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LudovicDupin

Les anomalies sur les pièces forgées à l’usine Areva du Creusot concernent 85 équipements sur le parc nucléaire français. Selon l’ASN, d’autres anomalies pourraient être mises à jour en étendant les investigations à d’autres usines.

L’ASN confirme la découverte de nouvelles anomalies sur les équipements du parc nucléaire français
Frank Chevet, ASN
© LUC PERENOM ©PERENOM
L’ASN confirme la découverte de nouvelles anomalies sur les équipements du parc nucléaire français

Mercredi 22 juin, Pierre-Franck Chevet, président de l’Autorité de Sûreté Nucléaire (ASN), était auditionné par la commission des Affaires économiques de l’Assemblée nationale. S’il juge que le niveau de sûreté du parc nucléaire a été satisfaisant en 2015, il a rappelé une fois de plus les multiples chantiers du nucléaire français (prolongations, EPR, nouvelles constructions…) à réaliser dans un contexte difficile rendent l’avenir incertain. Parmi les sujets les plus commentés, le gendarme de l’atome a longuement fait état de la situation des anomalies découvertes à l’usine Areva du Creusot (Saône-et-Loire).

La mise en évidence de concentrations anormales de carbone dans le couvercle et la cuve de l’EPR en construction à Flamanville (Manche) a conduit l’ASN à demander à EDF et Areva une enquête sur l’usine du Creusot où cette pièce a été forgée. « Il a été mis en évidence d’autres anomalies qui touchent notamment certains générateurs de vapeurs pour lesquels nous avons la certitude qu’il y a des ségrégations (anormales de carbone)« , explique Pierre-Franck Chevet. Il ajoute « une ségrégation ne veut pas dire que c’est inacceptable en terme de sûreté mais qu’il faut traiter l’anomalie« .

Des générateurs de vapeurs à vérifier dans 17 réacteurs

Selon l’ASN, 17 réacteurs nucléaires comptent au moins un composant de générateur de vapeur susceptible d’être affecté par des ségrégations de carbone. « EDF a apporté un certain nombre d’éléments allant dans le sens d’un non-impact sur la sûreté mais nous sommes en train de vérifier de manière systématique que toutes ces anomalies sont traitées correctement« , assure Pierre-Franck Chevet.

Une note d’information publiée par l’ASN le lendemain de l’audition, le jeudi 23 juin, confirme les propos de son président. « Certains fonds primaires de générateurs de vapeur pourraient présenter une zone de concentration importante en carbone pouvant conduire à des propriétés mécaniques plus faibles qu’attendues ». Ces générateurs équipent 18 réacteurs, sur les centrales du Blayais, de Civaux et Fessenheim notamment…. « Nous avons observé ce phénomène dès septembre 2015 et nous avons procédé aux contrôles nécessaires toujours dans une démarche d’échange avec l’ASN », a précisé EDF, contacté par L’Usine Nouvelle. « Mais cela n’a pas d’enjeu sur la sûreté du parc nucléaire », a affirmé un porte-parole de l’électricien. Ces contrôles ont été effectués indépendamment de l’audit de l’usine du Creusot.

L’autre problème est que l’anomalie sur la cuve de l’EPR, à l’origine de ces découvertes, n’a pas été identifié « par les contrôles internes d’Areva et d’EDF, mais parce qu’on nous avons insisté pour faire un certain nombre de contrôles« , explique Pierre-Franck Chevet. L’ASN a donc demandé à Areva de faire un audit rétrospectif de la production du Creusot. Des irrégularités ont été mises à jour.

Une pratique industrielle inacceptable

« Lorsque des écarts (sur des pièces) était constatées, un dossier, appelé dossier barré, était ouvert où l’anomalie était traitée. Mais il n’allait ni chez le client ni chez l’autorité de contrôle. C’est une pratique industrielle inacceptable. Je ne parle même pas de réglementation nucléaire« , juge le patron de l’ASN.

Depuis les années 60, sur les 10 000 pièces produites au Creusot, 400 irrégularités ont été répertoriées. 85 concernent le parc nucléaire français en activité. A ce stade, « 84 sont considérés sans impact, la 85éme est en cours d’analyse« , précise Pierre-Franck Chevet. Ce dernier cas concerne le réacteur numéro 2 de Fessenheim (Haut-Rhin), mis à l’arrêt mi-juin. Le problème touche la partie supérieure d’un des générateurs de vapeur où une masselotte (masse de métal qui sert lors du refroidissement d’une pièce forgée) n’aurait pas été retirée.

Les investigations sur les anomalies de certaines pièces vont se poursuivre plusieurs mois encore explique l’ASN. L’affaire risque de durer d’autant plus que l’Autorité veut également étendre les audits à deux autres usines : celle de Chalon/Saint-Marcel (Saône-et-Loire) et celle de Jeumont (Nord). « Ces études révéleront peut-être d’autres anomalies« , prévient déjà Pierre-Franck Chevet.

http://www.usinenouvelle.com