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La nomination de l’ancien président Luiz Inacio Lula da Silva au poste de ministre de la Casa Civil n’en finit pas d’agiter le Brésil. Quelques heures après la prise de fonction de Lula au gouvernement, un juge fédéral de Brasilia, Itagiba Catta Preta Neto, a demandé jeudi 17 mars la suspension de cette nomination, reprochant à l’actuelle présidente, Dilma Roussef, de s’être rendue coupable d’un « crime de responsabilité » en nommant dans son gouvernement son prédecesseur, impliqué dans un vaste scandale de corruption. Le gouvernement a annoncé qu’il allait déposer un recours auprès de la Cour suprême.
Selon Floriano Peixoto de Azevedo, professeur de droit à l université de Sao Paulo (USP) interrogé par Le Monde, cette décision « arrive un peu tard car la nomination de Lula est déjà effective ». Selon lui, « qu’un juge conteste la nomination d’un ministre, qui relève d’une prérogative présidentielle, est délicat : on peut contester la nomination s’il y a un problème concernant le ministre mais pas s’il y a un probleme lié aux motivations de la présidente. » Sinon, « c’est la fin du système présidentiel », conclut le spécialiste.
Ecoute téléphonique controversée
L’ancien président (2003-2010) a été nommé mercredi au poste de ministre de la Casa Civil, sorte de premier ministre ou chef de cabinet de la très impopulaire chef d’Etat Dilma Rousseff. Evoquée depuis plusieurs jours, l’entrée au gouvernement du fondateur du Parti des travailleurs (PT, gauche), icône des plus démunis, apparait comme une ultime tentative de sauver le gouvernement de sa protégée « Dilma », menacée par une procédure d’impeachment (destitution).
Mais cette arrivée porte aussi le soupçon d’un arrangement avec la justice. Lula, suspecté de corruption, est la cible de l’enquête dite Lava Jato (lavage express), qui a mis au jour un scandale d’appels d’offres truqués impliquant le groupe pétrolier Petrobras, des entreprises du bâtiment et travaux publics (BTP) et des hommes politiques. Ministre, l’ex-président échapperait aux poursuites du juge fédéral Sergio Moro, mais resterait tout de même justiciable devant la Cour suprême.
Ces doutes ont été renforcés dans la soirée par la divulgation d’une récente écoute téléphonique menée par la police fédérale entre Lula et la présidente. Dans cet enregistrement d’une minute et demie, Dilma Rousseff prévient son prédécesseur qu’elle lui fera parvenir son « décret officiel » de nomination afin qu’il puisse « s’en servir en cas de besoin ». Ces quelques secondes, entendues comme la preuve du délit, ont embrasé mercredi soir une trentaine de villes dont Brasilia et Sao Paulo, où la foule appelait à la démission immédiate de Dilma Rousseff et à l’emprisonnement de Lula. « Le contenu des écoutes est grave et vaut impeachment. Dilma Rousseff pourrait ne pas s’en remettre », estime Stéphane Monclaire, professeur à la Sorbonne et expert du Brésil.