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Bruno Colmant
Depuis les attentats, qui catalysent un gigantesque traumatisme, les langues se délient dans notre pays.
De plus en plus de belges s’interrogent sur notre pays et sur son avenir.
C’est un courant froid, lancinant, que je ressens dans tous les milieux que je côtoie, à commencer par le milieu de l’enseignement universitaire auquel je consacre beaucoup de temps.
Il se passe quelque chose.
Une rupture.
Je veux dire une véritable rupture, pas l’expression mondaine ou convenue de ceux qui qui disent que tout change en espérant que rien ne les affectera.
C’est l’abandon au monde de l’inertie, de la tétanie.
Et le Belgique ressent une immense déception.
La plupart des jeunes à qui j’enseigne (certes favorisés) ne veulent qu’une chose : quitter ce pays qui leur a pourtant donné un enseignement de base.
Ces jeunes ne voient qu’une dette publique, des problèmes de pensions qui leur sont étrangers et surtout une absence de bienveillance sociale.
L’âge médian de la population belge est environ de 48 ans, soit un âge plus proche de la retraite que de celui du début d’une vie professionnelle.
Le belge médian a un quart de siècle de plus que sa jeunesse.
Tout se mêle et s’entrechoque : une mobilité anéantie, des tunnels en poussière, des prisons qui étouffent, des écoles désargentées, un climat anxiogène suite aux attentats qui révèlent des failles dans l’exercice de l’Etat, un monde politique au projet sociétal illisible, des syndicats menant des combats dispersés devant un patronat qui n’écoute pas, une scission de plus en plus profonde entre les communautés, etc. dans un contexte où l’Europe est en questionnement sur sa propre réalité.
La confiance s’amenuise.
Ces malaises se conjuguent pour devenir une inquiétude citoyenne.
Comme de nombreux autres, je crois en l’Etat et au modèle belge.
Mais je vois aussi que je suis, comme d’autres qui ont suivi le même trace , une vigie de plus en plus isolée dans une nuit qui tombe sur la Belgique d’antan.
Je crois qu’il faut faire très attention car la jeunesse s’enfuit, sinon physiquement, à tout le moins mentalement, de ce pays.
Et un pays qui ne se consacre pas totalement à sa jeunesse, c’est un pays qui échoue.