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Qu’est-ce qu’être Français ?
Pour un peu, on se croirait dans un petit village breton, aux proches alentours des camps de Babaorum ou de Petibonum. Avec Agecanonix (Juppé) et Assurancetourix (Copé) en train de se pouiller le casque sur la fraîcheur du poisson et des menhirs. Ils sont fous, ces Romains ? Les Gaulois ne sont pas en reste non plus.
Ainsi, Alain Juppix dénonce la « nullité du débat ». Quel débat, au fait ? Celui de « nos ancêtres les Gaulois », lancé par ce Nicolas Sarkozix qui, il y a peu, se vantait d’être « un Français de sang mêlé ». Il n’en fallait pas plus pour que la chenille redémarre. Un Hervé Maritonix qui en appelle à ses ancêtres : « Mon père est drômois et ma mère de vieille famille juive pied-noir, ce n’est pas tout à fait gaulois. »
De son côté, Jean-François Copix, à peine remis de ses histoires de Bygmalion et de pain au chocolat, estime que Nicolas Sarkozix persiste à abaisser le débat. Il est un fait que tout cela ne vole pas très haut, c’est là qu’est le hix…
Boulevard Voltairix n’est certes pas l’arène où débattre de ce qu’est ou fut l’identité française. Mais il n’est pas non plus interdit de rappeler les quelques menus faits qui suivent.
De tout temps, les peuples ont eu besoin de mythes fondateurs auxquels croire, ce qui participait de l’identité nationale de chacun. La louve pour les Romains, le Mayflower pour les Américains et l’Exodus pour les Israéliens, le fromage pour les Hollandais.En France, comme toujours, c’est plus compliqué, nation créée par une assez jolie manipulation cléricale ayant consisté à mettre la jolie Clotilde dans le plumard de ce lourdaud de Clovis et le sacrer au passage, tout en faisant mine de ne pas voir que ce roi d’occasion fit zigouiller toute sa famille pour fêter ces noces avec une France naissante, histoire d’éviter une éventuelle et pénible guerre de succession. Puis Francs, peuplade mise sur piédestal, fabliau monarchique, avant déification d’une autre tribu, celle des Gaulois, fiction éminemment républicaine, avec Vercingétorix et coq gaulois en prime sur bouclier de Brennus.
Sarkozix ne sait probablement rien de tout cela, persistant à jouer sur ces deux registres que sont le sur-Le Penix et le sous-Buissonix. Et, tel qu’il se doit, tout ce que fait cette insubmersible arsouille est immanquablement marqué du sceau de la vulgarité la plus crasse, sachant qu’épouser une Falbala de passage ne saurait suffire à transformer un hareng en gentleman.
Après, qu’est-ce qu’être Français ? Comme l’assurait Simone de Beauvoir à propos de nos amies les femmes, il n’est pas incongru de penser qu’il ne suffit par de naître Français pour l’être, mais qu’il puisse être possible de le devenir. Un roman national à l’Ernest Renan, construction de chaque jour, pacte éternellement renouvelé, amour d’une culture, passion pour les paysages, vins nouveaux et autres vieilles pierres, dévotion à la plus belle langue du monde, même si elle aussi construction royale autant qu’arbitraire.
De longue date, le débat demeure ouvert et un immigré mahométan de mes amis, Gaulois de fraîche date, me disait récemment : « Je ne sais pas vraiment ce que c’est d’être Français, mais si on touche à la France, je prends mon fusil et mon drapeau pour aller me faire trouer la peau pour elle. »
C’est un peu court, mais pas totalement dénué de sens. Cela pourrait faire une assez jolie note de bas de page, dans cette histoire de France que nous n’avons pas fini d’écrire. Pas un renvoi, façon vulgate sarkozyste, mais noble notule précédée d’un astérisque.