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Par Ghislaine Ottenheimer
A l’université d’été du Medef, l’ex-président a joué sur la corde sensible de l’autorité. Le public attendait une vision.
En quelques minutes Nicolas Sarkozy a débité ses mesures phares, sans tenter de convaincre de leur pertinence, lors de l’Université d’été du Medef, le 31 août. ERIC PIERMONT / AFPNicolas Sarkozy n’est pas un candidat comme les autres. Mercredi 31 août, à Jouy-en-Josas, sur le campus d’HEC, lors de sa participation à la séance plénière, il n’a donc pas été soumis aux mêmes règles que les autres invités (un décompte du temps de parole, un jeu bien réglé de questions-réponses avec des chefs d’entreprises). Nicolas Sarkozy est une star. Et se la joue star. Il est arrivé en retard, entouré de sa garde rapprochée (Eric Woerth, Gérald Darmanin, Christian Estrosi) provoquant au passage l’hystérie des photographes et des cameramen. Et s’est livré à un exercice free style, avec de longues digressions. Dynamique et parfois drôle, mais pas forcément convaincant.
D’emblée Nicolas Sarkozy, costume sombre, a asséné ses propositions économiques, qui, pour la plupart, ont déjà été divulguées dans son livre Tout pour la France, sorti la semaine dernière sans donner plus de détails. Suppression du compte pénibilité, du principe de précaution, abrogation de toutes les normes supérieures à celles édictées par l’Union européenne, baisse de 100 milliards de la dépense publique, baisse de 50 milliards des impôts, abrogation des 35 heures, réintroduction des heures sup défiscalisées, alignement des régimes de retraite du public et du privé, dégressivité des allocations chômage, suppression du monopole syndical au premier tour des élections professionnelles, passage de la durée de travail des fonctionnaires à 37 heures, exonération des droits de succession d’une entreprise si l’activité est maintenue pendant cinq ans, baisse des charges, suppression de l’ISF…
« La France pourrait arrêter de faire la fortune de Monaco »
A ce stade Nicolas Sarkozy s’est échauffé. Il se croit en meeting. Il explique que dans un monde concurrentiel on ne peut pas conserver cet impôt et lance: « La France pourrait arrêter de faire la fortune de la Grande-Bretagne, de la Suisse ou de Monaco ». La salle estourbie par cet inventaire indigeste se détend en peu. De même il a mis les rieurs de son côté en expliquant qu’au lieu de mobiliser tous les effectifs de gendarmerie et de police d’une ville pour le transfert d’un prisonnier dangereux, le plus simple serait qu’on organise une vidéo conférence ou que le magistrat se déplace…
Nicolas Sarkozy a tout de même donné quelques précisions. Il a proposé par exemple que le fameux compte GVT (glissement vieillissement technicité) qui garantit aux fonctionnaires un avancement quasi-automatique sur la grille salariale, soit à l’avenir calculé au mérite. Au passage il s’est offert un petit tacle contre la majorité actuelle qui « en supprimant le jour de carence a aussi supprimé les statistiques sur l’absentéisme! » (Ce qui est exact et a été dénoncé par la Cour des Comptes, NDLR.)
Pour finir il a proposé de ramener la dépense publique de 57,5% du PIB à 50% en 5 ans. Un de nos voisins rigole: « Cela exigerait une baisse de 150 à 200 milliards, or il a annoncé 100 milliards de baisse. On l’a notifié à ses équipes dix fois! ».
En quelques minutes Nicolas Sarkozy a débité ses mesures phares, sans tenter de convaincre de leur pertinence. Et s’est ensuite déployé sur son terrain favori: celui de l’autorité. Alors qu’un patron lui demande comment faire évoluer l’école pour l’adapter aux besoins des entreprises, il répond: service militaire pour les jeunes de 18 ans sans travail et sans formation afin « qu’ils apprennent à se lever tôt », internement pour ceux qui perturbent l’école, redoublement du CP pour ceux qui ne savent pas lire… Et assure, sans beaucoup d’arguments, qu’il n’y a pas de nécessité à réformer l’école: « Il y a eu une réforme tous les deux ans, le cimetière des réformes de l’Education nationale est plein, il n’y a plus de place ». Et tac, une pique contre Juppé qui fait de l’école la reine des réformes!
« On ne veut plus le voir »
Dans la salle, le moins qu’on puisse dire, c’est qu’il n’a pas provoqué l’enthousiasme. Un mini « micro trottoir » confirme les sondages qui montrent qu’il n’est pas, et de loin, le candidat favori des chefs d’entreprises. Certes on lui reconnaît du punch, de l’énergie, du talent… Mais il n’imprime plus. Pourquoi n’a-t-il pas fait tout ce qu’il dit en son temps? En off, un ponte de l’organisation patronale lâche: « Beaucoup de chefs d’entreprises ne croient plus en lui pour réformer la France. Ce dont nous avons besoin, c’est d’une vision pour changer le modèle social français et l’adapter au XXIe siècle. » Plus loin, un membre du Medef de la Mayenne, est tout aussi sceptique: « Bien sûr, s’il arrive à mettre en place toutes ses mesures, nous serions ravis. Mais je doute de sa capacité à pouvoir les mettre en œuvre. A titre de comparaison, Bruno Le Maire a été beaucoup plus clair sur sa méthode pour réformer la France ».
« La cata, s’exclame pour sa part Pascal Ollivier. Il n’écoute personne, il ne répond pas aux questions, il s’affranchit des règles…On ne veut plus le voir. Vivement Macron! ». Même réaction d’un autre patron, Bruno Pailliard, lui aussi interrogé au hasard: « Nicolas Sarkozy, on ne veut plus le voir. On n’y croit plus. Pour reconquérir, il ne faut pas agresser. J’irai voter pour qu’il ne passe pas. » Un autre, Joël Lemonnier constate: « La magie ne fonctionne plus. On n’y croit plus. C’est un catalogue de propositions qu’il assène. Mais on ne comprend pas le modus operandi. Je préfère Macron ou Juppé. C’est juste un show, un spectacle. » Au hasard, on trouve tout de même un pro sarko, Jean-Philippe Caude du cabinet de conseil Caude Management. Pour lui, « toutes les mesures qu’il a énoncé sont utiles et bien ciblées. De plus, il a raison de vouloir ‘tout dire avant, pour tout faire après’ ».
Nicolas Sarkozy est en campagne. Et il aime à se présenter comme le candidat qui fustige les élites. Alors, forcément au Medef, avec des grands patrons, des cadres surdiplômés, il n’était pas en face de son public favori.