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Philippe Bilger
La curiosité est une vertu démocratique.
Et l’intérêt pour une manifestation n’est pas l’adhésion.
Aussi n’ai-je pas ressenti ma présence comme incongrue à la réunion de « Hé, Oh la gauche ! », inspirée et voulue par Stéphane Le Foll pour défendre le bilan du président de la République et tenter de démontrer qu’il n’avait pas trahi les engagements de sa campagne de 2012 mais choisi et mis en œuvre la gauche du possible et du souhaitable (Le Figaro)
La salle de l’amphithéâtre était pleine, 400 personnes environ qui ont fait « une standing ovation » aux ministres quand ils sont arrivés. Assis, j’ai attendu que cela passe.
A la tribune, ils étaient cinq. Stéphane Le Foll, Najat Vallaud-Belkacem, Marisol Touraine, Emmanuelle Cosse et Jean-Michel Baylet. Michel Sapin, Jean-Vincent Placé et Patrick Kanner se trouvaient au premier rang du public. Ce dernier est d’ailleurs intervenu à un certain moment d’où il était.
François Rebsamen, le maire de Dijon, ancien ministre, ne manquait pas à l’appel.
Emmanuel Macron, dont le président de la République aurait espéré la présence, était absent. Il n’avait sans doute pas été convié et aurait été empêché. Il était en déplacement de ministre.
Je ne tournerai jamais en dérision l’expression de ces solidarités qui jusqu’au bout se battent au nom d’objectifs aujourd’hui inconcevables : François Hollande à nouveau candidat et assuré de sa présence au second tour. Sans ironie, les causes désespérées sont en effet les plus belles et il y a quelque chose d’estimable et presque de moral dans cet entêtement à s’opposer au sentiment diffus, instinctif et majoritaire des Français. A condition, toutefois, d’en prendre la mesure et de l’intégrer à sa démarche de sauvegarde : il est clair que celle-ci ne se fonde que sur la volonté d’échapper à l’opprobre de « non assistance à président en danger ».
Ma passion de la politique est telle qu’elle ne me conduit pas seulement à privilégier telle ou telle structure partisane mais à aimer le terreau, le tissu même du civisme qui est l’appréhension du pluralisme et à éprouver une irrésistible dilection pour les multiples visages de la vie démocratique, des échanges divers et contrastés, des argumentations souvent contradictoires que cette dernière impose heureusement.
J’ajoute que le président de l’Institut de la parole, sur un plan technique, était aussi attentif à la dialectique et à l’oralité proposées.
Aucun des discours ne m’a persuadé qu’il convenait à tout prix de sauver « le soldat Hollande ».
L’organisation de la soirée qui a duré deux heures a permis à six ministres de s’exprimer.
Dans le groupe principal, Stéphane Le Foll fidèle à lui-même, puissant, sincère et solide, Marisol Touraine talentueuse, exaltée et brillamment démagogique, Najat Vallaud-Belkacem la seule à avoir été vraiment venimeuse sur la droite, Jean-Michel Baylet tonitruant pour nous rappeler que le radicalisme était de gauche de peur de l’oublier lui-même et Emmanuelle Cosse gênée aux entournures, avec une oralité maladroite et des convictions écologiques glissées dans le flot socialiste.
Je voudrais tenter de mettre en évidence ce que j’ai perçu durant ces débats qui étaient structurés de la même manière. Une vidéo de militants qui questionnaient les ministres ou vantaient la gauche, une personnalité engagée qui dénonçait la politique de la droite, un ou des ministres qui répondaient et dressaient un bilan positif de leur action.
La droite devra élaborer son projet de manière approfondie et cohérente, en réfléchissant aux conséquences de celui-ci quand elle aura la charge du pouvoir. Car il est clair que les socialistes s’acharneront plutôt à démontrer le pire qui surviendrait avec elle qu’à exploiter leur actif qui n’est sans doute pas assez consistant pour servir d’argument principal.
Les réformes ont été égrenées par les différents ministres et, à les entendre, la société française tout entière les approuvait. En évoquant le tiers payant par exemple, on oubliait seulement qu’il avait été fortement contesté par les médecins et que cette mesure n’avait complu qu’à la seule gauche. Cette soirée énonçait donc une série de progressions, qualifiées de telles par la gauche mais qui n’étaient pas de nature à garantir sa victoire à l’échéance présidentielle de 2017 puisqu’elles n’avaient jamais suscité le moindre consensus et que même elles avaient été jugées insuffisantes par une partie de son propre camp.
Pour un auditeur qui espérait pouvoir être de bonne foi, gardant une distance, sans animosité, avec ceux qui mentionnaient l’accumulation des progrès qui auraient été offerts à la France depuis quatre ans, il était éclatant qu’on avait mis sur la table républicaine des éléments en vrac dans beaucoup de domaines mais qu’aucun des ministres n’était capable d’indiquer ce qui les reliait, ce qui en constituait l’unité, la vision d’ensemble et les perspectives d’avenir. Le président de la République était, avec modération, juché sur une réalité qui n’avait pas d’autre sens que d’exister sans la moindre lumière pour éclairer et guider le pays à partir d’elle. Des faits, des actes, de l’action mais, comme aurait dit Caligula, sans chaux ni transcendance démocratique. François Hollande était incapable de nous montrer le chemin puisqu’il posait un pas après l’autre sur lui. A tâtons, presque à l’aveugle.
Opposer, par ailleurs, les divisions de la droite qui serait profondément désunie aux tensions de la gauche qui ne serait en contradiction que sur les degrés des réformes et jamais sur leur nature est une plaisanterie.
La tonalité générale de ces deux heures se voulait lucide, enthousiaste, pleine d’espérance et de fierté. Il y avait une action, une politique qu’il convenait d’assumer et de revendiquer. En même temps les éloges adressés au président de la République ont été rares et mesurés. Habileté ou doute profond que ces fidèles se seraient bien gardé | Lien permanent | Commentaires (12)d’exprimer autrement ?
Le chômage, la plaie fondamentale de ces quatre premières années, a été rapidement traité, presque allusivement, évacué avec trop de précipitation pour ne pas signifier le malaise face à ce gros élément à charge.
Rien ne m’a paru grotesque ni scandaleux lors de cette manifestation dont l’excitation et l’allégresse m’ont semblé par moments factices. Parce que pas un de ces ministres – et surtout pas Stéphane Le Foll que j’ai toujours beaucoup apprécié – n’était dupe. Marisol Touraine a exprimé, en se désirant pourtant volontariste, le piège de la gauche aujourd’hui.
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Quand elle a affirmé que « la France va mieux qu’elle ne le pense », quel terrible constat d’échec ! Le sentiment majoritaire de déception des Français pèserait moins que le besoin du pouvoir socialiste de se persuader qu’il a bien agi et qu’il souffre d’un malentendu injuste ? Quand on en arrive à une telle schizophrénie pour soutenir à toute force un président, c’est le signe d’une défaite programmée, annoncée par ceux-là même qui prétendent ne pas y croire.
Il est évident que ces ministres et ce public ont été contents d’eux-mêmes, que des socialistes ont parlé à des socialistes mais qu’aucun effet positif ne résultera de cette soirée en faveur du président de la République.
C’est la France qu’il faudrait convaincre.