Étiquettes

,

Par Jeanne Emmanuelle Hutin

En autorisant les ventes d’armes à l’Arabie saoudite, la France se rend-elle complice de violations du droit international humanitaire et de crimes commis dans la guerre au Yémen ? Cette question grave est posée par Amnesty International, l’Association des chrétiens pour l’abolition de la torture et d’autres ONG. Elles demandent une commission d’enquête parlementaire.

Depuis trois ans, la guerre se déchaîne au Yémen, mais la tragédie humanitaire est oubliée. Pourtant, les trois quarts des Yéménites, 22 millions de personnes, ont besoin d’aide. Huit millions sont au bord de la famine. Et l’on ne compte ni les morts, ni les blessés, ni les épidémies, ni les personnes déplacées.

Les civils sont les premières victimes des exactions et des bombardements. En décembre, le coordinateur humanitaire des Nations unies, Jamie Mc Golderick, dénonçait « le mépris total de la vie humaine » manifesté par « toutes les parties » qui combattent au Yémen. Parmi elles, l’Arabie saoudite, à la tête de la coalition militaire.

Déjà en 2015, Ban Ki-moon, alors Secrétaire général des Nations unies, s’alarmait des attaques de la coalition frappant des lieux de vie. Depuis, la situation s’est aggravée. De nombreuses actions militaires ont été menées sans discernement. Au mépris du droit international humanitaire, des marchés, des hôpitaux, des villages ont été bombardés. Or, « toutes les parties au conflit, y compris la coalition dirigée par l’Arabie saoudite, ont l’obligation d’épargner les populations et les infrastructures civiles », déclarait M. Mc Golderick.

Respect du droit humanitaire au Yémen

Cette guerre nous paraît lointaine. Pourtant, la France y est impliquée indirectement : de 2007 à 2016, l’Arabie saoudite était le deuxième client de l’industrie française d’armement. Dès 2015, Ban Ki-moon alertait : « Il faut que les États, parties prenantes du Traité sur le commerce des armes montrent l’exemple […] en contrôlant l’approvisionnement en armes d’acteurs qui pourraient les utiliser en infraction au droit international humanitaire. »

Face à la dégradation de la situation, le Parlement européen, en novembre, a appelé à un embargo européen sur les ventes d’armes à l’Arabie saoudite. Il a rappelé la position européenne commune : les États membres « refusent l’autorisation d’exportation s’il existe un risque manifeste que la technologie ou les équipements militaires […] servent à commettre des violations graves du droit humanitaire international ».

Des pays européens ont suspendu leurs livraisons d’armes à l’Arabie saoudite, comme l’Allemagne. Mais qu’en est-il de la France ? Il est indispensable de faire la clarté sur ces ventes d’armes et de suivre l’exemple de l’Allemagne en cessant d’en fournir à l’Arabie saoudite et aux pays impliqués dans la guerre au Yémen. La France vient de monter sur le sinistre podium du troisième vendeur d’armes mondial. Il serait indigne et criminel de faire passer nos intérêts commerciaux avant le respect du droit humanitaire.

La visite du prince héritier d’Arabie saoudite, Mohammed ben Salmane, devrait permettre à la France de promouvoir les droits de l’homme et de tout faire pour mettre fin aux souffrances des Yéménites en plaidant pour que cessent les bombardements sur les civils et pour que l’aide humanitaire leur parvienne. Ce n’est pas en jetant des armes dans la poudrière du Moyen-Orient que la France en sortira grandie. Ne perdons jamais de vue que les armes, déversant leur feu meurtrier, causent des souffrances immenses et multiplient les risques d’un embrasement général.

https://www.ouest-france.fr/reflexion/editorial