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Par Hadrien Desui

 L’attentat à l’aéroport Ataturk, du nom du fondateur de la laïcité turque, a fait 41 morts. Pour Hadrien Desuin, si la Turquie occidentale était visée, l’était également l’islamiste Erdogan, qui s’est tout récemment rapproché de la Russie et d’Israël.

Ce n’est certes pas la première fois que Daech frappe la Turquie. Mais la cible, l’aéroport Ataturk d’Istanbul, est significative. Après Sultanahmet et l’Istiklal, Daech a voulu frapper l’intégration de la Turquie à la mondialisation occidentale dans un aéroport qui porte le nom du fondateur de la laïcité turque, Mustapha Kemal. Un hall de gare qui voit transiter nombre de touristes en quête de culture ou de loisirs. En somme, les attentats frappent davantage la Turquie occidentale et kémaliste que la Turquie islamiste d’Erdogan.

Mais peut-être Daech a-t-il aussi voulu sanctionner les récents rapprochements ou du moins réchauffements entre la Turquie et Israël d’une part et la Turquie et la Russie d’autre part. Deux deals qui sont liés dans la mesure où la Russie entretient de bons rapports avec Tel-Aviv. A l’occasion de l’annexion de la Crimée, Israël a été l’un des rares pays de l’ONU à s’abstenir de condamner la Russie à New-York. Les dédommagements financiers offerts en contrepartie de l’assaut israélien sur la flottille turque de 2010 pour Gaza ont peut être facilité le règlement de l’incident du chasseur russe abattu par la Turquie au nord de la Syrie à l’été 2015. La procédure de nomination d’un ambassadeur turc à Tel-Aviv a été annoncé par Ankara dimanche dernier. La Turquie ne s’est pas non plus opposée à l’ouverture d’une représentation israélienne à l’OTAN.

Ce revirement diplomatique turc correspond aussi à l’échec de la politique pro-européenne menée par l’ancien Premier ministre Ahmet Davutoglu. Le représentant allemand de l’Union européenne a du démissionner et l’exemption de visa pour les turcs prévue au 1er juillet est reportée. Le ton monte à Ankara tandis que

l’autoritarisme d’Erdogan irrite de plus en plus ses partenaires occidentaux. De sorte que le tout puissant sultan de l’AKP a besoin de retrouver des marges de manœuvres face à une Russie qui jusqu’à la brouille de l’année dernière couvrait ses plages et ses basiliques orthodoxes de touristes et de pèlerins. Et qui continue à approvisionner en gaz son voisin turc. Poutine et Erdogan se sont entretenus ce mercredi par téléphone et ont convenu de se rencontrer rapidement.

L’État islamique qui connaît de sérieux revers en Irak mais aussi face aux kurdes et à l’armée syrienne entend aussi faire payer à la Turquie sa moindre complaisance à son égard. La Turquie s’est longtemps servi de Daech pour défaire les kurdes syriens du PYD, alliés au PKK. Mais sous pression russo-américaine, la Turquie a du clarifier sa position. Surtout le soutien et l’appui qu’elle apporte en Syrie à la coalition djihadiste rivale de Daech, que certains persistent à appeler «rebelles modérés» ou «opposition syrienne» se confronte à l’Etat islamique. Le front Al-Nosra (Al Qaïda en Syrie) et ses alliés empêchent Daech d’avoir le monopole du combat contre les Occidentaux et les Russes. Il lui est donc vital de montrer au monde musulman que la Turquie est un pays impie, allié des juifs et des croisés, qu’il faut détruire. Bref, en cinq ans de guerre civile en Syrie, la Turquie, s’est perdue dans son propre jeu d’alliances orientales et tente de retrouver ses repères stratégiques. Au carrefour de l’Europe et de l’Asie, Istanbul est bien de ce point de vue l’héritière de Byzance.

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