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Philippe Biler
Passionné par l’Histoire, j’ai toujours été médiocre en géographie au point de bénir la modernité – c’est rare chez moi – qui nous permet par exemple de ne plus errer à pied.
Mais tout de même j’ai quelques notions sur la France.
Enrico Macias, lui, en manque.
Il a déclaré, sur la télé suisse romande RTS – excellente, à plusieurs reprises j’en ai bénéficié – que « si Marine Le Pen est élue en 2017, le lendemain je prends l’avion et je m’en vais… peut-être en Suisse, peut-être en Corse, peut-être en Israël » (Le Canard enchaîné).
Il doit prendre la Corse pour l’Algérie d’aujourd’hui !
Plaisanterie mise à part, un tel propos est affligeant.
D’abord à cause de la méconnaissance crasse qu’il révèle.
Ensuite parce qu’il nous fait tomber une fois de plus dans ce que certains artistes, plus ou moins people, adorent : fantasmer sur un avenir politique en cherchant à nous faire croire que leur absence nous manquerait. Alors que l’exil doré ou non d’Enrico Macias ne gênerait personne, pour rester poli.
Enfin c’est cette personnalité qui est invitée, promue, encensée, écoutée avec componction et gravité parce qu’elle a à la fois le coeur sur la main et industriel à force d’émotion, des larmes dans les yeux et la morale en bandoulière. Elle pétitionne, proteste, dénonce, manifeste et condamne. Pourfendre le FN est devenu le gagne-pain médiatique de ceux qui n’ont plus rien à se mettre sous l’esprit.
Et il ignore que la Corse est française !
J’ai parfois l’impression que les médias sont fascinés par les célébrités les plus surfaites, celles qui profèrent des provocations, des outrances, des bêtises comme elles respirent. Jacques Séguéla a été un parfait exemple de cette dérive.
Comme Enrico pense bien, on oubliera forcément ses limites en géographie.
Le Canard enchaîné appréhende souvent la politique par le petit bout de la lorgnette et sa dérision probablement accentue le triste sentiment que tout cela est une comédie, voire une farce. C’est dangereux. Parce qu’il faut saluer la masse de ceux qui se dévouent et sont utiles malgré les défaillances éthiques et professionnelles de quelques-uns à droite comme à gauche.
Mais, en même temps, cet hebdomadaire nous fait entrer dans la quotidienneté politique, médiatique et culturelle. Il lève des chapes de plomb, de silence, anodines ou sérieuses, et il permet au citoyen, qu’il tienne un blog ou non, d’approuver ou de contredire ce que sans lui il n’aurait jamais su. Ce n’est pas rien.
Enrico Macias, j’entends bien, n’est pas l’alpha et encore moins l’oméga de mes préoccupations mais, Flaubert de l’infiniment pauvre, je ne résiste pas à la volupté de discuter une part de ce monde où l’aberrant, l’insipide sont mis au niveau, trop souvent, de l’important.
Et on peut dépasser Enrico Macias. Grâce toujours au Canard, j’apprends que quelques sénateurs irresponsables prétendent mettre à bas la loi de 1881 sur la presse. Alors que, même vermoulue, elle demeure un bouclier de la liberté.
Il y a des anecdotes qui regardent la démocratie et sa défense.
Je bénis donc Enrico Macias et son absurdité. Si la Corse n’était pas française, elle, c’est sûr, nous manquerait.