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Hugo Thérond
Toutes présidées par la droite, elles voient le consensus, soigneusement entretenu jusqu’à présent, montrer des signes de fébrilité. Le président de l’AMF, François Baroin, marche sur un fil.
Pour les présidents d’associations d’élus, la schizophrénie menace : il leur faut, d’un côté, « vendre » un programme transpartisan à l’ensemble des candidats, de l’autre, bâtir et défendre, avec celui qu’ils ont choisi, un programme singulier voire clivant.
Taxe régionale : valse-hésitation au “bal des hypocrites”
Le 27 juin, le président de l’Association des régions (ARF) Philippe Richer se félicite d’être parvenu à un accord avec l’État sur la mise en place d’une taxe spéciale d’équipement régional (TSER).
Seul Xavier Bertrand s’oppose à ce projet. On le lui reproche d’ailleurs, lors du comité exécutif de l’ARF. Le président des Hauts de France annonce alors qu’il quitte l’association, coupable de participer au « bal des hypocrites ». Il rédige dans la foulée une « lettre ouverte » aux candidats à la primaire, faisant du positionnement vis-à-vis de cette TSER un enjeu présidentiel.
Dès lors, tout bascule. Bruno Le Maire et Alain Juppé le confortent dans sa démarche. Deux poids lourds sarkozystes de l’ARF, Laurent Wauquiez et Christian Estrosi, les rejoignent. Le raz-de-marée finit par emporter Philippe Richer, frais et surprenant soutien de Sarkozy, qui fait volte-face au cœur de l’été.
À l’ARF, on rame pour justifier ce changement de braquet : « Dans le débat public, les régions sont apparues comme à l’initiative d’un nouvel impôt, ce qu’il est compliqué d’assumer politiquement. »
Du bout des lèvres, on réfute un quelconque lien avec la campagne à droite : « Il n’y a pas de lien direct. En tout cas, pas de lien apparent » …
La paix des droites à l’ADF
Du côté des départements, l’été a été plus calme. Rien n’a pour l’instant altéré la cohésion affichée de leur association, l’ADF. Lorsqu’on l’interroge sur le risque de voir l’unité s’effriter sous les coups de boutoir de la campagne à droite, son président Dominique Bussereau, soutien d’Alain Juppé, affiche sa sérénité :
« Je ne crains rien. Notre association est pluraliste par essence. On distingue bien les choses, et pour ma part, je ne mélange pas mes engagements. »
Il le faudra, puisque le bureau de l’ADF est œcuménique : parmi ses vice-présidents, Bruno Sido (LR) soutient François Fillon, tandis que Maurice Leroy (UDI) et Pierre Bédier (LR) roulent pour Sarkozy. Et le président du groupe de droite de l’association (69 départements) Benoît Huré (LR) a choisi Bruno Le Maire. À son initiative, les candidats à la primaire seront bientôt invités à réagir aux propositions de l’ADF.
Baroin l’équilibriste
Jusqu’à présent, le président de l’Association des maires de France (AMF) François Baroin avait réussi à manier le consensus au sein de l’association d’élus la plus « dépolitisée » de toutes. En bon héritier de Jacques Chirac, il a su, depuis son élection en novembre 2014, manier la chèvre et le chou, plaire à droite sans heurter la gauche. Et l’enthousiasme a été unanime lorsqu’il a conduit l’AMF à la victoire au congrès des maires, le 3 juin, sur la baisse des dotations, après une « mobilisation historique » de l’association.
Mais son soutien à Sarkozy, qui l’a désigné comme son favori pour le poste de Premier ministre, a changé la donne.
Obligé de se positionner dans la primaire, il a adopté, le temps d’une interview sur Europe 1 le 24 août, des éléments de langage très sarkozystes. Son soutien appuyé aux maires prenant des arrêtés anti-burkini en a agacé plus d’un. À droite y compris, beaucoup de membres de l’AMF ne souhaitaient pas de prise de position nationale.
« Si ses positions venaient à être incompatibles avec l’association, je sais qu’il se mettra en congé de la présidence. Mon rôle est que l’AMF ne soit pas mise en situation de faiblesse, ni instrumentalisée », avertissait dans la Gazette des communes le premier vice-président de l’AMF, André Laignel (PS).
