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 Interview au Figaro

Pourquoi avoir écrit aujourd’hui un livre sur le totalitarisme islamique ?

J’ai entrepris d’écrire ce livre après l’attentat de Nice. Parce que j’en ai assez qu’après chaque attentat, on rouvre des débats sans fin, qui ne mènent nulle part parce qu’ils traitent des conséquences et pas des causes du mal. Il y a une montée de l’intégrisme musulman dans la société française. Mais c’est au commanditaire qu’il faut s’attaquer, celui qui entraîne, qui fixe des objectifs, qui dissémine son idéologie mortelle.

Mais désigner l’ennemi n’est pas toujours simple…

Ayons le courage de nommer le mal qui nous attaque. Voilà des années que je le dis : l’ennemi, c’est le totalitarisme islamique. Le mot totalitaire n’est ni vain, ni excessif. Il est juste. L’Etat islamique veut imposer un modèle de société, anéantir l’individu et le calvaire des chrétiens d’Orient démontre chez lui une volonté génocidaire.

Y aurait-il, selon vous, un problème avec les religions?

Il n’y a pas de problème religieux en France. Il y a un problème lié à l’islam. Pour régler aujourd’hui un problème qui ne concerne que la montée de l’intégrisme musulman, on est tenté de s’attaquer à la liberté religieuse. Depuis l ‘ attentat de Nice, certains demandent l’interdiction de tous les signes religieux dans l’espace public. Là, je dis stop ! Je refuse une France où l’on ne pourrait plus porter une croix dans la rue, un t-shirt à l’effigie du pape, une kippa, un turban ou un voile!

On vous a vu récemment avec un turban sur la tête. Vous regrettez cette photo ?

Nullement. Le respect pour les religions doit conduire à se conformer aux règles quand vous vous rendez dans un lieu de culte.

Comment l’Etat doit-il dialoguer avec l’islam ?

Il doit exercer une pression pour que les règles de vie en société déjà acceptées par d’autres religions le soient par toutes les religions. Il faut une instance de concertation entre l’Etat et l’islam en France. Nicolas Sarkozy avait eu cette intuition, à juste titre, en créant en 2003 le Conseil français du culte musulman (CFCM). Il faut avoir le courage de reconnaître que le CFCM ne remplit pas la mission qui lui était dévolue.

Vous pensez que l’on ne fait cette guerre qu’à moitié ?

On n’en fait pas assez dans le combat militaire. Surtout, on le fait mal et pas de manière efficace, parce que l’on refuse les alliances nécessaires. Nous nous sommes rangés totalement dans le camp des sunnites, en refusant l’alliance avec la Russie et l’Iran contre les djihadistes. Ce sont des pays avec lesquels nous devons coopérer contre l’ennemi N°1, le totalitarisme islamique.

Mais on le voit à Alep, la Russie est engagée dans une guerre totale, loin d’être toujours dirigée contre les djihadistes ?

On a laissé le champ libre à la Russie. Si on avait essayé de l’inclure dans une vraie coalition militaire, nous n’en serions pas là. Avec la Russie, nous nous fabriquons un adversaire en la poussant à la faute, au lieu de l’aider à progresser vers nos buts et nos valeurs. On préfère le bras de fer plutôt que le partenariat, on fait dans la morale plutôt que dans la géopolitique.

Quelle attitude adopter vis-à-vis de Bachar el-Assad ?

Les atrocités commises par le régime syrien sont insupportables mais en se cantonnant à les dénoncer, on se prive d’une solution. Il faut être réaliste : la seule force au sol disponible pour le moment est l’armée syrienne. Cela fait quatre ans que les occidentaux pensent que Bachar va tomber, et il tient. Faire de son départ le préalable et la clé de toute solution était une erreur. Si l’on ne s’était pas enferré dans ce postulat, on aurait pu agir plus tôt. La première priorité, urgente et vitale, est de détruire l’Etat islamique.

