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Marie Owens Thomsen, Indosuez Wealth Management

Le débat concernant les conséquences probables du protectionnisme américain continue. Le président Trump souhaite diminuer le déficit commercial des Etats-Unis avec le reste du monde, soit. La question à se poser est de savoir si les taxes sur les importations peuvent améliorer ou non ce déficit.

Le protectionnisme tend à diminuer les volumes du commerce. Il se peut également que les flux commerciaux se déplacent, avec ou sans diminution de volumes. Pour prévoir comment les flux s’articulent, il faut connaître qui exporte ou importe, quel bien/service, de qui et pourquoi.

L’évolution des flux commerciaux dépend également de ce que les économistes appellent l’élasticité de la demande; ou dit plus simplement, la sensibilité de la demande aux variations des prix. Dans le secteur de la pharmaceutique, par exemple, l’élasticité de la demande est normalement faible car il y a peu de produits substituts et certains médicaments seront achetés pratiquement à n’importe quel prix.

Si, au contraire, un produit importé est facilement substituable avec un produit très comparable d’un autre fournisseur, l’élasticité de la demande est élevée. Les Etats-Unis continuent, par exemple, à importer du pétrole malgré le fait que le pays est maintenant le plus grand producteur dans le monde – parce que le pays ne produit pas toutes les sortes de pétrole dont l’économie a besoin et la demande de certains produits pétroliers peut alors être relativement peu sensible aux prix.

Au cours de la dernière décennie, on constate une certaine baisse des élasticités de la demande au niveau mondial, une tendance qui peut s’expliquer en partie par des chaînes d’approvisionnement de plus en plus intégrées. Un fournisseur, maillon de la chaîne, peut être difficile à remplacer vu son rôle important dans tout un système de production.

La discussion est semblable à celle concernant les fluctuations des devises, bien illustrée par le cas suisse, quand, en 2015, le franc suisse s’est sensiblement et soudainement apprécié. L’opinion publique anticipait alors une forte baisse des exportations et une récession. Le secteur pharmaceutique, pour rester avec cet exemple, a toutefois pu continuer à exporter grâce à l’inélasticité de la demande pour les produits du secteur à l’étranger. En outre, certaines sociétés ont pu élargir leurs marges grâce à la baisse du prix des importations en francs suisses. La Suisse a pu éviter la récession.

Pour revenir au Président Trump, il est alors fort probable qu’il sera lui-même déçu de sa politique commerciale. Le déficit de la balance commerciale des Etats-Unis pourrait bien se creuser suite à l’imposition de taxes sur les importations d’acier et d’aluminium, si les producteurs américains n’assurent pas la substitution. Dans ce cas, les Américains vont continuer à acheter les mêmes volumes, mais à un prix plus élevé, et le déficit augmentera, toutes choses égales par ailleurs. Dans un deuxième temps, les exportations américaines pourraient également diminuer, si les industries qui utilisent l’acier et l’aluminium maintenant plus cher ne bénéficient pas d’une demande inélastique à l’étranger concernant ces exportations. En somme, le Président Trump marque un but contre son camp.

 

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