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L’été est la saison des moustiques. C’est assurément ce qu’en disent ceux qui se croient la cible préférée de quelques espèces. Pour quelles raisons piquent-ils et comment le font-ils? Explications.
On a parfois l’impression que plusieurs nous prennent pour des cibles, mais sur près d’un million d’espèces d’insectes recensées dans le monde, environ 90 % dépendent des animaux, et non des humains, pour réaliser leurs cycles vitaux dans la nature.
Cependant, pour environ 8000 d’entre elles, un prélèvement sanguin est nécessaire pour assurer leur descendance; elles le font soit en mordant, soit en piquant. Mais certaines, comme les guêpes et les abeilles, piquent simplement pour se défendre ou protéger leurs petits. À l’aide de leur aiguillon, elles injectent un venin pour éloigner le danger potentiel.

Piqueurs ou mordeurs
Les plus connus des insectes piqueurs et mordeurs sont les mouches noires, les taons, les brûlots et les moustiques. Ces derniers sont d’ailleurs les plus jeunes : ils sont nés 30 millions d’années après les mouches noires qui, elles, ont fait leur apparition il y a 140 millions d’années.
Leurs pièces buccales sont différentes, puisqu’elles permettent une alimentation liquide. Au premier stade de leur développement, celui de larve, ils se nourrissent de petits organismes en suspension dans l’eau et de déchets végétal ou animal. Une fois adultes, les mâles et les femelles s’alimentent aussi de sève qu’ils prélèvent sur les végétaux.
Cependant, en tant que responsables de la reproduction, les femelles ont besoin de puiser des ingrédients dans le sang animal (ou humain) pour développer leurs œufs. Les protéines sanguines, plus précisément les acides aminés, les mèneront à maturité. Ce sont donc exclusivement des moustiques femelles qui s’en prennent à nous.
Les mouches noires, brûlots et taons sucent le sang en mordant, car les pièces qui constituent leur bouche sont coupantes. Elles découpent notre peau, ce qui fait sortir le sang.
Les moustiques, eux, ont des pièces buccales qui ressemblent à un tube. Donc, ils piquent et percent ainsi les tissus végétaux ou cutanés; ensuite, avec cette trompe, ils pompent les liquides, sève ou sang.

Une technique perfectionnée
Cette trompe est en fait un ensemble de six pièces enveloppées dans une gaine qui se rétracte partiellement lorsque l’insecte pique.
Deux d’entre elles sont munies de petites dents qui scient la peau. Elles sont si aiguisées qu’elles font leur travail sans qu’on les sente.
Une autre paire retient les tissus pendant que le moustique utilise les deux derniers appendices pour trouver et sucer le sang. Malheureusement pour nous, les vaisseaux sanguins libèrent des substances chimiques qui guident l’insecte vers eux. Une fois le vaisseau trouvé, le moustique libère de la salive lubrifiante et le perce.
Avant d’aspirer le sang comme avec une paille, une autre substance salivaire est relâchée; elle agit comme anticoagulant sanguin et dilate le capillaire. Mais elle cause aussi les démangeaisons après la piqûre.

Une, deux, trois fois et même plus
Les moustiques qui n’ont pas prélevé beaucoup de sang ou qui ont été dérangés peuvent piquer à nouveau. Ce n’est pas comme une abeille dont le dard est semblable à un hameçon. Lorsqu’elle pique et qu’on la chasse vivement d’un coup de main, le dard reste en général accroché sous notre peau et s’arrache du corps de l’abeille, provoquant sa mort.
Le moustique femelle ne se gave pas par gourmandise (ou par acharnement), mais pour permettre à ses œufs de croître. Si elle n’a pas récolté assez de sang, sa production sera moins abondante.
Une fois aspiré, le sang est entreposé dans une vésicule associée au tube digestif qui bifurque dans son abdomen et le gonfle. Il passe ensuite dans le tube digestif et les acides aminés provenant des protéines sont absorbés pour produire les œufs.
La cueillette terminée, les femelles s’installent à un endroit calme pendant deux à quatre jours afin que le développement des œufs suive son cours. Elles les pondent dans les plans d’eau stagnante, où le cycle de la vie se poursuit.
Moustiques, porteurs de maladiesLes moustiques qui propagent des maladies agissent de la même façon; c’est au tout dernier instant de leur processus de prise de sang qu’ils transmettront, par le biais de leur salive, le virus qu’ils auront attrapé d’un animal porteur lors d’une précédente piqûre. Ces moustiques porteurs d’agents pathogènes susceptibles de donner des maladies comme la malaria, la maladie à virus Zika ou la dengue sont rares; c’est beaucoup plus fréquent dans les régions tropicales.
Pourquoi j’ai l’impression de toujours être la cible des moustiques?
Je suis chanceuse : je subis rarement les « attaques » des insectes piqueurs ou mordeurs. Mais, autour de moi, j’entends souvent cette phrase. Contrairement à la croyance populaire, ce n’est pas parce que vous avez un goût sucré, que vous mangez épicé ou que vous portez un parfum floral que ces insectes vont vers vous.
Sachez qu’ils vous localisent d’abord avec leurs yeux, à distance, comme une masse sombre. Plus ils approchent, plus cette masse devient rouge, en raison de votre chaleur corporelle qu’ils perçoivent.
En s’avançant encore plus vers vous, ils détecteront le CO2 émis par votre respiration. Ce gaz carbonique va stimuler leurs sens et ils seront aussi attirés, mais dans une moindre mesure, par d’autres substances volatiles émanant de votre corps, comme la sueur, l’ammoniac, l’acide lactique et l’acide urique. C’est comme ça, on n’y peut rien.
Voici tout de même quelques trucs pour les éloigner :
- évitez d’être à l’extérieur aux moments privilégiés par les moustiques, soit avant la pluie, au crépuscule ou par temps humide;
- portez des vêtements clairs plutôt que foncés;
- éloignez de la maison tout contenant à ciel ouvert qui accumule l’eau stagnante.

Sur ce, je vous souhaite un bon été. Je pars en vacances et vous reviendrai à la fin août.
* Merci à Dr Jean-Pierre Bourassa, biologiste et Marjolaine Giroux, entomologue à l’Insectarium de Montréal pour leur collaboration précieuse.