La politique étrangère doit s’appuyer sur un outil de défense performant ? Jugez-vous l’effort en ce domaine suffisant ?

Clairement, non. Nous avions une Loi de programmation militaire (LPM) votée sous mon gouvernement, que François Hollande a réduit en arrivant au pouvoir. On doit tendre vers les 2% du PIB, à l’horizon 2025. Et j’ai proposé d’affecter 12 milliards d’euros supplémentaires sur cinq ans à la Défense, l’Intérieur et la Justice. Et puis, on ne peut continuer à assurer seuls ou presque un effort militaire qui profite à la sécurité de tout le continent européen, au Sahel notamment. On doit taper sur la table et discuter sérieusement avec les Allemands. La Défense peut être un des trois axes d’une relance européenne, avec le contrôle des frontières et la consolidation de la zone euro.

Et côté missions ?

Il faut mettre un terme à l’opération Sentinelle, qui détourne des moyens importants pour des résultats presque inexistants et des inconvénients croissants. Utiliser des combattants pour une telle mission sur la durée les use et les démobilise.

L’organisation des services de renseignement est-elle à la hauteur des défis en France?

Nous comptons six agences différentes. C’est le désordre !

Mais il y a un coordinateur à l’Elysée…

Parlons-en ! Son titulaire a annoncé qu’il se préparait à se présenter sous l’étiquette PS aux législatives de 2017. Comment François Hollande, « chef de guerre », peut-il tolérer qu’on ne se consacre pas jour et nuit à une mission aussi fondamentale ?

Et que proposez-vous ?

Pas besoin de tout bouleverser. Aujourd’hui, si nous avions une agence du renseignement intérieur, sous l’autorité du ministre de l’Intérieur, et une agence de renseignement extérieur, placée sous la houlette du ministre de la Défense, le système gagnerait en clarté.

La justice antiterroriste est-elle assez armée ?

Nous disposons d’un arsenal juridique que nous n’utilisons pas. On peut, aujourd’hui, par décret en Conseil d’Etat, retirer sa nationalité à tout Français qui prend les armes contre son pays. Ce qui vaut évidemment pour ceux qui vont combattre aux côtés de l’Etat islamique. Nul besoin de modifier la Constitution pour les exclure.

Vos autres propositions ?

Appliquons le livre IV du code pénal qui permet de condamner jusqu’à 30 ans de prison toute personne coupable d’intelligence avec l’ennemi. Rien ne justifie que l’on y renonce comme l’a fait Mme Taubira. Troisième proposition : l’expulsion immédiate et sans possibilité de revenir, des étrangers qui constituent une menace pour la sécurité du territoire. Quatrième proposition: puisqu’Internet est devenu le principal vecteur de recrutement de Daech, il faut imposer aux grands opérateurs de la Toile (Google, Apple, Facebook, Amazon notamment), une obligation de déclaration de soupçons. Comme le font les banques pour lutter contre le blanchiment.

Mais qui va traiter tous ces signalements ?

Pour les cas les plus sérieux, il faudra non plus une Cour d’assises spéciales en France mais trois. La machine est menacée d’engorgement. Aujourd’hui, on peut seulement juger à ce niveau quelques dizaines de cas, alors qu’il faudrait pouvoir en traiter des centaines.

Et la rétention préventive de tous les fichés S ?

Je ne pourrai jamais l’accepter. Je rappelle que le général De Gaulle a promulgué la constitution de 1958 en pleine guerre d’Algérie et qu’il a pris le soin d’y insérer l’article 66 qui stipule que « nul ne peut être arbitrairement détenu ». Je préfère que des fichés S aillent en prison par la voie judiciaire. Il faut en finir avec les postures.

Vous écrivez dans votre dédicace : « ce plan de bataille pour vaincre le totalitarisme islamique dans le respect de l’Etat de droit ». Nicolas Sarkozy estime qu’il est évolutif.

