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Interview à la Nouvelle République
Aux multiples rencontres avec les Français depuis trois ans, l’ancien premier ministre de Nicolas Sarkozy a ajouté une forme de communication originale pour sa campagne à la primaire de la droite et du centre. Dans un abécédaire en 50 mots, François Fillon décline ses propositions et ses ambitions – élevées – pour la France. Des idées qu’il défend depuis de nombreuses années, y compris lorsqu’il était le chef du gouvernement mais qu’il n’avait pas pu appliquer, par loyauté à son président. (NDLR cet entretien n’a pas été réalisé en direct mais suite à un échange de mails avec son équipe de campagne)
N’avez-vous pas l’impression de vous être fait piller une grande partie du programme économique que vous défendez depuis des années par vos concurrents à la primaire ? On retrouve beaucoup de mesures communes dans le programme de Bruno Le Maire par exemple.
Je mène une campagne de fond parce que les Français ont droit à la vérité et qu’ils attendent des solutions concrètes. Depuis trois ans, je travaille à un projet de redressement national. Je vois bien que mes idées sont, comme vous dites, « pillées », mais ce qui importe c’est qu’elles soient utiles au pays. Mon programme est néanmoins le plus précis et le plus volontariste. Partout où je vais, les salles sont pleines et je sens de la gravité chez les Français. Dans cette primaire, je crois que ma cohérence politique et morale sera récompensée.
A quoi ressembleraient vos premiers mois de président de la République ?
Ma feuille de route est claire. Le gouvernement que j’ai en tête sera prêt avant les présidentielles. Il sera très resserré et comptera des personnalités de la société civile. La présidence de la République ne devra pas être celle des faits divers. Je veux revenir à une conception gaullienne du rôle du chef de l’Etat. Les premiers textes législatifs seront ciblés sur l’emploi et la croissance avec une baisse massive des charges sur les entreprises, la sortie définitive des 35 heures qui devront être négociées sur le terrain, la baisse de la fiscalité sur le capital, la reforme de l’assurance-chômage, l’accent mis sur l’alternance et l’apprentissage pour nos jeunes. Priorité à la croissance et l’emploi !
Vous souhaitez réaliser sur le quinquennat 100 milliards de réduction de la dépense publique. Cela passerait par une réduction de 10 % de dépenses des ministères, un retour aux 39 heures, la suppression d’échelons territoriaux, la retraite à 65 ans, la suppression des régimes spéciaux, une hausse de la TVA, la suppression de 500.000 postes de fonctionnaires… pensez-vous que les Français sont prêts à ces sacrifices ?
Je dis la vérité aux Français et l’effort collectif que je leur propose n’a rien d’insurmontable. Il y a quelques années encore, nous n’étions pas aux 35H, on prenait sa retraite au-delà des 62 ans, le nombre de fonctionnaires était moins important qu’aujourd’hui et la France était bien administrée… Bref, les efforts que je propose sont raisonnables et responsables car nous n’avons pas d’autre choix avec 2200 milliards de dettes et 6 millions de chômeurs. Les sacrifices dont vous parlez, c’est maintenant pour tous nos jeunes sans emploi; c’est maintenant pour ces entrepreneurs, artisans, agriculteurs qui croulent sous les normes. Les sacrifices, c’est tous les jours pour les classes moyennes qui se serrent la ceinture. Mon projet est vigoureux mais salutaire ! C’est la seule façon d’aller chercher la croissance et le plein emploi. Tous ceux qui disent qu’on peut s’en sortir avec des petites réformes sont des menteurs.
En quoi le statut de “ prestataire indépendant “ peut-il contribuer à faire baisser le chômage ? Ne va-t-il pas, au contraire, fragiliser les travailleurs et le statut de salarié ?
Tout ce qui est bon l’emploi est bon pour les Français ! Il ne faut pas opposer l’économie traditionnelle à la nouvelle économie qui est boostée par les nouvelles technologies et par le désir de très nombreux jeunes d’être plus indépendants dans leur travail. Ce qu’il faut, c’est que tous nos secteurs d’activité soient portés par un vent de liberté. C’est valable pour l’autoentrepreneur comme pour l’artisan, pour le salarié comme pour le prestataire indépendant. Les Français ont besoin d’oxygène pour travailler et innover.
Libérer le travail et les entrepreneurs, cela se traduit comment ? Est-il seulement question de normes ? Considérez-vous qu’il faille aller plus loin que la loi Travail, notamment sur la primauté des accords d’entreprise ?
