Étiquettes
Des centaines de personnes se sont rassemblées à Québec en hommage aux victimes
Photo: Jacques Boissinot La Presse Canadienne
Des centaines des personnes ont bravé le froid dans la Vieille Capitale lundi soir pour prendre part à une veillée en hommage aux victimes de l’attentat.
La population doit se questionner sur son malaise avec le terme « islamophobie », croit le premier ministre du Canada, Justin Trudeau, qui a profité de la commémoration de l’attentat à la grande mosquée de Québec, qui a rassemblé des centaines de personnes, pour lancer un appel à un examen de conscience sur le sujet.
« Pourquoi le mot islamophobie nous met mal à l’aise ? » s’est interrogé le premier ministre dans un bref discours. « On a tous peur parfois. Nous avons peur de l’inconnu, de l’étranger. Il faut passer au-delà de cela, mes amis, pour reconnaître nos propres faiblesses en tant que Québécois, en tant que Canadiens. Nos propres craintes, il ne faut pas faire semblant que ça n’existe pas. Il n’y a personne qui se plaint du mot homophobie […] Mais l’islamophobie, ça nous dérange. C’est une réflexion que nous allons devoir avoir en tant que société. Pourquoi ? Pourquoi ça dérange ? »

Dans le même discours, M. Trudeau a aussi écorché le groupe identitaire La Meute. « C’est facile de condamner le racisme, l’intolérance, la discrimination… On sait c’est qui les racistes… C’est l’autre, ce sont les nonos qui se promènent avec des pattes de chiens sur leurs t-shirts », a-t-il lancé, ce qui lui a valu une salve d’applaudissements.
M. Trudeau, le premier ministre Philippe Couillard, le maire de Québec, Régis Labeaume, et de nombreux dignitaires prenaient tous part lundi soir à une cérémonie commémorant la tuerie qui a fait six morts au Centre culturel islamique de Québec (CCIQ) l’an dernier.L’événement venait clore une longue fin de semaine de commémorations qui avait inclus une rencontre publique avec les familles des victimes à l’intérieur même du CCIQ.
L’anniversaire Le rassemblement, qui s’est tenu par grand froid, visait aussi à rappeler celui qui avait réuni l’an dernier à pareille date 5000 personnes venues manifester leur solidarité envers les musulmans qui vivent à Québec.

Cette fois-ci, ils étaient plusieurs centaines à s’être réunis. Certains avaient apporté une immense banderole noire sur laquelle on pouvait lire « Ensemble contre la haine et le racisme ». On y avait aussi collé les photos de chacun des hommes tués l’an dernier.
À quelques pieds de là, Muriel Beaulieu sirotait un café avec sa soeur Monique. « C’est tellement terrible ce qui est arrivé l’année passée. […] L’an passé, je n’étais pas assez bien pour venir, alors cette année, je me reprends. »Résidente du quartier, Mme Beaulieu a été pendant 15 ans la voisine de la famille de Khaled Belkacemi, qui est au nombre des défunts. « Je n’ai pas de mots pour dire comment ça m’a fait mal. »
Comme plusieurs, elle a été touchée par les messages positifs des familles des victimes, notamment les propos tenus dans les médias par Aymen Derbali, l’un des blessés, qui a survécu mais est resté lourdement handicapé. « Il a reçu six balles, dont une à la moelle épinière, et il a encore un discours serein ! Si on est le moindrement humain, il faut les supporter, leur dire qu’ils sont autant chez eux que nous. »M. Derbali a d’ailleurs reçu des applaudissements particulièrement nourris quand il s’est présenté sur scène. Remerciant les gens pour leur soutien, il a dit vouloir à l’avenir sensibiliser les jeunes au vivre-ensemble parce qu’ils sont, a-t-il dit, l’avenir de la société.
Liens avec PolytechniqueLes organisateurs avaient aussi invité Nathalie Provost, survivante de la tuerie de Polytechnique, en 1989. « Je suis frappée par les nombreuses similarités qui nous rapprochent », a-t-elle dit en soulignant l’esprit de solidarité et de dignité des représentants des familles et du Centre culturel islamique de Québec. « Je suis chavirée parce que vous avez raconté, partagé », a-t-elle dit en soulignant qu’elle avait mis beaucoup de temps à comprendre et à surmonter la tragédie.
Avant elle, plusieurs personnes s’étaient présentées au micro, dont deux veuves des victimes. « Je vous remercie du fond du coeur pour votre profonde solidarité », a déclaré Louiza Mohamed Said, épouse de feu Karim Hassane. « Depuis le jour du drame, vous ne pouvez imaginer à quel point toute cette sollicitude nous a aidés à surmonter notre immense peine. »« Nous voulons lancer un message de paix et d’amour afin de vaincre la haine, le rejet et l’incompréhension », a lancé quant à elle la veuve de M. Belkacemi, Safia Hamoudi, au nom des autres femmes qui ont perdu leur mari l’an dernier. « Ces six hommes dont la vie a été prise étaient tous des hommes pacifiques venus chercher la paix dans ce beau pays, dans cette belle province. Collectivement, ne les oublions pas et faisons tout ce qui est possible pour que de telles tragédies ne se reproduisent jamais. »
Son fils, Amir, s’est quant à lui exprimé au nom des 17 orphelins de la tragédie. « C’est important pour chacun d’entre nous de faire des efforts pour se rapprocher, se connaître, se reconnaître, se dire bonjour dans la rue afin que plus jamais, plus jamais un 29 janvier n’arrive. […] Faites en sorte, s’il vous plaît, qu’on n’ait plus jamais besoin de le dire. »
La cérémonie a aussi été marquée par la prestation d’une chorale formée d’un groupe de réfugiés. Réunis dans le cadre d’un projet interculturel piloté par l’Université Laval, ils ont interprété une chanson intitulée La langue de nos âmes.« Chantons ensemble la langue de nos âmes/Chantons ensemble, célébrons nos différences/Pour apaiser la douleur/À la chaleur du coeur. »
Les organisateurs de l’événement avaient aussi intégré au montage vidéo l’extrait « Ma maison, c’est votre maison » de la chanson Mon pays, de Gilles Vigneault.