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Dans une tribune, ils dénoncent un « nouveau totalitarisme » qui « menace la liberté en général ».

Cent intellectuels de tous bords en appellent aujourd’hui à une prise de conscience, dans une tribune intitulée « Non au séparatisme islamiste». De l’historien Pierre Nora à l’ex-ministre Bernard Kouchner, en passant par l’écrivain Yann Queffélec, ces signataires se font l’écho d’une inquiétude commune face à la montée d’un islamisme qui «cherche à gagner du terrain » et à « passer pour une victime de l’intolérance ». « Nous voulons vivre dans un monde complet où aucune religion ne fait la loi », affirment-ils.

L’UNIVERSALISME et l’humanisme perdraient-ils du terrain face aux particularismes ? C’est la conviction de cent intellectuels qui, dans une tribune intitulée «Non au séparatisme islamiste», en appellent à une prise de conscience (lire cidessous). De l’historien Pierre Nora à l’ancien ministre Bernard Kouchner, en passant par l’écrivain Yann Queffélec, ces signataires de tous bords se font l’écho d’une inquiétude commune face à la montée d’un islamisme qui « cherche à gagner du terrain» et à « passer pour une victime de l’intolérance ».

«La République subit des coups de canif », estime Stéphane Breton, l’un des initiateurs du texte. « Dès lors que l’on fait des cas particuliers, on en revient à une société de privilèges», ajoute l’ethnologue, maître de conférences à l’EHESS.

En ligne de mire : cette tendance à la catégorisation, en fonction de son ethnie, sa religion, son sexe… À l’image de cette formation à l’antiracisme, organisée cet été à Reims, interdite aux Blancs. Ou encore de ces ateliers destinés aux enseignants, imaginés par Sud Éducation 93, et réservés aux « racisés ». «Les mots les plus épouvantables du vocabulaire politique sont utilisés au nom soi-disant de l’antiracisme alors qu’en fait ils véhiculent évidemment un racisme», s’était indigné le ministre de l’Éducation, Jean-Michel Blanquer, avant de porter plainte. Une plainte classée sans suite.

« Ce retour à une forme de ségrégation est d’une violence extrême, estime Céline Pina, ex-élue PS qui s’est fait connaître en dénonçant le salon de « la femme musulmane » de Pontoise. Nous observons un glissement de la lutte sociale vers une lutte raciale qui fige, de fait, les choses », explique-t-elle, citant le mouvement des Indigènes de la République ou l’association féministe musulmane Lallab. Cette dernière dénonce notamment les limites du « féminisme blanc », qui «considère ses opinions et ses choix individuels comme universels ».

Face à ces replis identitaires, les signataires de la tribune en appellent à la laïcité, ce socle républicain commun. Une laïcité qui, au quotidien, est souvent mise à l’épreuve : polémiques récurrentes sur les crèches de Noël dans les mairies, les menus sans porc dans les cantines, questions régulières sur le port du foulard lors des sorties scolaires, des dispenses de piscine… Parfois remise en cause dans les écoles ou les hôpitaux, souvent interrogée dans les entreprises privées, la laïcité est rarement bien comprise. Doit-elle être ouverte ou stricte ?

La loi de 1905, qui en fixe le cadre en posant la liberté de conscience, le libre exercice des cultes et le principe de séparation des Églises et de l’État, ne lui accole pas d’adjectif. Elle donne aujourd’hui lieu à de nombreux conflits d’interprétation. À l’école primaire, le cours dédié à l’islam ressemble à une leçon de religion, où l’on apprend par coeur les «cinq piliers» au lieu de privilégier l’approche historique et le fait religieux. Dans le milieu associatif, « culturel » et « cultuel » se confondent parfois sous l’oeil bienveillant des élus, comme le dénonçait Malek Boutih dans son rapport «Génération radicale», rendu en juillet 2015. L’ancien président de SOS Racisme appelait alors à un «retour de l’État régalien » dans les « ghettos urbains ».■

“La République subit des coups de canif ” STÉPHANE BRETON, L’UN DES INITIATEURS DE LA TRIBUNE

Non au séparatisme islamiste

Nous sommes des citoyens d’opinions différentes et très souvent opposées qui se sont trouvés d’accord pour exprimer, en dehors de toute actualité, leur inquiétude face à la montée de l’islamisme. Ce ne sont pas nos affinités qui nous réunissent, mais le sentiment qu’un danger menace la liberté en général et pas seulement la liberté de penser. Ce qui nous réunit aujourd’hui est plus fondamental que ce qui ne manquera pas de nous séparer demain.

