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Communautés catholiques, curieux exercice, Eglise, LCP, le cardinal Barbarin, sectes, Une charge
Communautés catholiques : gare aux sectes ?
On imagine, en tout cas, quelle qu’eût été la réaction si le titre avait été: « Communautés juives: gare aux sectes? » ou encore « Communautés musulmanes: gare aux sectes? ». Quand on connaît l’extrême prudence qui est requise dans la bien-pensance pour toute expression relative aux religions minoritaires en France, on s’étonne de la légèreté avec laquelle des amalgames peuvent être suggérées concernant le groupe religieux dominant.
Une étrange programmation
Le propos de l’émission était essentiellement consacré à la Communauté des Béatitudes, largement accusée, tout au long d’un documentaire, d’être une secte en bonne et due forme: elle aurait accumulé un patrimoine colossal, dépouillé ses membres, et se livrerait à des séances de guérison miraculeuse et, bien entendu, à toutes les formes de pédophilie.
Que la Chaîne Parlementaire s’intéresse à ce sujet n’éveillerait pas l’attention, s’il n’était présenté de façon tapageuse et provocatrice comme un sujet sur l’ensemble des communautés catholiques, alors qu’une seule d’entre elles était examinée. Qui plus est, on ne pouvait s’empêcher de s’interroger sur le documentaire diffusé à l’appui de cette charge en règle. Réalisé en 2011 par Sophie, sa projection 5 ans après sa réalisation ne pouvait qu’intriguer.
Une charge déguisée contre Barbarin?
Quel élément d’actualité justifiait cette diffusion si éloignée de la réalisation? L’émission ne l’expliquait pas et renvoyait le spectateur à son interrogation. Difficile de ne pas en conclure que les accusations de protection de la pédophilie proférées contre le cardinal Barbarin étaient le principal motif d’actualité pour déterrer cette enquête ancienne.
Et soudain on comprend que la chaîne parlementaire fait entendre sa petite voix pour laisser croire que l’institution religieuse dans son ensemble est une plaie participant à une vaste entreprise pédophilique. C’est la contribution du service public à une opération de déstabilisation d’un cardinal.
Les circonstances du débat qui suit le documentaire renforcent ce sentiment. Aucun membre de la communauté attaquée n’est présent pour faire entendre sa voix. Cette curieuse conception du journalisme s’accommode en revanche d’une forte présence de détracteurs de l’Eglise: celle de la réalisatrice bien entendu (qui, elle, peut s’exprimer), mais aussi d’Eric Vinson, défenseur officiel de la laïcité, et de Georges Fenech, ancien président de la mission interministérielle de lutte contre les dérives sectaires (MIVILUDES), auteur d’un rapport à charge contre les Béatitudes.
Les « accusés » ne disposaient que d’un représentant: Antoine de Romanet, curé à Auteuil qui n’avait aucune connaissance particulière du dossier.
Le déséquilibre du débat, là encore, étonne et suscite un malaise. Que cherchait la Chaîne en prenant autant de libertés avec la déontologie du journaliste?
Le rôle particulier des Lyonnais dans ce dossier
Georges Fenech, présent au débat, n’est pas seulement l’ancien président de la MIVILUDES, il est aussi député Les Républicains du Rhône, là où Barbarin est mis en cause. Cette coïncidence intrigue. Dans la thématique générale: l’Eglise de France couvre des faits délictueux, la partition que joue Fenech ce soir-là ressemble curieusement à un billard à plusieurs bandes.
En outre, on remarquera aussi que les travaux de Sophie Bonnet sur la pédophilie dans l’Eglise ont suscité l’intérêt d’une autre entité lyonnaise: la communauté Golias, qui avait repercuté, en 2011, une enquête menée par cette journaliste pour le compte des Inrockuptibles.
Il ne s’agit bien entendu que de coïncidences, mais tellement étonnantes au moment où sévit l’affaire Barbarin…
Sur le fond du dossier
Il se trouve que j’ai par hasard voyagé il y a quelques semaines avec un prêtre de la communauté des Béatitudes. Je ne suis pas croyant, je n’ai jamais caché mes options personnelles déistes, et je n’ai aucune forme d’implication personnelle dans la vie de l’Eglise. En discutant avec ce prêtre, j’avais toutefois été frappé par une forme de rigorisme moral au fondement de la théologie des Béatitudes.
Le reportage diffusé sur LCP m’a à la fois surpris et choqué dans la mesure où la dimension spirituelle de cette communauté était totalement passée sous silence. Je reste encore estomaqué par la capacité du service public à diffuser une information qui est manifestement malveillante et ne cherche nullement à informer.
Cela ne signifie bien entendu pas qu’il n’y a pas eu d’actes délictueux commis au sein de cette communauté. S’ils l’ont été, ils doivent être sanctionnés et il ne s’agit pas ici de justifier des choses qui ne peuvent l’être. En revanche, il m’a semblé normal de donner la parole aux Béatitudes pour rétablir certaines vérités nécessaires à l’information du public.
