grand-chose par rapport au calendrier parlementaire initial », a assuré le premier ministre.
M. Valls a assuré être ouvert à la discussion pour « corriger ce qui doit l’être ». Il s’est exprimé au Salon de l’agriculture :
« Il faut lever un certain nombre d’incompréhensions, il faut expliquer, répondre à toute une série de fausses informations qui sont données sur ce texte. »
M. Valls veut « se réserver la possibilité de changer (le texte) si besoin était », a commenté le ministre de l’économie Emmanuel Macron. Le premier ministre a toutefois nié tout recul : « Le recul, ce serait abandonner le texte. » Ce report vise à « faire bouger le texte sans revenir sur ses grands principes », faisaient savoir plus tôt des sources gouvernementales.
M. Valls a dit qu’il consulterait, « dans une semaine sans doute », séparément « l’ensemble des partenaires sociaux, organisations syndicales et organisations patronales, les unes après les autres ». Il a précisé qu’il s’agira ensuite de « pouvoir les réunir », avec Myriam El Khomri, la ministre du travail, et Emmanuel Macron, le ministre de l’économie, « pour restituer le débat ».
Affrontements dans la presse
Cette nouvelle posture de M. Valls montre un changement de ton, au moins sur la méthode. Jusqu’à présent, l’exécutif avait en effet opté pour un discours de fermeté extrême. Un entretien de la ministre du travail aux Echos, le 17 février, avait mis le feu aux poudres. « Nous prendrons nos responsabilités », avait déclaré Mme El Khomri, interrogée sur un possible recours à l’article 49-3 (adoption d’un texte sans vote, sauf motion de censure) pour faire passer ce texte, comme pour la loi Macron en 2015.
Cette éventualité, avant même le dépôt du projet de loi au Parlement, avait suscité une forte opposition au sein du Parti socialiste, déjà fortement divisé sur le vote de la réforme constitutionnelle voulue par François Hollande, le président de la République, et comprenant la déchéance de nationalité pour les auteurs de crimes et délits terroristes.
Dans une tribune au vitriol publiée mercredi par Le Monde, Martine Aubry avait dénoncé un « affaiblissement de la France » auquel mènerait la politique de MM. Hollande et Valls. Le premier ministre était au passage égratigné pour son « indécent discours de Munich », dans lequel il avait critiqué la politique d’Angela Merkel envers les réfugiés.
Lire l’intégralité de l’interview de Martine Aubry : « Un affaiblissement durable de la France se prépare »
Pétition contre le projet de loi
Sur le front syndical, ce petit report avant la présentation en conseil des ministres avait été instamment demandé dimanche par Laurent Berger, le secrétaire général de la Confédération française démocratique du travail (CFDT). « Il faut repartir sur une concertation », avait prôné M. Berger, peu satisfait d’un texte qui laisse selon lui trop de place à la « flexibilité » et aux décisions « unilatérales de l’employeur », au détriment des salariés. « Les points avancés par Berger sont à prendre en compte », jugeait lundi matin une source gouvernementale.
Fait inédit depuis 2013, une intersyndicale d’une dizaine d’organisations – CFDT, Confédération française de l’encadrement-Confédération générale des cadres (CFE-CGC), Confédération générale du travail (CGT), Fédération syndicale unitaire (FSU), union syndicale Solidaires (SUD), Union nationale des syndicats autonomes (UNSA), Union nationale des étudiants de France (UNEF), Union nationale lycéenne (UNL) et Fédération indépendante et démocratique lycéenne (FIDL) – s’était réunie mardi pour dénoncer« un projet élaboré sans réelle concertation ». Une pétition en ligne contre ce projet de loi, lancée par la militante féministe Caroline de Haas, avait recueilli lundi après-midi plus de 785 000 signatures.
« La réforme doit rester très ambitieuse »
De leur côté, les organisations patronales ont estimé lundi que le report de la présentation du projet de loi sur le travail allait permettre de « faire de la pédagogie », mais ont mis en garde le gouvernement contre tout « affadissement » du texte face à la « fronde » d’une partie de la gauche. «La réforme doit rester très ambitieuse », a réagi un porte-parole du Medef, principal syndicat patronal.
Un message relayé par François Asselin, numéro un de la CGPME, organisation représentant les petites et moyennes entreprises, qui a dit craindre« un retour en arrière ». « A force de vouloir faire de la France un eldorado social, on va en faire un désert économique », a-t-il regretté.
Le parti Les Républicains estime qu’avec ce report « on assiste à l’implosion en direct de la majorité ». « On verra si un texte est présenté [au Parlement], on est très désireux de discuter de ce projet article après article », a déclaré lundi Guillaume Larrivé, porte-parole du parti. Selon lui, « il y a urgence à modifier les paramètres du droit du travail pour permettre aux entreprises d’embaucher plus facilement ». Les Républicains sont « favorables au principe de la loi El Khomri », mais souhaitent aller « plus loin », a rappelé Eric Woerth, le secrétaire général du parti.