Le nouveau totalitarisme islamiste cherche à gagner du terrain par tous les moyens et à passer pour une victime de l’intolérance. On a pu observer cette stratégie lorsque le syndicat d’enseignants SUD Éducation 93 proposait il y a quelques semaines un stage de formation comportant des ateliers de réflexion sur le « racisme d’État » interdits aux « Blanc.he.s ». Certains animateurs étaient membres ou sympathisants du Collectif contre l’islamophobie en France et du Parti des indigènes de la République. Les exemples de ce genre se sont multipliés dernièrement. Nous avons ainsi appris que la meilleure façon de combattre le racisme serait de séparer les « races ». Si cette idée nous heurte, c’est que nous sommes républicains.

Nous entendons aussi dire que, puisque les religions sont bafouées en France par une laïcité « instrumentalisée », il faut donner à celle qui est minoritaire, c’est-à-dire à l’islam, une place spéciale pour qu’elle cesse d’être humiliée. La même idée se poursuit : il paraît qu’en se couvrant d’un voile les femmes se protégeraient des hommes et que se mettre à part leur permettrait de s’affranchir.

Le point commun de ces proclamations est de penser que la seule façon de défendre les « dominés » (ce n’est pas notre vocabulaire mais celui de SUD Éducation 93), serait de les mettre à l’écart des autres et de leur accorder des privilèges.

Il n’y a pas longtemps, l’apartheid régnait en Afrique du Sud. Reposant sur la ségrégation des Noirs, il voulait se disculper en créant des bantoustans où une autonomie factice leur était concédée. Un tel système a heureusement disparu.

Et voici qu’aujourd’hui, c’est un apartheid d’un nouveau genre qui est proposé à la France, une ségrégation à l’envers grâce à laquelle les « dominés » préserveraient leur dignité en se mettant à l’abri des « dominants ».

Mais alors, cela veut dire qu’une femme qui ôte le voile et sort dans la rue deviendrait une proie normale ? Cela veut dire qu’une « race » qui côtoie les autres serait humiliée ? Cela veut dire qu’une religion qui accepte de n’être qu’une parmi d’autres perdrait la face ?

Et les Français musulmans, ou de culture musulmane sans être croyants, qui aiment la démocratie et veulent vivre avec tout le monde, l’islamisme a-t-il prévu de les mettre à part, eux aussi ? Et les femmes qui refusent d’être enfermées, qui décidera pour elles ? Et les autres, ceux qui ne méritent apparemment pas d’être protégés : sous clé dans le camp des « dominants » ?

Tout cela va à l’encontre de ce qui a été fait en France pour garantir la paix civile. Depuis longtemps, l’unité du pays a été fondée sur l’indifférence à l’égard des particularismes pouvant être cause de conflit. Ce qu’on appelle l’universalisme républicain ne consiste pas à nier les sexes, les races ou les religions, mais à définir l’espace civique indépendamment d’eux pour que personne n’en soit exclu. Et comment ne pas voir que la laïcité protège aussi les religions minoritaires ? La mettre en péril nous expose au retour des guerres de religion.

À quoi peut donc servir ce ségrégationnisme nouvelle manière ? Doit-il seulement permettre aux soi-disant « dominés » de sauvegarder leur pureté en vivant entre eux ? N’a-t-il pas surtout pour but d’affirmer la sécession avec la communauté nationale, ses lois et ses moeurs ? N’est-il pas l’expression de la haine la plus caractérisée à l’égard de notre pays et de la démocratie ?

Que chacun vive dans la loi de sa communauté ou de sa caste et dans le mépris de celle des autres, que chacun ne soit jugé que par les siens, cela est contraire à l’esprit de la République. Celle-ci a été fondée sur le refus de droits privés s’appliquant à des catégories spécifiques et exclusives, sur l’abolition des privilèges. Les mêmes lois pour chacun de nous, voilà ce que nous garantit au contraire la République. C’est ce qu’on appelle tout simplement la Justice.

Le nouveau séparatisme avance masqué. Il veut paraître bénin, mais il est en réalité l’arme de la conquête politique et culturelle de l’islamisme. L’islamisme veut être à part car il rejette les autres, y compris les musulmans qui ne partagent pas ses vues. L’islamisme déteste la souveraineté démocratique car elle lui refuse toute légitimité. L’islamisme se sent humilié lorsqu’il ne domine pas.

Il n’est pas question d’accepter cela. Nous voulons vivre dans un monde complet où les deux sexes se regardent sans se sentir insultés par la présence de l’autre. Nous voulons vivre dans un monde complet où les femmes ne sont pas jugées inférieures par nature. Nous voulons vivre dans un monde complet où les gens peuvent se côtoyer sans se craindre. Nous voulons vivre dans un monde complet où aucune religion ne fait la loi.

« Le ségrégationnisme que prône l’islamisme n’a-t-il pas pour but d’affirmer la sécession » avec la communauté nationale ?

Source: le figaro.fr