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Les cartes sont en train d’être redistribuées au Moyen-Orient et les États-Unis doivent compter sur deux alliés : l’Arabie Saoudite et Israël pour garder la main sur la région et endiguer Daech.
L’Amérique de Donald Trump s’est fixé un triple objectif au MoyenOrient : annihiler au sens physique du terme Daech en Syrie et en Irak, repousser et pas seulement contenir l’Iran dans la région, mettre fin à l’aide des pays du Golfe aux fondamentalismes.
Pour remplir ses objectifs, l’Amérique estime aujourd’hui avoir deux jokers : l’Arabie Saoudite de Mohamed Ben Salman et l’État d’Israël. Une alliance, au moins tactique sinon stratégique, entre Ryad et Jérusalem sous les auspices de Washington s’impose donc. L’objectif n’est plus de préserver un fragile statu quo qui ne mène nulle part, mais de renverser l’ordre existant pour lui substituer un ordre nouveau.
L’image du château de cartes que l’on renverse délibérément – on verra bien où les cartes retomberont – décrit le plus parfaitement cette vision ambitieuse mais dangereuse. Et c’est au moment précis où la tension s’accroît à la frontière entre Gaza et Israël que Ryad tend la main à Jérusalem. Que les choses soient claires, les Palestiniens ne peuvent compter sur une quelconque solidarité arabe. Avec le risque, bien sûr, qu’une solidarité strictement musulmane portée par l’Iran des Mollahs, ne se substitue pleinement à la première.
Mohamed Ben Salman, pas plus que Donald Trump, n’a que faire des réflexes traditionnels de prudence. Téhéran a marqué trop de points du Liban à la Syrie en passant par l’Irak. Le moment est venu de modifier les équilibres en cours. Le temps presse. Dans vingt ans, l’Arabie Saoudite n’aura plus l’arme du pétrole, Israël sera confrontée aux conséquences de la poussée démographique des Palestiniens et qui sait ce qu’il adviendra du poids relatif de l’Amérique dans le monde face à la montée irrésistible de la Chine.
« Bill Clinton arabe »
Ryad, Jérusalem, Washington constituent à leur manière un improbable « triangle révisionniste » dont les membres – au-delà de leurs différences considérables – considèrent tous que le temps leur est compté. À moins bien sûr que les cartes ne soient profondément redistribuées.
Dans cette équation nouvelle, le facteur le plus révolutionnaire est la personnalité de Mohamed Ben Salman. Au-delà de sa jeunesse, à peine plus de 30 ans, de son énergie considérable, il y a son charisme indéniable. Un Américain qui l’a rencontré à plusieurs reprises le comparait spontanément à un « Bill Clinton arabe ». « Il vous fait sentir au moment où son regard croise le vôtre que vous êtes la personne la plus importante au monde. »
Mohamed Ben Salman serait-il le remède à la sclérose dont souffre le monde arabe depuis des décennies ? Et si « le vrai Printemps arabe c’était lui ? » C’est ce que va jusqu’à écrire l’éditorialiste du New York Times, Tom Friedman, visiblement tombé sous le charme.
On aimerait croire que tout peut être si simple, que tel Alexandre, Mohamed Ben Salman et ses alliés à Washington et Jérusalem s’apprêtent à trancher le noeud gordien moyen-oriental.
Et pourtant on peut avoir du mal à se laisser aller à l’enthousiasme. Les alliances de circonstances face à un ennemi commun – en l’espèce l’Iran des Mollahs – débouchent rarement sur des résultats durables. Quelles sont les valeurs communes partagées par Ryad, Jérusalem et Washington ? Briser les codes est une chose, leur substituer une logique alternative et cohérente en est une autre. Les émotions entre les peuples ne se modifient pas aussi facilement que les alliances entre les régimes.
(*) Conseiller spécial de l’Institut Montaigne.