À gauche, on aiguise ses couteaux. « Si jamais il embarque l’association avec lui, il franchira la ligne rouge. Baroin est sur un fil. On regarde et on attend qu’il tombe… », commente un socialiste.
« Il est dans une position difficile, reconnaît le secrétaire général de l’AMF Philippe Laurent (UDI). Mais je lui fais confiance, il a un sens politique très aiguisé, et sait très bien qu’il y a une limite à ne pas franchir. »
“L’institution AMF est plus forte que chacun de ses membres, plus forte que son président”, souligne-t-il.
Sarkozy et la libre administration des collectivités
François Baroin est dans une « position intenable », estime un autre membre de l’AMF. En cause : le programme de Sarkozy, particulièrement clivant sur plusieurs sujets sensibles
Un élément du projet de l’ancien chef de l’État, en particulier, constitue un casus belli pour les élus locaux : il veut revenir à la règle du non-remplacement d’un fonctionnaire sur deux partants à la retraite, « et surtout l’imposer à la fonction publique territoriale ».
Une proposition qui va à l’encontre du principe de libre administration des collectivités inscrit dans la Constitution. Un principe que l’AMF garde chevillé au corps.
Un maire requérant l’anonymat dit avoir sondé Baroin sur le sujet, et son tiraillement supposé :
« Il m’a répondu qu’il espérait bien faire revenir Sarkozy à la raison sur certaines de ses positions relatives aux collectivités. »
Le 8 septembre, l’état-major de l’AMF doit se réunir en comité restreint, et évoquer cette irruption de la campagne dans la présidence de Baroin.
Des programmes présidentiels difficiles à porter
L’AMF soumettra, en mars 2017, une charte aux candidats à la présidentielle, dans laquelle figureront une dizaine d’engagements. Dont, certainement, celui de ne pas imposer de réduction de leurs effectifs aux collectivités.
« Si Sarkozy gagne la primaire et refuse de signer cette charte, cela poserait un gros problème pour François Baroin », reconnaît Philippe Laurent.
Mais Sarkozy n’est pas le seul candidat à la primaire dont le programme est susceptible de froisser les associations d’élus.
Bruno Le Maire veut supprimer la fonction publique territoriale, François Fillon propose l’abandon de 600 000 postes de fonctionnaires. Plusieurs d’entre eux (Sarkozy, Fillon) évoquent la fusion des départements et des régions, un sujet qui fâche à l’ADF.
Idem pour la recentralisation des compétences sociales, sujet de controverse parmi les présidents de départements de droite, et à laquelle Alain Juppé semble plutôt favorable. Quand on l’interroge, Dominique Bussereau préfère botter en touche.
Tous les candidats s’accordent également sur la nécessité de réduire la dépense publique. Mais aucun ne se risque clairement à donner un avis sur la baisse des dotations aux collectivités qu’un tel coup de rabot impliquera certainement…
Des feuilles de routes distinctes
Tous les candidats s’accordent également sur la nécessité de réduire la dépense publique. Mais aucun ne se risque à donner un avis clair sur la baisse des dotations aux collectivités qu’un tel coup de rabot impliquera certainement…
Les associations d’élus, elles, défendront leurs propres programmes.
« L’AMF a sa feuille de route, elle ne dépend plus des positions que peut prendre son président », assure Philippe Laurent.
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Qui ont choisi les présidents des autres associations d’élus ? Caroline Cayeux (LR), présidente de Villes de France (ex-Fédération des villes moyennes) soutient François Fillon ; Charles-Éric Lemaignen (LR), président de l’Assemblée des communautés de France (AdCF), a choisi Alain Juppé. Le président de France urbaine Jean-Luc Moudenc (LR) ne parraine personne, mais il est proche de Juppé. À la tête de l’association des élus de montagne (Anem), Laurent Wauquiez (LR) soutient Sarkozy. Vanik Berberian (Modem), qui préside l’association des maires ruraux (AMRF), ne s’est pas prononcé. Il semble en tout cas qu’il ne porte pas Sarkozy dans son cœur… Seule l’Association des petites villes (APVF) est présidée par un maire de gauche, Olivier Dussopt, proche de Benoît Hamon et porte-parole de Martine Aubry en 2012.