Pour vraiment libérer le travail, il faut massivement baisser les charges des entreprises, pas seulement sur les bas salaires, et sortir d’un système hiérarchique où tout est décidé et discuté au sommet de l’Etat. Je veux renvoyer les négociations au niveau des entreprises et des salariés, et pour que la négociation soit réelle, je propose de recentrer le code du travail sur ses normes sociales fondamentales, soient 150 pages sur 3400, de faciliter le référendum d’entreprise… Plus de liberté et de souplesse, c’est plus d’emplois ! C’est ma conviction qui est d’ailleurs celle des pays européens qui ont ramené leur taux de chômage au minimum.
Vos prévisions de croissance ne sont-elles pas trop optimistes vu le contexte international : Brexit, ralentissement en Chine, croissance molle dans le monde, prix bas du pétrole, instabilité en Libye, Syrie, crise migratoire, menaces terroristes…
Je suis le seul parmi mes concurrents à la primaire à avoir programmé en toute transparence le cadrage financier et budgétaire de mon projet. Mes prévisions de croissance sont raisonnables : 1,3% en 2017, 1,5% en 2018, 1,6% en 2019… Le moins qu’on puisse dire c’est que je ne cède pas à la fable du coup de baguette magique. Je sais parfaitement que l’état de nos finances publiques sera dégradé et que la conjoncture internationale restera tendue. La conclusion est donc limpide : nous devrons redoubler d’efforts et d’inventivité pour conquérir notre progrès économique et social.
Nous écrivez que vous ne reviendrez pas sur le mariage pour tous si vous êtes élus. Quels engagements avez-vous pris auprès de ceux qui sont contre cette loi et qui vous soutiennent ?
Sur le mariage pour tous, je n’ai jamais changé d’avis. J’ai combattu cette loi, et depuis le début je dis que son vrai problème c’est celui de la filiation, plus encore que celui du mariage en lui-même. Je propose de figer le principe qu’un enfant est toujours le fruit d’un père et d’une mère. De ce principe, découlent des conséquences : réserver l’adoption plénière aux couples hétérosexuels, limiter l’accès de la PMA aux couples stériles et interdire la GPA qui est une instrumentalisation inadmissible du corps des femmes. Voilà ce que j’affirme depuis le début, voilà ce que je ferai, et voilà pourquoi j’ai reçu le soutien de l’association Sens commun qui reconnait ma cohérence sur ce sujet.
Vous aussi, vous parlez d’assimilation plutôt que d’intégration. En quoi est-ce une nécessité ? Ne peut-il pas y avoir de la diversité dans la société française ?
C’est précisément parce que nous sommes divers que, depuis des siècles, la France s’est construite autour des principes de l’unité et de l’égalité, parfois même par la force ! Nous ne sommes pas une nation mosaïque, pas une République à géométrie variable. Les étrangers qui veulent rejoindre notre communauté nationale doivent faire l’effort de s’adapter à nos règles, à nos mœurs. Le mot assimilation – c’est-à-dire le goût et le devoir de devenir un Français comme tous les autres – doit être préféré à celui d’intégration qui n’est qu’une formule déguisée pour éluder le défi qui est devant nous, qui est d’unir la nation française. Je propose une politique d’immigration stricte et par quotas, en fonction de nos capacités économiques, de logement, de travail, en fonction aussi du degré d’adhésion des étrangers à nos valeurs.
Pensez-vous que l’Europe peut repartir de l’avant et trouver, notamment, une entente sur une harmonisation fiscale ou sur la question des migrants ?
Après le Brexit et la crise des migrants, la survie de l’Europe est posée. Ce sera le grand défi du prochain président de la République. Il faut fixer à l’Union européenne des priorités stratégiques en matière de sécurité des frontières, de défense, de protection de notre agriculture, de recherche et d’innovation, et renvoyer tout le reste à la responsabilité des nations… La zone euro doit être plus efficace et plus démocratique. Il n’est plus possible de subir la domination du dollar et de céder devant la pression commerciale de la Chine. Le tandem franco-allemand doit être réinventé car c’est la locomotive de l’Europe. Mais pour faire tout cela, il faut une France forte qui entraine ses partenaires ! Aujourd’hui, il n’y a plus ni vision, ni leadership.
N’avez-vous pas peur que toute votre campagne pour les médias tourne autour de vos attaques contre Nicolas Sarkozy ?
Il y a une compétition entre nous, mais je reste toujours courtois. Toute ma campagne est centrée sur mon projet et sur la France que je veux. Ce que je crois, c’est que les programmes de mes concurrents ne vont va pas assez loin sur le plan économique. Et puis, nul ne peut m’interdire de penser et de dire que l’exemplarité politique est nécessaire à l’autorité de l’Etat. Je ne cible personne mais édicte un principe qui a guidé toute ma vie publique.
Parmi votre programme en 50 mots, le sport est en bonne place. En quoi est-ce une priorité ?
Vous savez mon goût pour l’alpinisme et la course automobile… Dans le sport mieux qu’ailleurs, chacun, à son niveau, peut se dépasser. Les Français ne doivent pas douter de leurs forces.