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Ahrar el-Sham, Arabie Saoudite, Armée de l’islam, conflit syrien, Faylaq al-Rahmane, la Ghouta orientale, Qatar, Turquie
Dans des négociations avec les insurgés de l’« Armée de l’islam », les Russes refusent qu’ils conservent leurs armes lourdes.
GEORGES MALBRUNOT
SYRIE Alors que l’armée syrienne a repris 90% de la Ghouta orientale, où la plupart des insurgés ont accepté de quitter leur fief près de Damas, après quarante jours de bombardements intensifs, les pourparlers s’intensifient entre militaires russes et représentants du dernier carré de rebelles de la ville de Duma pour mettre fin aux frappes qui ont tué plus de 1 600 civils.
Il s’agit des insurgés du groupe l’« Armée de l’islam », des salafistes soutenus par l’Arabie saoudite, qui contrôlent Duma, la ville la plus peuplée de la Ghouta. Mais «les Russes du Centre pour la réconciliation des belligérants sont intransigeants », confie un diplomate occidental, au fait des pourparlers.
Ces derniers jours, des porte-parole de l’Armée de l’islam assuraient que ses combattants pourraient rester à Duma, après avoir abandonné leurs armes, et que l’armée syrienne ne pénétrerait pas dans la ville, où la police militaire russe se déploierait. « C’était largement exagéré, rectifie le diplomate. Les Russes exigent de l’Armée de l’islam à Duma ce qu’ils ont exigé des autres groupes qui tenaient la Ghouta avant leur évacuation à partir de jeudi.» À savoir le départ des rebelles, la remise de leurs armes lourdes, et le retour de l’État syrien, de son armée et de sa police.
Une concession aurait, toutefois, été accordée aux rebelles de Duma : ils pourraient partir avec leurs familles dans la région voisine du Qalamoun, et non pas à Idleb, la dernière province tenue par les anti-Assad, dans le nord-ouest du pays, à la frontière avec la Turquie. Leur évacuation, dans les prochains jours, se ferait dans des bus blancs, et non plus verts, comme pour Idleb. «Le vert est synonyme d’humiliation pour l’Armée de l’islam », explique le diplomate. Depuis jeudi, plus de 17000 personnes – des rebelles et leurs familles, accompagnés d’autres civils ont trouvé refuge à Idleb. Ces insurgés appartiennent aux groupes islamistes Faylaq al-Rahmane, soutenu par le Qatar, et Ahrar el-Sham, proche de la Turquie. «Les combattants de l’Armée de l’islam savent que s’ils vont à Idleb, ils vont se faire massacrer par les autres rebelles et les djihadistes qui leur reprochent d’avoir négocié avec les Russes dans le processus d’Astana », souligne notre source.
La province d’Idleb a accueilli les insurgés, qui avaient dû fuir Alep-est, fin 2016, au terme de pourparlers déjà supervisés par la Russie. Mais contrairement à Alep-est, les Iraniens et leurs alliés du Hezbollah libanais sont absents des négociations sur l’évacuation de la Ghouta. « Mais une fois réfugiés dans le Qalamoun où les rebelles conservent quelques villages, le Hezbollah les aura à l’oeil, car il n’est pas loin », prévient un journaliste, proche de Damas.
L’intransigeance russe serait alimentée par les exigences de Bachar el-Assad, qui menace de lancer un assaut sur Duma. Aux termes des précédents accords passés entre Damas et les rebelles, qui tenaient d’autres quartiers de la périphérie de Damas, les insurgés cessaient leur combat, mais pouvaient rester sur place et garder leurs armes légères, tandis que les forces loyalistes s’abstenaient de revenir dans les secteurs pacifiés.
Dans la Ghouta, « le régime veut appliquer un autre type d’accord, car il estime que le rapport de forces a changé en sa faveur », explique le journaliste. D’autre part, un nombre important de ses partisans – issus de la minorité alaouite, à laquelle appartient el-Assad est dispersé dans plusieurs geôles de Duma. Leur libération ou leurs corps pèse sur les négociations entre Russes et rebelles. Et puis, il y a aussi la question des jeunes de Duma, que le régime veut enrôler dans l’armée. Damas en a d’autant plus besoin qu’il vient de libérer la classe dite 102, sous les drapeaux depuis 2010. Une concession attendue de longue date par les partisans d’Assad. Le signe aussi que le leader syrien se sent plus à l’aise.
“Ces combattant savent que s’ils vont à Idleb, ils vont se faire massacrer par les autres rebelles qui leur reprochent d’avoir négocié avec les Russes ”
source: lefigaro.fr