Daech revendique l’attentat, la France engluée dans le grand flou du terrorisme

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Nice, Promenade des Anglais, 36 heures après, des gendarmes veillent. © Laurent Cipriani

Une agence proche de l’Etat islamique a revendiqué ce matin l’attentat de Nice mais au vu du profil du meurtrier, la lutte contre un ennemi islamiste proclamé apparaît de plus en plus compliquée

Lapidaire, le texte présente le conducteur du camion fou qui a tué 84 personnes avant d’être abattu par les forces de police comme une de ses recrues, sans en dire beaucoup plus, alors que depuis la tragédie, la France entière s’interrogeait sur ses motivations.

L’hypothèse de l’homme isolé reste posée

Le profil de Mohamed Lahouaiej-Bouhlem, un homme seul, psychologiquement troublé, délinquant violent condamné récemment à une peine de prison avec sursis, laissait penser à l’acte isolé d’un fou désireux de répliquer les attentats islamistes vantés par la propagande de Daech.

L’hypothèse reste toutefois posée, dans la mesure où l’intéressé n’avait jamais été fiché pour radicalisation islamique, comme l’a confirmé vendredi soir le Procureur de la République, François Molins, patron du parquet antiterroriste sans cesse sollicité depuis les attentats revendiqués des 7 et 9 janvier 2015 contre Charlie Hebdo, puis du 13 novembre 2015 contre le Stade de France, le Bataclan et les terrasses de café parisiennes.

Un autre scénario, tout aussi effrayant, est celui de l’entrée en lice de «soldats de Daech» jusque-périphériques, au moment où les principales filières djihadistes sont décimées par la police et où l’organisation subit une énorme pression militaire sur ces bastions Syriens et Irakiens.

Cinq personnes interpellées

L’enquête en cours, qui s’est accéléré ces dernières heures avec l’interpellation de cinq proches de l’assassin, devra par conséquent démontrer à quel moment Mohamed Lahouaiej-Bouhlem, un chauffeur livreur tunisien de 31 ans arrivé en France à l’âge de 20 ans, s’est retrouvé en contact avec la nébuleuse Daech et ses éventuels recruteurs.

S’il s’avère que l’homme entretenait des liens étroits avec des islamistes radicaux – par exemple ceux de la filière «Cannes-Torcy» dans laquelle figurent plusieurs jeunes niçois et dont le procès est attendu en cour d’assises spéciale ces prochaines semaines – la police et les services de renseignement se retrouveraient immédiatement en position d’accusés.

Une guerre civile larvée: comment éviter, dans un pays où vivent entre cinq et six millions de musulmans, les gestes de déséquilibrés désireux de passer à l’acte «à la façon des soldats de Daech»?

Si, en revanche, le lien entre l’homme et Daech s’avère beaucoup plus flou, le débat sera surtout sociétal et risque de relancer la thèse d’une guerre civile larvée qui inquiète de nombreux policiers et experts: comment éviter, dans un pays où vivent entre cinq et six millions de musulmans pour la plus grande partie bien intégrés – une dizaine de victimes de l’attentat de Nice sont de confession musulmane – les gestes de déséquilibrés désireux de passer à l’acte «à la façon des soldats de Daech».

Bref, comment contrer l’épidémie de répliques meurtrières de la part de petits délinquants violents et paumés, intoxiqués par la propagande islamiste radicale ou tout simplement fascinés par l’instinct de mort qu’elle distille ?

Attaques sécuritaires de la droite

Du coté du gouvernement, l’après-attentat de Nice s’annonce dès lors très périlleux, d’autant que François Hollande aborde une fin de quinquennat tumultueuse jusqu’aux élections présidentielles de mai 2017 et que l’opposition de droite va multiplier les attaques sécuritaires. Marine Le Pen, présidente du Front National – fort de plus de 40% des voix aux dernières élections régionales de décembre 2015 dans la région de Nice – doit s’exprimer ce samedi.

Pour l’heure, la réponse officielle immédiate a été la prorogation pour trois mois de l’état d’urgence jusqu’à la fin octobre. Les drapeaux tricolores ont été mis en berne, comme le prévoit le deuil national, jusqu’au 18 juillet. Un nouveau conseil ministériel restreint de défense ce matin à l’Elysée, suivi d’un conseil des ministres au complet, pour bien montrer la détermination du gouvernement face à l’épreuve.

Doute sur la stratégie anti-terroriste

Mais derrière cette démonstration de force, le doute est énorme et le séisme patent, en terme de stratégie anti-terroriste. L’hypothèse d’un «loup solitaire» déséquilibré, pris de folie meurtrière sur fond de haine anti-occident distillée par la propagande islamiste radicale représente en effet le plus terrible des défis dans un pays où le niveau élevé de chômage gangrène les quartiers, et où la justice manque de moyens pour mettre hors d’état de nuire quantité de délinquants appréhendés par les forces de sécurité.

La «guerre» dans laquelle la France se retrouve engagée face aux islamistes au sein même de son territoire devient, à l’évidence, de plus en plus asymétrique, tant la menace est diffuse et compliquée à éradiquer. Avec cette revendication, et compte tenu de la personnalité du tueur de la Promenade des Anglais, Daech démontre plus que jamais combien l’Hexagone est démuni face à l’un des pires maux de ce siècle naissant: le flou sanglant du terrorisme.

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