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Par Sophie de Menthon
La morale n’est pas intemporelle, surtout lorsqu’il s’agit d’analyser à son aune les faits qui ont marqué notre histoire. Le regard d’aujourd’hui et notre environnement troublent le jugement que l’on peut avoir sur certaines périodes même si les valeurs fondamentales demeurent immuables ; en la matière la repentance est devenue une véritable névrose collective.

Un débat inutile, anachronique et perturbateur

Nous nous mortifions d’un passé dont nous ne sommes pas responsables ce qui, au passage, permet de s’exonérer du présent et de ses drames bien actuels, que nous nous contentons de traiter aussi en accusant nos compatriotes de tous les péchés du monde.

Le débat actuel qui nous agite sur le thème du colonialisme qui serait devenu un « crime contre l’humanité », en est l’illustration : inutile, anachronique et perturbateur. Passons sur le fait que cette qualification est juridiquement fausse, et mettons ces propos sous le coup d’un emportement émotionnel qu’il eut mieux valu reconnaître comme tel et tout de suite pour ne pas en faire une affaire d’Etat dont nous n’avons franchement pas besoin !

Mais quelle étrange tentation que de vouloir réécrire l’histoire en permanence, de se culpabiliser avec masochisme ; est-ce pour mieux faire valoir notre éthique et notre humanisme ? Nous aggravons le regard que nous portons sur les événements passés pour bien faire savoir que ceux qui s’indignent sont meilleurs puisque plus durs dans leur jugement sur l’histoire.

Soyons clairs, ce sont les hommes politiques qui ont lancé la mode et se plongent dans des repentances régulières pensant que cela les honore. Ils ne trouvent rien de mieux, en plus, que de profiter d’un voyage à l’étranger pour accuser notre pays. Nous n’en demandons pas tant, l’heureux pays élu non plus.

Une repentance qui ravive des plaies, des souvenirs cruels

Une repentance qui ravive des plaies, des souvenirs cruels et aiguise le ressentiment qui pouvait perdurer chez certains. La colonisation de l’Algérie a démarré en 1830 sous Charles X pour un peu on lui ferait un procès posthume. Insulter l’histoire dans ses heures sombres nous rendrait donc irréprochables, de même que citer de Gaulle à tout propos, déteindrait favorablement sur celui qui l’évoque … jusqu’à ce que sa propre histoire ou ses éventuelles turpitudes ne le rattrapent.

Tant et si bien que l’interprétation de l’histoire est devenue un outil électoral, signifiant de la couleur politique de tout un chacun. La gauche adore la repentance et la flagellation car c’est une façon détournée de critiquer et d’accuser les puissants, donc le capitalisme qui les nourrit.

Ainsi l’affirmation que le fait colonial serait un « crime contre l’humanité » (rien que ça) n’avait probablement d’autre visée que de donner un gage à la gauche plus que de donner un gage à l’Algérie. Car il existe bien une vision de gauche de l’histoire … Et une vision de droite, ce qui d’ailleurs entretient des querelles autour des livres d’histoire eux-mêmes. Ce serait risible si ce n’était le témoignage d’un passéisme doublé d’une idéologie qui nous plombe. Nos enfants ont besoin d’un regard d’avenir et d’une vision de l’histoire sereine et non d’interprétations qui finissent par désinformer gravement. On pense ainsi aux cours d’économie des écoliers qui se focalisent sur le droit de grèves, l’exploitation du salarié etc. Au lieu de leur donner envie d’entreprendre on les conditionne à la lutte sociale.

En réalité, ce débat enflammé sur le colonialisme soigneusement relayé par les médias n’intéresse pas grand monde, c’est simplement le signe que nous n’arrivons pas à dépasser une éternelle querelle hexagonale faite d’ignorance, d’esprit revanchard et de clivages génétiques accrochés à des bribes idéologiques dépassées. On eut aimé une vision sur les projets franco algériens, un coup d’éponge, un éclairage, des projets, un souffle positif… Et patatras, c’est le banquet d’Astérix.

Tout cela n’annonce encore rien de bon pour cette élection qui doit en principe nous apporter bonheur, croissance et harmonie sociale à l’aube d’une soi-disant modernité, jusques là c’est réussi ! Serions-nous définitivement colonisés par une pensée unique, tout sauf consensuelle et constructive ?

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