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Sergueï Skripal, ancien agent-double russe, a été empoisonné avec sa fille à Salisbury (sud-ouest de l’Angleterre) dimanche 4 mars. La Première ministre britannique, Theresa May, a déclaré devant le Parlement lundi qu’il « est très probable que la Russie soit responsable d’une attaque directe dans notre pays ».
Elle a par la suite sommé Moscou de s’expliquer avant mardi soir, sans quoi des représailles pourraient être décidées. Réactions du monde politique et académique russe.

Vladimir Poutine, président de la Fédération de Russie:
« Tirez les choses au clair de votre côté »
« Tirez les choses au clair de votre côté et après nous en parlerons avec vous ». Il répondait à une question de la BBC sur l’éventuelle responsabilité de la Russie dans la tentative d’empoisonnement de Sergueï Skripal.

Sergueï Lavrov, ministre russe des Affaires étrangères:
« L’époque du colonialisme est révolue »
« Nous avons exigé par une note officielle d’accéder à cette substance [celle ayant empoisonné Sergueï et Youlia Skripal, ndlr] afin que nos experts puissent l’analyser conformément à la Convention sur l’interdiction des armes chimiques. Dans la même note, nous avons demandé l’accès à tous les éléments de l’enquête, étant donné que l’une des victimes est la citoyenne russe Youlia Skripal. […] Ces demandes ont été rejetées. Ainsi, avant de poser des ultimatums – celui de faire un rapport devant le parlement britannique dans les 24 heures -, il est préférable de respecter ses obligations en matière de droit international, en l’occurrence, celles relatives à la Convention sur l’interdiction des armes chimiques. Et pour ce qui est des bonnes manières, il faut se rappeler que l’époque du colonialisme est depuis longtemps révolue. […] La Russie n’est pas coupable. La Russie est prête à coopérer conformément à la Convention sur l’interdiction des armes chimiques, si le Royaume-Uni daigne s’acquitter de ses obligations internationales »

Extrait du communiqué du ministère russe des Affaires étrangères
« Provoquer le boycott de la Coupe du monde de football »
« Les médias occidentaux ont déployé une campagne médiatique à grande échelle pour discréditer la Russie […] Comme on s’y attendait, le Royaume-Uni, ne pouvant pardonner à la Russie d’avoir obtenu le droit d’accueillir la Coupe du monde en 2018 dans une compétition loyale, agit activement [dans cette campagne de dénigrement, ndlr]. Les médias britanniques appellent au boycott de la prochaine Coupe du monde, ainsi que certains responsables politiques comme le ministre des Affaires étrangères, Boris Johnson, et le président de la commission des affaires étrangères du Parlement, Tom Tugendhat. La raison évoquée est l’empoisonnement de Sergueï Skripal, alors que l’enquête n’est pas encore terminée. […] De telles injonctions provocatrices, en gonflant l’hystérie antirusse, ne font que compliquer les relations entre nos pays »

Maria Zakharova, porte-parole du ministère russe des Affaires étrangères
« Un politique fondée sur la provocation »
« C’est du cirque en plein Parlement britannique. La conclusion est évidente : il s’agit d’une nouvelle campagne politique fondée sur la provocation. Avant d’inventer de nouveaux contes, laissons la monarchie [britannique, ndlr] raconter comment se sont terminées les précédentes affaires : Litvienko, Berezovsky, Perepilitchni et beaucoup d’autres, qui sont mystérieusement morts sur le sol britannique. Le grand bourbier de Grimpen [lieu inventé par Sir Conan Doyle dans Le Chien des Baskervilles, ndlr] continue de garder ses secrets. »

Anatoli Adamichine, ancien ambassadeur de Russie à Londres
« Londres pourrait devenir le principal adversaire de Moscou »
« La déclaration de Theresa May au Parlement britannique, présentée sous la forme d’un ultimatum à l’encontre de Moscou, montre que Londres est prête à prendre des mesures extrêmes, indépendamment du soutien de ses alliés occidentaux. Si l’affaire Skripal tourne mal, Londres pourrait devenir le principal adversaire de Moscou en Occident, rôle que jouent pour l’instant les États-Unis. Tout semble indiquer que les Britanniques seront les derniers en Occident à accepter de faire la paix avec la Russie »

Vladimir Djabarov, premier vice-président du Comité des Affaires étrangères du Conseil de la Fédération (chambre haute du Parlement)
« Il est insultant de répondre à de tels ultimatums »
« Qui a besoin de ça ? Je ne sais pas, mais certainement pas la Russie. S’il représentait une menace pour la Russie, il n’aurait probablement pas été échangé [en 2010 contre des agents du Kremlin arrêtés par Washington, ndlr]. […] Je crois fermement que la Russie n’a rien à voir avec cela, j’en suis sûr à 100%. Je pense au contraire que c’est une provocation. Par qui ? Il est nécessaire de réfléchir. Il y a beaucoup de gens susceptibles d’être intéressés par la prochaine campagne russophobe. […] Les Anglo-Saxons sont effrayés par la possibilité d’une normalisation des relations entre l’Allemagne et la Russie. A mon avis, ça pourrait être une des raisons. Je pense qu’il est insultant pour un pays comme la Russie d’être traité de criminel et d’avoir à répondre à de tels ultimatums. La Russie mérite le respect. »