Pour moi l’Etat de droit est fondamental. On peut gagner la guerre contre le totalitarisme islamique en respectant l’Etat de droit. C’est une question que l’on ne devrait même pas se poser. Qu’un attentat, deux, trois suffisent à ébranler les fondements de notre système juridique, démocratique, c’est une victoire que l’on donne à ces totalitaires. C’est ce qu’ils cherchent.

« Nos ancêtres les Gaulois » : le débat est-il « nul », comme l’a qualifié Alain Juppé ? Vous-même dans votre livre abordez aussi cette question.

Le respect du passé est une condition fondamentale pour aborder le futur. Je reviens dans mon livre sur la nécessité de prendre en compte l’histoire dans son intégralité. Et de donner aux enfants, notamment à l’école primaire et au collège, les clés pour comprendre le pays dans lesquels ils vivent et pour l’aimer ! Je suis non pas pour un « roman », comme dit Nicolas Sarkozy, mais pour un récit national, ce qui n’est pas exactement la même chose, qui prenne en compte la totalité de notre histoire. Et celle-ci ne commence pas en 1789 ni en 1981 quand la gauche nous expliquait qu’on était passé « de l’ombre à la Lumière ».

Et ce débat ?

Je ne l’ai pas alimenté car je l’ai trouvé caricatural.

Vous continuez dans les sondages à rester troisième ou quatrième, cela vous inquiète-t-il ?

Cela ne correspond à rien de ce que je vois sur le terrain. Dans les sondages de popularité, je suis deuxième. Dans le nombre de parrainages, second aussi. Et dans la mobilisation, la foule se presse à mes réunions publiques. Bref, je ressens l’estime et l’intérêt des Français. Les sondages actuels sont aléatoires et décalés avec la réalité. Il y a une majorité silencieuse, des citoyens qui ne sont pas engagés, pas militants, qui ne sont pas interrogés dans les sondages d’aujourd’hui. Cette France silencieuse ira voter. Et elle bousculera les scénarios écrits d’avance.

Vous utilisez désormais régulièrement cette expression de « majorité silencieuse ». Nicolas Sarkozy veut en être « le porte-parole ». C’est la France qu’il faut toucher dans cette campagne ?

C’est la France que je rencontre tous les jours et qui me fait part de sa colère. Elle est en phase avec la radicalité de mes propositions. Mais pour le moment, elle balance entre le découragement et l’engagement. Pour moi, les choses vont se cristalliser à partir des débats, à partir du moment où les Français sauront qu’ils peuvent tous voter et où. Les 3000 personnes venues m’écouter à Sablé, un dimanche fin août, n’était pas que des militants ! Et les 2000 du Cirque d’Hiver venaient de tous les horizons.

Vous ne regrettez pas vos propos offensifs à Sablé décriés par certains de vos soutiens ?

On ne me changera pas ! Je considère que la question de l’exemplarité et de la probité sont fondamentales pour le redressement national. On a aujourd’hui un Président de fait divers qui parle à tort et à travers, qui décide de tout, qui exerce le pouvoir à la place du gouvernement, qui fit la joie des paparazzi, qui vit ruiner son crédit avec l’affaire Cahuzac… Je veux redresser la fonction présidentielle et revenir à une lecture plus gaullienne de nos institutions.

Que pensez-vous du livre de Patrick Buisson ?

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Vous êtes mis en cause dans l’affaire Bygmalion par Jean-François Copé. Que lui répondez-vous ?

Je laisse Jean-François Copé à ses justifications. Je ne sais pas qui est au cœur de l’affaire Bygmalion et comment plusieurs millions d’euros ont pu disparaitre. Je n’accuse personne mais constate, comme tout à chacun, qu’on est en présence d’un scandale politique dont il appartient à la Justice de dénouer rapidement les fils. Notre démocratie a besoin de transparence et d’éthique.