
Mobilisation pour interdire la vente de l’ivoire et protéger les grands pachydermes.
1. L’éléphant d’Afrique est menacé de disparition «Aujourd’hui, il y a urgence: les naissances d’éléphanteaux ne compensent plus le nombre d’animaux tués pour leur ivoire». John Scanlon, secrétaire général de la CITES, l’organisme qui régule le commerce des espèces en danger, basé à Genève, sera demain à Nairobi, au Kenya. Il assistera à la destruction de plus de cent tonnes d’ivoire, soit 5% du stock mondial actuel. «Nous allons brûler cet ivoire pour démontrer au monde qu’il n’a de valeur que sur un éléphant», commentait Kitili Mbathi, chef du service kényan de la faune. . «En trois ans, de 2010 à 2012, on estime à 100 000 le nombre d’animaux tués pour leurs défenses. Depuis, si on constate une baisse des massacres, la menace sur les espèces est forte en Afrique de l’Ouest et en Afrique centrale. En dix ans, le Gabon a lui perdu 60% de sa population d’éléphants des forêts». Il resterait autour de 500 000 grands pachydermes en Afrique.
2. 27 pays d’Afrique veulent la fin du commerce de l’ivoire
Un sommet se tient à Nairobi, prélude à un rendez-vous capital en septembre, à Johannesbourg (Afrique du Sud), la 17e session réunissant 182 pays signataires de la Convention de Washington sur le commerce international des espèces de faune et de flore sauvages menacées d’extinction. John Scanlon a reçu hier les propositions qui seront discutées en septembre, mais il se refuse à les détailler. En Suisse, la Fondation Weber rendait publique et saluait l’initiative des vingt-sept pays de la coalition de l’éléphant d’Afrique. Concernés au premier chef, ils préconisent notamment l’interdiction du commerce international de l’ivoire, la fermeture des marchés intérieurs, la destruction des stocks et la réinscription de tous les éléphants d’Afrique à l’Annexe I de la Convention, la disposition la plus protectrice du texte. «Les populations d’éléphants d’Afrique baissent à un rythme alarmant. Le monde doit agir maintenant et interdire le commerce de l’ivoire de façon catégorique et définitive avant qu’il ne soit trop tard. Il est vital que les populations d’Afrique soient toutes regroupées dans l’Annexe I», souligne Vera Weber, présidente de la Fondation Franz Weber.
3.La lutte contre le braconnage et la contrebande s’intensifie
A Genève, John Scanlon confirme l’urgence Daniela Freyer, co-fondatrice de Pro Wildlife, constate dans un communiqué que «toutes les tentatives d’autoriser un commerce de l’ivoire légal et contrôlé ont échoué. Nous pouvons inverser la tendance en fermant les marchés légaux qui favorisent le blanchiment issu du braconnage ou récupéré de stocks anciens». «Le commerce d’ivoire antérieur à 1989 est autorisé, explique John Scanlon. Et nous disposons aujourd’hui de techniques qui permettent de dater et de préciser la provenance d’une pièce. Plus moyen de blanchir de l’ivoire de contrebande».
4. La demande chinoise baisse, le prix de l’ivoire aussi
Malgré des contrôles et des peines de plus en plus sévères, le trafic illégal reste important. Pour preuve: la saisie en juillet dernier à l’aéroport de Zurich de 262 kilos passés en contrebande dans des valises par trois Chinois. La Chine demeure en effet le plus gros marché mondial. Mais, selon une étude publiée en 2016 du cabinet spécialisé «Vigne and Martin», commandée par l’ONG «Save the Elephants», ce commerce est en crise. Les prix ont été divisés par deux pour osciller autour des mille dollars tandis que la demande chutait. «Les mesures de lutte contre la corruption prises par le président chinois et la baisse de la croissance ont eu un impact», explique John Scanlon. Xi Jinping s’est en outre engagé conjointement avec le président américain à stopper le commerce de l’ivoire. «Si la demande continue de s’effondrer, le gouvernement chinois aura joué un rôle déterminant dans la résolution de la pire crise jamais enregistrée concernant les éléphants», soulignait Iain Douglas-Hamilton, fondateur de «Save the Elephants».
(TDG)