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Par Jean-Paul Bombaerts

L’affaire El Bakraoui s’inscrit dans une longue série de contentieux qui, depuis un an, ont terni les relations entre la Turquie et la Belgique.

Entre la Belgique et la Turquie, le torchon brûle. Surtout depuis les déclarations du président turc Recep Tayyip Erdogan, qui a affirmé au lendemain des attentats de Bruxelles qu’un des auteurs – Ibrahim El Bakraoui, identifié comme l’un des deux kamikazes de l’aéroport de Bruxelles-National – avait été interpellé à l’été 2015 à la frontière avec la Syrie et expulsé, sans que la Belgique, pourtant avertie, ne l’ait réclamé. Des déclarations qui ont eu pour effet de pousser dans les cordes le ministre de l’Intérieur, Jan Jambon, et son collègue à la Justice, Koen Geens. Bâtie sur un dossier apparemment solide, la charge du président turc a fait mal. Et elle prend une dimension particulière à la lumière des nombreux incidents qui ont terni les relations belgo-turques depuis un an.
1. Une adhésion problématique
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Certains ont vu en effet dans la sortie d’Erdogan une façon de punir la Belgique pour son attitude lors de la fameuse négociation du 18 mars entre l’Europe et la Turquie au sujet des réfugiés syriens bloqués en Grèce. À l’issue de ce que certains ont qualifié de « discussion de marchands de tapis », les Turcs ont notamment obtenu des Européens qu’ils relancent le processus d’adhésion de la Turquie. À cette occasion, le Premier ministre Charles Michel avait insisté sur les obligations turques. « Il n’est pas question de brader nos valeurs », avait-il prévenu en rappelant les critiques de l’UE par rapport à la liberté de la presse et le conflit kurde. À Ankara, les mines ont dû s’allonger.

2. Le dossier kurde

Pendant ce sommet européen, des organisations kurdes présentes en Belgique installent une tente place Jean Rey à Bruxelles, à proximité des institutions européennes, pour rappeler leur cause. Aussitôt, l’ambassadeur de Belgique est convoqué par la Turquie, qui s’insurge qu’une tente du PKK, un parti kurde interdit en Turquie, soit installée en plein Bruxelles. Les Belges répondent que la tente n’appartient pas au PKK. Le 18 mars, lors d’un discours commémorant la bataille de Gallipoli (1915), Erdogan accuse sans détour les pays européens de ne pas le soutenir dans sa lutte contre le PKK. « Il n’y a pas de raison que la bombe qui a explosé à Ankara (…) n’explose pas un jour dans une autre ville en Europe », lance-t-il. Un avertissement qui prend aujourd’hui une résonance particulière. Le lendemain, la tente des militants kurdes était incendiée par des inconnus…

3. Le génocide arménien

Le dossier du génocide arménien a crispé les relations entre Bruxelles et Ankara.

Mais l’attaque d’Erdogan à propos du kamikaze El Bakraoui peut également être vue à la lumière des incidents qui ont émaillé les relations belgo-turques en 2015. Dans le dossier arménien d’abord, où le ton est monté très haut entre Bruxelles et Ankara. Les commémorations du centenaire du génocide arménien ont en effet suscité un profond malaise au sein de la communauté turque de Belgique, animée d’une fibre patriotique importante. Le 18 juin 2015, Charles Michel a reconnu, devant la Chambre, au nom du gouvernement belge, le génocide arménien. Dans la foulée, le Parlement a voté une résolution allant dans le même sens. Colère à Ankara bien entendu.

4. Erdogan, popstar à Hasselt
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Le 10 mai 2015, c’était au tour de la Belgique d’être offusquée. En cause, une apparition du président Erdogan dans l’Ethias Arena à Hasselt dans le cadre de sa campagne électorale. Au-delà de la démarche, déjà étonnante en soi, il y a les paroles. Devant 15.000 Turcs de Belgique en délire, Erdogan a dénoncé ceux qui « veulent réduire leur foi ». Des mots qui ont fait grincer des dents à Bruxelles.

5. L’affaire Özdemir
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À peine l’encre de la résolution parlementaire sur le génocide arménien était-elle sèche qu’éclatait l’affaire Özdemir, du nom de cette députée cdH d’origine turque, première élue voilée en Europe. Cousine éloignée d’Erdogan, elle bénéficie du statut de star en Turquie. Refusant de répondre à l’injonction du président du cdH Benoît Lutgen de reconnaître le génocide arménien, elle s’est retrouvée exclue du parti. Pour Erdogan, c’est un affront. Il y a de la revanche dans l’air. Celle-ci s’est présentée sur un plateau d’argent avec l’affaire El Bakraoui. Le gouvernement Michel fait le gros dos mais le coup est passé bien près.

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