Étiquettes

Chômage des jeunes. 43% des jeunes dans le monde sont au chômage ou vivent en état de pauvreté. 37% de tous les chômeurs sont des jeunes.

Marie Owens Thomsen*

Les analyses concernant l’économie globale et les économies matures en particulier semblent le plus souvent suggérer que tout le pouvoir de la politique économique réside avec les banques centrales. En outre, il est considéré que ce pouvoir a raison de promouvoir une hausse de l’inflation, comme si les prix bas étaient le problème majeur de nos jours. Les commentateurs font également couler beaucoup d’encre sur les questions de la dette et de la démographie, les deux étant perçues comme une condamnation à un taux de croissance médiocre, sans remède. Certes, on mentionne de temps à autre le chômage, et le chômage des jeunes, bien moins souvent, et rarement comme un sujet aussi important que la date de la prochaine hausse des taux directeurs de la Fed (banque centrale américaine) par exemple. En langage des moins de vingt ans, on pourrait ainsi résumer: «j’ai trop le «seum» (ras-le-bol) de cette tendance à mettre les symptômes en avant, et d’écarter les causes. «Hassoul» (bref), essayons de rectifier le tir!»

Le chômage des jeunes a atteint des niveaux records en 2009 avec 76.6 millions de jeunes inactifs (âgés de 15 à 25 ans). Le BIT (Bureau International du Travail) estime qu’en 2014 ce chiffre est tombé à 73.3 millions, une amélioration de 3.3 millions. Néanmoins, 43% des jeunes dans le monde sont au chômage ou vivent en état de pauvreté, et 37% de tous les chômeurs sont des jeunes. Les jeunes représentent 17% de la population mondiale, et se trouvent alors lamentablement surreprésentés parmi les chômeurs. Malgré l’amélioration globale, l’Asie, le Moyen Orient et l’Afrique du Nord ont vu leur chômage chez les jeunes s’accroître encore en 2014. L’Europe a pu constater une amélioration en moyenne, mais le taux de chômage des jeunes frôle les 60% en Grèce et en Espagne, et excède les 20% dans deux tiers des pays européens. Et entre 1991 et 2014, la population active jeune a régressé de 30 millions alors que la population jeune totale a augmenté de 185 millions. Le taux de participation des jeunes est donc tombé de 59% à 47%.

Imaginons ce que le monde pourrait devenir si ces 73 millions de jeunes chômeurs trouvaient une occupation lucrative. Ce serait un rajout de l’équivalent d’environ la moitié de la population active des Etats-Unis, la totalité de celle de la Russie, 2.5 fois celle de la France, et 15 fois celle de la Suisse. Si ces jeunes travaillaient, le taux de croissance du PIB (Produit Intérieur Brut) serait plus fort, les revenues de l’Etat plus importants (plus de collecte d’impôt), la dette plus facile à financer, et le vieillissement de la population un bien moindre souci (la population mondiale âgée de 65 ans ou plus est estimé par les Nations Unis de s’accroître de 113 millions entre 2015 et 2020, donc 1.5 fois le nombre total des jeunes chômeurs). En outre, la cohésion sociale serait accrue et j’ose parier que le terrorisme serait atténué. Il ne serait plus nécessaire de fabriquer un allègement du poids de la dette par l’inflation, la taxation de l’épargne pourrait prendre fin, et les taux d’intérêts pourraient redevenir positifs. Voilà la force de nos jeunes – tout ce qu’ils pourraient faire pour nous si seulement on leur en donnait la possibilité.

L’enjeu social s’est transformé depuis le XXe siècle. A l’époque, créer un marché de travail bien protégé même au dépens de ceux qui se trouvaient exclus avait du sens car les exclus étaient relativement peu nombreux. Aujourd’hui le ratio «dedans/dehors» du marché de travail s’est trop détérioré – il y a juste trop de jeunes dehors et ceux qui sont dedans doivent maintenant sacrifier quelques «acquis», sans quoi d’autres acquis, comme les retraites, vont de toute façon être mis en péril par un nombre trop faible de gens qui travaillent par rapport au nombre de retraités. Prenons les minima de salaires comme exemple. Il est bien sûr souhaitable que tout travail soit rémunéré à un taux acceptable et permette de financer un niveau de vie minimal. Pourtant, tout salaire minimum a tendance à exclure les jeunes du marché de travail car les jeunes sont souvent moins productifs par leur manque d’expérience, et du coup trop chers à employer au salaire minimal. Et sans accès au marché du travail, ils sont dans l’impossibilité d’acquérir cette expérience, chose qui peut les condamner à être sous-performant tout au long de leur vie – un drame individuel qui diminue la croissance du PIB courante et future. Allez les jeunes, gardez un esprit positif, si la vie paraît complètement un ghetto, et forcez un peu vos talents – il y a de la place pour tout le monde!

* Chief Economist,

CA Indosuez Wealth Management

http://www.agefi.com/