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Par Ludovic Dupin

 Le Premier ministre britannique David Cameron examinant les plans d’Hinkley Point, en 2013. EDF y construira deux EPR.© PierImport

Cela fait plus de deux ans que la décision finale d’investissement d’EDF est attendue pour lancer la construction de deux EPR en Angleterre. Mais l’électricien prend le temps de boucler son financement, de gérer l’opposition interne et de solidifier son accord avec Londres. Le 6 mars, la démission surprise du directeur financier d’EDF a relancé la polémique.

Fin 2013, Henry Proglio, l’ex-président d’EDF se retrouvait à Hinkley Point aux côtés du Premier ministre britannique David Cameron. Ensemble, ils célébraient l’accord trouvé pour que l’électricien français bâtisse deux réacteurs nucléaires EPR dans le sud-est du pays, un projet à 23 milliards d’euros.

Ce 3 mars 2016, plus de 26 mois plus tard, à l’issue d’un sommet franco-britannique, l’Elysée publiait un communiqué qui assure que tous les efforts d’EDF et du gouvernement sont réunis pour obtenir très rapidement une décision finale d’investissement pour ce projet « pilier » dans les relations entre les deux pays. Trois raisons expliquent pourquoi EDF tarde à lancer le projet.

La difficulté de boucler le montage financier. A l’origine, EDF devait financer environ 50 % des EPR laissant 40 % à des partenaires étrangers et les 10 % restants à Areva. Mais les massives pertes de ce dernier et sa restructuration en cours l’ont fait sortir de l’équation.

Quant aux partenaires étrangers, seuls les électriciens chinois CGN et CNNC ont répondu à l’appel pour financer 33,5 % du projet. Le reste revenant à l’électricien français seul. L’accord franco-chinois est désormais en cours de finalisation, assure Jean-Bernard Lévy, PDG d’EDF. Notons également que les négociations ont été ralenties par une enquête de Bruxelles sur le tarif de rachat garanti à EDF.

De fortes oppositions en interne. C’est bien la première fois que les partenaires sociaux d’EDF s’opposent à un grand projet industriel. En janvier, la CFE-CGC s’inquiétait, dans un communiqué, que ce projet menace la pérennité même d’EDF. En interne, beaucoup préféreraient attendre a minima d’avoir un retour d’expérience complet des EPR en construction en Finlande et en France, les deux faisant face à des retards et un dépassement budgétaire. D’autres veulent qu’EDF choisissent de construire des EPR Nouveau Modèle en cours de développement. Ces EPR optimisés sont censés être plus constructibles et moins chers. Les deux options impliqueraient toutefois un délai de plusieurs années. Les arguments des syndicats ont dû être entendus puisque, dans sa communication à l’issue du sommet franco-britannique, l’Elysée assure qu’EDF mène « une revue interne approfondie (…) pour garantir la maîtrise des principaux risques opérationnels« . Un avis que semblait partager Thomas Piquemal, le directeur financier d’EDF, qui a démissionné le 6 mars 2016.

Une garantie manquante de Londres. EDF a obtenu un tarif de rachat garanti de 91 livres par mégawattheure sur 35 ans. Or, « ce qu’un gouvernement peut faire, un autre peut le défaire« , assure un proche du dossier. Si à l’occasion d’un changement de dirigeant, le pays décidait de repenser sa politique nucléaire, EDF pourrait se retrouver sans aucune garantie. Un risque qui est sans doute trop lourd à porter.

Face à ces trois obstacles, les hauts dirigeants d’EDF continuent à croire en l’intérêt du projet d’Hinkley Point. Ils sont appuyés en cela par le ministre de l’Economie, Emmanuel Macron, qui, lors des questions au gouvernement du 2 mars, assurait que « Hinkley Point reste un investissement très rentable, (….). Et ce projet ne dégrade pas massivement la situation d’EDF« . Par ailleurs, un large part de ce projet retromberait sur la filière nucléaire française, assure-t-on du côté de l’électricien.

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