« La présidente de la Chaîne Parlementaire ne répond pas »
une interview de Martin de Tours, prêtre assistant général de la communauté des Béatitudes, en réponse au documentaire diffusé sur la chaîne parlementaire.
Un documentaire de 2011 consacré à votre communauté a été diffusé le 6 mai 2016 par la Chaîne Parlementaire. Ce documentaire vous a-t-il paru équilibré? Pourquoi? Le cas échéant, quels reproches majeurs lui adressez-vous?
Ce documentaire contient de nombreux éléments mensongers, comme par exemple la séance de guérison psycho-spirituelle au sanctuaire de Lisieux qui n’a d’aucune manière été organisée par la Communauté des Béatitudes et n’impliquait aucun de ses membres. A l’évidence, les auteurs de ce documentaire ont une thèse violemment à charge et veulent la prouver par tous les moyens, fussent les moins honnêtes. De plus, il n’est pas précisé que ce documentaire date de 2011 et que, depuis lors, la Communauté a accompli tout un travail de réforme et restructuration notoirement reconnu. Enfin le plus grave est qu’à la suite de ce documentaire a lieu un débat sensé faire le point sur la situation de la Communauté aujourd’hui mais auquel aucun de ses représentants n’a été convié pour s’exprimer sur les questions légitimes que suscite ce documentaire gravement mensonger, ni sur l’évolution des cinq années écoulées depuis. Les droits de la défense ont été gravement violés. Aussitôt interrogée sur les raisons de ce grave manquement, la présidente de La Chaîne Parlementaire n’a pour l’instant pas daigné répondre.
Ce documentaire accorde beaucoup d’importance à votre patrimoine immobilier et à votre chiffre d’affaires. Pouvez-vous nous préciser de quoi il s’agit au juste? Pouvez-vous nous indiquer des chiffres sur votre activité?
Sur les quinze implantations de la Communauté en France, quatre seulement lui appartiennent, toutes les autres étant sous le régime de commodats passés avec les diocèses ou les congrégations religieuses qui en sont propriétaire. Cette proportion d’un patrimoine immobilier limité à un tiers de ses implantations est le même dans le reste du monde. La Communauté ne dispose d’aucun revenu financier qui résulterait de placements mobiliers ou immobiliers.
Chaque implantation de la Communauté des Béatitudes exerce ses activités propres générant ses revenus propres, auquel s’ajoutent les participations des membres ayant leurs activités propres. Ces ressources nous permettent de vivre sobrement et dignement, assumant de manière responsable ce qui nous revient. Elles sont toutefois insuffisantes pour couvrir les frais de formation des jeunes vocations qui s’élèvent environ à 500 000 €/an, pour lesquels nous devons recourir à une collecte de fonds. Sur ce point encore, les allégations du documentaire relèvent du fantasme sans lien aucun avec la réalité.
Le documentaire vous reproche de « dissimuler » le travail des bénévoles qui vous accompagnent et cite dans ce registre le cas d’un couple qui aurait perdu 15.000 euros d’économies au bénéfice de la communauté. Qu’en est-il au juste?
Tous les membres de la communauté vivent de leur travail soit à l’extérieur de la communauté soit dans des missions à l’intérieur de la communauté et s’engagent à vivre dans un esprit de partage selon les modalités qu’ils choisissent. Le couple dont il est question avait librement pris un engagement de vie dans la Communauté. Personne n’a jamais été contraint de prendre un tel engagement. Ce couple a d’ailleurs été débouté de la plainte qu’il avait portée devant les tribunaux en 2008.
Le documentaire vous attribue différentes pratiques sectaires. Il est cautionné, en ce sens, par l’ancien président de la MIVILUDES. Que répondez-vous à ces accusations?
La Communauté ne conteste pas les dérives qui l’ont affectée (confusion dans la vie commune des états de vie, problème de gouvernance, fautes graves de certains de ses membres) entre 1985 et 2005, avec toutes les souffrances provoquées chez de trop nombreuses personnes. Dans un communiqué de presse publié en novembre 2011, elle a reconnu publiquement ces dérives et depuis 2010, sous la conduite du Saint-Siège qui a nommé auprès d’elle un Commissaire pontifical, elle a résolument entrepris de les redresser par un profond travail de vérité et de réforme. Cette étape s’est achevée en novembre 2015 avec l’Assemblée Générale de la Communauté qui s’est tenue dans un climat pacifié et a élu un gouvernement propre pour 4 ans. Ceci sous la bienveillance du Saint-Siège qui continue de l’accompagner au travers d’un assistant apostolique et encourage à travers elle une nouvelle forme de vie consacrée dans l’Eglise du type « Famille ecclésiale ».
L’ancien président de la MIVILUDES, dont la seule visite à la Communauté date de 2009, parlait alors d’une nécessaire « vigilance » envers la Communauté, sans employer les mots de « dérives sectaires » ou d’«emprise mentale», pourtant courant dans la rhétorique de la MIVILUDES. En 2012, il n’a pas accepté de recevoir le Commissaire pontifical, qui avait demandé à le rencontrer pour lui exposer le travail de réforme en cours dans la Communauté sous la conduite du Saint-Siège.