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Boxeur surdoué, Mohamed Ali définit ainsi son style : « Vole comme un papillon, pique comme une abeille, et vas-y, cogne ! »
La preuve que Cassius Clay, devenu Mohamed Ali, était un grand champion, The Greatest, disait-il, le meilleur des champions, c’est que même ceux qui n’entravent rien au noble art, dont ma pomme, connaissaient son nom, son renom, son parcours de boxeur hors du commun. Car au-delà du simple ring et des seules considérations sportives, l’homme incarne aussi les pages les plus tourmentées d’une nation qui ne l’est pas moins : les USA, comme s’il était un morceau d’histoire à lui seul.
Déjà, le 17 janvier 1942, il voit le jour dans le Kentucky, à Louisville, bourgade qui porte si bien son patronyme français, et nous rappelle l’époque où nos possessions dans le Nouveau Monde égalaient, en superficie, celles des Espagnols tout en surpassant celles de l’Angleterre. Si les Français abandonnèrent tôt l’esclavage et ne firent jamais la guerre aux Amérindiens, il n’en fut pas de même des Anglo-Saxons ; ce qui explique nombre de choses.
Même si, issu de la classe moyenne noire, le jeune Cassius Clay n’a plus de chaînes aux pieds, il en est d’autres, plus ou moins visibles : celles d’une ségrégation qui ne sera abolie, sur le papier, qu’en 1962. D’où l’exil de nombre d’artistes noirs en notre douce France, Quincy Jones et Billie Holliday pour le jazz ; Memphis Slim et Big Bill Bronzy et Luther Allison pour le blues – à ce sujet, se reporter au splendide film de Bertrand Tavernier, Autour de minuit (1986). Et dire que nous passons pour être racistes…
Boxeur surdoué, Mohamed Ali définit ainsi son style : « Vole comme un papillon, pique comme une abeille, et vas-y, cogne ! » De fait, son jeu de jambes extravagant fait de lui une sorte de danseur en short. Ajoutez à cela un sens aigu de l’autopromotion et de la vanne qui tue – bien avant les rappeurs et le talent en plus –, il se définit de la sorte : « Je suis jeune, je suis mignon et je suis totalement imbattable. »« Imbattable », il le sera longtemps, puisque couronné « artiste du siècle » en 1999 par le BBC et Sports Illustrated, équivalent ricain de L’Équipe.
Ce fanfaron né est pourtant doté d’une tête politique bien faite, puisque mettant sa renommée au service de ses frères de sang, frayant avec Nation Of Islam et ses deux leaders, Elijah Muhammad et Malcom X, avant de devenir Cassius X. “X”, en référence à ces esclaves privés de leur patronyme africain d’origine. Puis, converti à l’islam, il prend le nom de Mohamed Ali. Pourquoi l’islam ? Tout simplement parce que, dans une société de classes, voire de castes – dans celle des WASP, pour White Anglo-Saxon Protestant –, les Noirs ont la leur : tout en bas de la hiérarchie sociale. Alors que la religion de Mahomet a vocation, dans l’idéal tout au moins, à proposer une vision plus égalitariste de cette même société.
Puis, tandis que sa carrière atteint des sommets jusque-là inégalés, la guerre du Vietnam et la conscription qui va avec. Le jeune Ali refuse de s’engager sous les drapeaux. Pourquoi ? Deux versions, l’une officielle et l’autre plus ou moins officieuse. La première : « Aucun Vietnamien ne m’a jamais traité de Nègre ! » La seconde : « Je ne vois pas pourquoi moi, un Noir, irait tuer des Jaunes qui ne m’ont rien fait, pour le compte de Blancs ayant volé leurs terres à des Rouges ! » Les deux se valent et paraissent éminemment cohérentes.
Pour la petite histoire, Mohamed Ali a son étoile sur Hollywood Boulevard. Mais elle n’est pas sur le trottoir. Motif ? « Je ne veux pas que l’on puisse marcher sur le nom du Prophète… » La sienne sera donc incrustée sur le mur du Kodak Theater, là où se déroule, chaque année, la cérémonie des Oscars.
Nous sommes bien loin de Black M. !
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