
À l’orée de Karamlech, un commandant de l’armée de terre irakienne annonce, triomphant, la reprise de ce village chrétien à l’est de Mossoul. Derrière lui pourtant, des rafales de tirs crépitent et d’épaisses colonnes de fumée noire obscurcissent l’horizon.
Lundi à l’aube, les chars de la 9e division, qui remonte depuis le sud-est vers le bastion irakien du groupe État islamique (EI), ont lancé l’assaut sur Karamlech.Ils sont rapidement entrés dans le village, à une dizaine de kilomètres de Mossoul, et ont progressé à travers les maisons, sur lesquelles est écrit en noir « État du Califat » ou la profession de foi musulmane.
Il y a eu des combats, comme en témoignent le blindé renversé et calciné qui gît en bord de route ou les murs percés d’obus des maisons encore debout.« On les a surpris au matin, on a neutralisé les éléments du groupe EI dans le village. Militairement, ici, notre mission est terminée », assure à l’AFP, perché sur son char, le sous-officier Sadeq.
Après le déluge d’obus, s’ouvre maintenant une longue période de « nettoyage », celle qui est toujours en cours dans les localités des alentours considérées comme reprises, comme Bartalla. À Qaraqosh, grande ville chrétienne du nord de l’Irak, cette opération dure même depuis trois jours.Car l’avancée des troupes irakiennes à Karamlech est aussi due au retrait des djihadistes. Certains ont fui, mais d’autres se cachent peut-être encore dans le village, par exemple dans les tunnels qu’ils ont creusés ou dans les égouts dont les plaques ont été enlevées. Peut-être même dans des maisons, comme l’explique le soldat Ryad.
Perché sur un blindé, il tire avec sa mitrailleuse sur des façades pour déclencher une hypothétique riposte et ainsi débusquer les djihadistes.À terre, le déminage commence. Par petits groupes, les soldats fouillent chaque maison. Ils redoutent d’y trouver des djihadistes et dégainent souvent vite pour éviter toute surprise, multipliant les tirs en rafale désordonnés.
« On inspecte les maisons, les tunnels, les bords de route pour les bombes », explique un soldat, le visage masqué par une cagoule beige pour se protéger du vent qui soulève d’impressionnants nuages de poussière.Voitures piégées redoutées
Mais ce que les forces de sécurité redoutent plus encore, ce sont les voitures piégées qui les attendent à leur entrée de chaque ville et village depuis le début il y a une semaine de l’offensive sur Mossoul.À proximité de Karamlech, les commandants qui observent les opérations sursautent quand explose un de ces engins, laissé derrière eux par les djihadistes. Un gigantesque champignon de fumée grise s’échappe d’un bâtiment après un énorme éclat lumineux.
« C’était un camion bourré de TNT qu’ils avaient laissé dans un bâtiment », explique à l’AFP le capitaine Samer, après avoir parlé par radio à ses troupes à l’intérieur du village.« Ce sont nos hommes qui ont déclenché l’explosion, tout est sous le contrôle de l’armée », assure de son côté le général Ryad Tawfiq, un commandant de l’armée de terre irakienne.
Karamlech est particulièrement stratégique, explique-t-il. Si l’armée tient le village, alors elle tient la route qui mène à Mossoul. Et elle s’évite ainsi de longs détours à découvert à travers la plaine jusqu’à la métropole du nord irakien.À l’intérieur du village, des soldats, le front ceint du bandeau vert des combattants chiites, paradent sur le toit de l’église en brandissant le drapeau irakien, qui remplace ici pour la première fois depuis deux ans l’étendard noir du groupe EI. Ils bricolent même une croix avec deux morceaux de bois et la fixent sur le toit de l’église.
À leur hauteur, sur la colline qui borde l’édifice religieux, dont les escaliers sont jonchés de pneus brûlés et de débris métalliques, un souffle de vent soulève une épaisse bâche blanche.Elle cache l’entrée d’un tunnel creusé dans la terre. C’est de ces galeries souterraines que des djihadistes ont déjà attaqué par surprise les troupes irakiennes.