Pour François Fillon , « Il n’y a pas de chef à la tête de l’État »

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François FILLON – Nous sommes en état d’urgence, la police a une mission absolument prioritaire qui est la lutte contre le terrorisme, à laquelle s’ajoute la sécurité de l’Euro. Tout le monde peut comprendre que sans remettre en cause le droit de manifester, le gouvernement demande aux organisations syndicales de reporter les manifestations après l’Euro.

La manifestation statique que propose Bernard Cazeneuve ne constitue-t-elle pas un bon compromis ?

Dans le contexte actuel, malheureusement, statique ou pas, chaque manifestation attire la violence et les casseurs. Ce qui pose problème, c’est l’absence de volonté d’appliquer la loi, c’est l’absence d’autorité ! A Nantes où j’étais la semaine dernière, il y a eu vingt manifestations en trois mois, toutes avec violences. Les casseurs sont connus mais tout se passe comme si instruction avait été donnée de ne pas les appréhender immédiatement. Tous nos concitoyens ont pu constater des situations semblables à Lille, à Paris ou à Marseille. Les forces mobiles, auxquelles je veux rendre hommage, sont parfaitement entraînées, commandées, elles sont correctement équipées. Ce qui leur fait défaut, ce sont des instructions claires, c’est-à-dire l’ordre de faire appliquer systématiquement la loi, d’interpeller tous les casseurs, pour qu’ils soient déférés sans délai à la justice et condamnés comme ils le méritent. C’est l’exécutif qui est en cause. Depuis quatre ans, on a un président de la République mais pas de chef à la tête de l’Etat.

Pourquoi donne-t-il ces consignes ?

J’y vois une part de nostalgie – une grande partie du gouvernement actuel défilait dans la rue il n’y a pas si longtemps ! – et aussi la conséquence de l’extrême prudence de François Hollande. Il redoute les incidents ou les accidents, ce qui est compréhensible, mais il ne voit pas que la situation est inacceptable. Je m’insurge devant cette impuissance à interdire ces manifestations et à voir l’intérêt général sapé par les égoïsmes corporatistes. Nous sommes en état d’urgence, nous affrontons des actes de guerre sur notre territoire et nos policiers sont exténués par les missions qui leur sont confiées.

La CGT accuse le gouvernement de laisser faire les violences pour déconsidérer le mouvement. Peut-elle avoir raison ?

Je ne veux pas le croire. La CGT ferait bien d’assumer ses responsabilités. A Nantes, les commerçants vivent un enfer, les employés des magasins, des banques sont molestés, terrorisés. Certains font des dépressions. Si c’était une stratégie volontaire de la part du gouvernement, elle serait totalement irresponsable.

Les syndicats doivent-ils payer pour les dégâts occasionnés ?

Cette proposition ne tient pas sur le plan juridique. Ceci dit la CGT et Philippe Martinez, en bloquant des raffineries, des transports, en insultant les policiers dans ses tracts, en organisant des manifestations dans un contexte de très grande insécurité, vont au-delà des règles de la République. C’est à l’Etat de les recadrer.

La France dispose-t-elle d’un arsenal juridique suffisant pour lutter contre le terrorisme ?

Oui. Je refuse de participer au concours Lépine de l’arme infaillible contre le terrorisme. Commençons par appliquer fermement la loi. Le livre IV du code pénal permet d’aggraver les peines de prisons pour les auteurs et les complices d’actes terroristes, et d’emprisonner, sur décision de justice, tous ceux qui entretiennent des relations avec nos adversaires dans la guerre contre le totalitarisme islamique et de leur infliger des peines de sûreté. Si ces dispositions avaient été appliquées, Larossi Aballa serait toujours derrière les barreaux.

Les Verts ont demandé dès 2015 l’application du Livre IV du Code Pénal, sans succès. Pourquoi le gouvernement l’accepterait-il aujourd’hui ?

Parce que la guerre est parmi nous. Je ne reparlerai pas de Mme Taubira, opposée par laxisme à toutes mesures exceptionnelles, ni de M.Fabius, qui refusait de considérer l’Etat islamique comme un Etat. Il y a sans doute aussi une gêne du gouvernement à recourir à des dispositions mises en place pour partie pendant la guerre d’Algérie. Mais ces arguties juridiques et ces hésitations à utiliser ces lois constituent des fautes graves mettant en cause la responsabilité des dirigeants. Il ne faut alors pas s’étonner de voir fleurir des propositions irréalistes comme la mise en camp de rétention de tous les fichés S sans intervention du juge.

Etes-vous aussi contre le bracelet électronique pour tous les fichés S ?

Cela n’est ni juridiquement possible, ni réellement efficace. Et je ferai toujours plus confiance à des policiers qu’à des bracelets électroniques pour surveiller des personnes fichées S. La lutte contre le terrorisme doit être la mission numéro 1 de la police et de la gendarmerie qui doivent être déchargées des taches administratives et de proximité au profit des polices municipales et de sociétés de sécurité privées.

Les moyens dévolus à la Justice sont-ils suffisants ?

Non, ils ne sont pas adaptés à cet état de guerre. Il existait jusqu’en 1981 une Cour de Sûreté de l’Etat pour faire face à des situations exceptionnelles comme celle que nous connaissons aujourd’hui. Il faut donner à la Cour d’assises spéciale les moyens nécessaires pour traiter une centaine et pas une dizaine d’affaires de terrorisme par an, et dans des délais beaucoup plus courts. Il n’y a pas non plus assez de places de prison et du coup, tout se passe comme si notre politique pénale était indexée sur le nombre de places disponibles. C’est la raison pour laquelle je propose de construire 16000 places supplémentaires. Les policiers sont écœurés de voir sortir de garde à vue, libres et sans aucun contrôle, des délinquants qu’ils avaient surveillés pendant des semaines voire des mois avant de les interpeller. Partout en France je sens la volonté d’un Etat ferme et digne.

http://www.lefigaro.fr

 

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