Andreï Koulikov, directeur général du think tank Europe Insight
« La restriction des visas et le boycott de la Coupe du monde sont à craindre »
« Plusieurs options sont en cours de discussion [au Royaume-Uni, ndlr]. La première est l’expulsion des diplomates, ce qui est considéré comme un geste pratiquement obligatoire dans de tels cas. La deuxième est les sanctions économiques. Une loi permettant la confiscation des biens des personnes qui violent les droits de l’Homme ou qui se sont livrées à de telles violations pourrait être adoptée. Une autre option proposée est l’introduction de restrictions de visa ou la révocation des visas déjà existants. Et enfin, le boycott de la Coupe du monde […] L’ambiance au Royaume-Uni est telle que les événements devraient se développer selon un scénario négatif. »

Andreï Lougovoï, député et ancien agent du FSB, accusé du meurtre de l’ancien agent secret Alexandre Litvinenko
« Une provocation planifiée »
« Comment est-il possible d’utiliser des termes comme probablement et peut-être lorsqu’on accuse un État d’un crime aussi terrible ? Et si ce n’est pas la Russie mais probablement quelqu’un d’autre ? L’histoire autour de Skripal […] est une provocation planifiée. C’est l’un des aspects du plan développé il y a quelques années pour diaboliser une fois de plus la Russie, les autorités, les services de renseignement, le président. Et cela arrive dans le cadre de la campagne électorale. Nous nous attendons à des sanctions de la part de la Grande-Bretagne. Il est possible que l’Europe la soutienne dans cette démarche. Un non-sens complet. Autant que je sache, il n’y a pas de preuves précises. Comment ont-ils pu établir si vite qu’il s’agissait de Novitchok [gaz innervant développé dans l’ancienne URSS, ndlr] ? C’est la première fois que j’en entends parler. Il est nécessaire qu’une expertise soit réalisée. Cette affaire ressemble à un coup préparé à l’avance et rappelle ce qu’il s’était passé lorsque Litvinenko est mort. »

Ambassade russe aux États-Unis (en réaction au soutien apporté par l’ancien secrétaire d’État américain, Rex Tillerson, au parlement britannique)
« Une nouvelle fake news »
« Les accusations sans preuve contre la Russie, responsable de tous les péchés, continuent de se multiplier. Aujourd’hui est apparue une nouvelle fake news sur la prétendue responsabilité russe dans les événements tragiques qui ont lieu au Royaume-Uni. Quand apprendront-ils à vérifier les faits avant de condamner ? »

Sergueï Stepachine, homme politique russe, premier directeur du FSB en 1995
« Quel idiot en Russie prendrait une telle décision ? »
« L’élection présidentielle russe se rapproche et le pays est accusé de tous les torts. Et dites-moi, quel idiot en Russie prendrait une telle décision ? Où est la logique ? Pour moi, cela ressemble à une provocation rudimentaire de la part des services de renseignements britanniques. […] Au-delà de l’élection, il y a une autre raison : le championnat du monde de football en Russie. Les Anglais nous détestent simplement parce que le championnat aura lieu dans notre pays. […] J’ai signé un accord [en 1998, Sergueï Stepachine était alors ministre de l’intérieur, ndlr] avec le ministère britannique de l’intérieur qui est toujours en vigueur aujourd’hui et qui stipule la possibilité de mener des enquêtes conjointes. Alors, donnez-nous les éléments de l’enquête et nous pourrons travailler ensemble sur ce crime. »

Guevorg Mirzayan, Professeur associé du Département de sciences politiques de l’Université des finances près le gouvernement russe et correspondant pour le magazine Expert
« Il faut s’attendre à un acte Skripal »
« Personne ne répond à la question pourquoi Poutine devrait-il tuer un agent qui était inutile pour l’Occident, et cela, à la veille de l’élection présidentielle en Russie ? Élection que l’Occident tente de délégitimer par tous les moyens. Toute l’argumentation de May est basée sur le seul fait que le traître a été tué par un gaz neurotoxique d’origine russe. […] L’attitude de Vladimir Poutine face aux ultimatums est connue de tous, il est donc peu probable que Mme May s’attende à recevoir des excuses. Ainsi, après minuit ou dans la journée du 14 mars, le Royaume-Uni présentera sûrement quelque chose comme l’acte Skripal : une série de sanctions antirusses. […] La Première ministre considère l’incident avec Skripal comme une agression contre le Royaume-Uni, […], État membre de l’OTAN. En réponse à cela, l’Alliance doit agir en vertu de l’article sur la légitime défense et lancer des opérations militaires pour repousser l’agression russe. »
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