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Les Belges ne sont pas seuls. Meurtris dans leur chair, ils reçoivent, depuis mardi, d’innombrables témoignages du monde entier. Qu’ils soient officiels. Qu’ils viennent de Belges, expatriés aux quatre coins de la planète, qui ont mal à « leur » Belgique. Qu’ils émanent de simples citoyens, émus aux larmes à la vue d’images effroyables captées à Zaventem ou à Maelbeek.
Ces mots, ces mails, arrivés par milliers, aident les Belges à surmonter l’immense chagrin qui les étreint. La Belgique ne reçoit pas que des fleurs. Mais des coups aussi. Des coups bas, parfois. Par quel réflexe pavlovien les hommes politiques des pays voisins ou lointains essayent-ils toujours d’excuser leur insuccès national en matière de lutte contre le terrorisme en chargeant les petits Belges, coupables de naïveté, d’incompétence ?
Oui, la Belgique a failli. En laissant se développer des réseaux salafistes dans certains quartiers. En autorisant des prédicateurs radicalisés à propager leur haine dans d’obscures mosquées. En donnant à l’Arabie saoudite les clés de l’islam belge. En négligeant d’investir dans les services de renseignements. Pour toutes ces raisons, la Belgique peut être blâmée. Mérite-t-elle d’être à ce point traînée dans la boue, considérée comme la poubelle djihadiste du monde entier, réduite au rang d’Etat ouvert à tout vent ? Non.
Car les contempteurs de la Belgique oublient aussi que des cellules de terroristes ont été démantelées en Belgique. Que Salah Abdeslam a été arrêté vivant. Que de très nombreux procès de terroristes ont déjà eu lieu dans notre pays. Mais pour que la défense de la Belgique soit pertinente, il faut, aussi, accepter de reconnaître certaines réalités. Nous les avons déjà souvent épinglées. Quelles sont-elles ?
Pour répondre aux intérêts de partis politiques touchés par le venin nationaliste, ce petit Etat a perdu, au fil des ans, une part de son autorité. Compétences coupées, saucissonnées, morcelées, partagées… Le mouvement a certes répondu à un souci d’efficacité dans le domaine économique et social. Et à un nécessaire épanouissement culturel. Mais il a détruit, aussi, une vision globale, nationale. National : le vilain mot.
Le destin de la Belgique, bien souvent, n’est plus que l’addition du destin de ses Régions et de ses Communautés. Pour autant que le citoyen s’y retrouve encore. Ces critiques, on peut les entendre. Le problème est qu’elles émanent souvent de personnes qui ne connaissent rien à la Belgique. Qui croient qu’il suffit de… Qu’il n’y a qu’à… Les solutions imaginées au fil des crises politiques pour faire fonctionner la Belgique sont compliquées parce que la Belgique est compliquée. Elle n’est pas UNE et indivisible. Elle est composée de citoyens aux aspirations politiques, économiques, sociales, culturelles différentes. Voire divergentes. Et cela, nos grands voisins ne font pas toujours l’effort de le comprendre. C’est la raison pour laquelle leurs leçons sont souvent décalées et inapplicables. Voire insupportables à entendre.
D’ailleurs, peut-on dire qu’un autre Etat a déjà trouvé la recette pour se défaire du fléau terroriste ? Cela dit, des leçons du drame du 22 mars, il faudra bien en tirer. Face aux dérives constatées – la déliquescence de certains services, le délitement progressif de la puissance publique, la faiblesse de certains de nos services de renseignements – une réflexion devra voir le jour pour qu’enfin, on apporte des réponses concrètes aux manquements. La réforme des polices n’est-elle pas née d’un autre drame ?