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Lumière blafarde sur fond bleu minimaliste, ton grave mais voix chevrotante, François Hollande a pris congé des Français en une allocution télévisée de dix petites minutes, ce jeudi soir. Une allocution qui marque un nouvel échec de la presse, tout aveuglée par la certitude de sa candidature, mais une allocution qui est, surtout, passée tout de suite dans l’Histoire, puisque c’est la première fois qu’un président de la Ve République renonce à briguer un second mandat.
Moins de quinze jours après Nicolas Sarkozy, moins d’une semaine après Alain Juppé, c’est le troisième « dinosaure » de la politique hexagonale qui sort de scène. Voilà un coup de balai inédit, sans doute, dans l’Hexagone, symbole d’un air du temps qui veut du changement à tout prix, qui rejette le modèle en place, quel qu’il soit. Seule Angela Merkel, qui brigue un quatrième mandat, fait figure d’exception et représente une certaine stabilité dans un monde occidental en pleine mutation.
François Hollande a donc pris dix minutes pour défendre son bilan, reconnaître un seul échec (la déchéance de nationalité) et s’offrir un dernier contre-pied en jetant l’éponge.
Un aveu d’échec
Passé la surprise, cette déclaration nous laisse avec d’étranges sentiments entre le terrible aveu d’échec après un quinquennat chaotique, une forme de lâcheté de ne pas défendre son bilan devant les électeurs et un côté à la fois noble et lucide de ne pas s’accrocher à son trône à tout prix. On le reproche assez souvent aux politiques pour ne pas, au moins, reconnaître la beauté du geste. Sans doute, face à son énorme impopularité, le renoncement constituait-il la seule porte de sortie honorable, évitant une déroute sans précédent au premier tour de la présidentielle, voire lors de la primaire de la gauche.
Au final, on a quand même et avant tout la sensation d’un gros gâchis pour François Hollande. Celui qui nous annonçait une présidence normale, anti-bling-bling, qui nous promettait une France apaisée et moins clivée, une France sur le chemin du redressement économique, cet homme-là s’est beaucoup trompé, il a beaucoup déçu. Il a évidemment réussi quelques réformes, notamment au plan sociétal, mais il laisse un pays à cran et une gauche en lambeaux.
Une gauche en chantier
Une gauche que Manuel Valls, sans doute, tentera de conquérir face aux Montebourg et autres Mélenchon d’un côté, et Macron de l’autre.
Bien malin celui qui dira quel paysage politique sortira de cette nouvelle offre.
Une seule chose est sûre : après un quinquennat chaotique, Hollande vient de s’offrir cinq mois de sérénité. Et sans doute, au passage, une remontée dans les prochains sondages… Pour le reste, le chantier de la gauche est tellement grand qu’il en donne le vertige.