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Scarlett HADDAD

Après les frappes occidentales tripartites sur la Syrie, toutes les parties concernées se déclarent satisfaites. Les Américains, les Britanniques et les Français peuvent affirmer à leurs opinions publiques respectives qu’ils ont fermement riposté à la présumée attaque chimique à Douma en harmonie avec leurs positions condamnant l’usage d’armes chimiques dans les conflits. De leur côté, les Russes sont satisfaits parce que les frappes occidentales sont restées limitées et ont minutieusement évité d’égratigner les troupes russes présentes sur place, tout en prenant soin de ne pas remettre en cause le rapport des forces sur le terrain syrien. De même, les Iraniens sont satisfaits parce que le régime syrien n’a pas été affaibli par les frappes et parce que celles-ci n’ont pas touché, ni de près ni de loin, les forces iraniennes et leurs alliés présents en Syrie. Enfin, le régime syrien n’a pas été mis en cause et il peut sans problème préparer d’autres batailles, notamment dans la banlieue sud-est de Damas autour du camp palestinien de Yarmouk, dernière poche rebelle autour de la capitale. Certains disent même qu’il est sorti plus fort de cet épisode, au moins auprès des Syriens.

Les seules parties déçues par le fait que les frappes n’aient en réalité pas eu d’effet direct sur la situation en Syrie, ce sont les Israéliens dont les médias ont reflété la déception, ainsi que les pays du Golfe qui misaient sur les frappes pour affaiblir le régime syrien. D’ailleurs, selon des sources diplomatiques arabes, le sommet arabe qui s’est tenu dimanche à Dhahran, en Arabie, a été sciemment reporté au 15 avril, alors qu’il aurait dû se tenir à la fin du mois de mars pour attendre les frappes occidentales en Syrie.

Les sources diplomatiques arabes précitées affirment ainsi que les attaques occidentales en Syrie auront pour premier résultat de pousser les Russes à renforcer leur aide militaire au régime syrien, en se sentant désormais plus libres d’agir puisque les Occidentaux eux-mêmes ont fait fi de l’ONU. Même raisonnement pour l’Iran. De plus, les frappes n’ont pas favorisé un changement politique de nature à renforcer les groupes de l’opposition dans une éventuelle reprise du processus entamé à Genève. Il y aurait donc peu de chances que les frappes poussent le régime syrien et ses alliés à revoir à la baisse leurs conditions…

Selon ces mêmes sources, s’il faut dresser un premier bilan des frappes, on peut dire qu’elles ont servi les intérêts du président américain en détournant l’attention de l’opinion publique américaine des multiples scandales qui l’entourent (notamment les démissions successives de ses proches collaborateurs), tout comme elles lui ont permis de montrer qu’il n’est pas, comme le présentent ses détracteurs, un ami du président russe, puisque les relations entre les États-Unis et la Russie n’ont jamais été aussi mauvaises depuis la fin de la guerre froide. De plus, comme il compte faire payer aux pays du Golfe le coût des frappes, il n’aura pas à puiser dans le Trésor public. Enfin, pour Donald Trump, il était aussi important de montrer qu’il n’est pas comme son prédécesseur Barack Obama, dans la mesure où il n’hésite pas à mener des frappes quand il estime qu’il faut le faire. On se souvient en effet de l’épisode des menaces de l’administration Obama en 2013, suite aussi à une prétendue utilisation d’armes chimiques, qui s’était terminée par un retour aux négociations après notamment le refus britannique de participer à une telle opération. Idem pour la Première ministre britannique Thérésa May, qui a elle aussi des problèmes internes, ainsi que pour le président français qui lance des réformes sociales impopulaires. Il faut aussi préciser que ces trois pays ont reçu récemment l’homme fort du royaume saoudien, qui a conclu avec eux des contrats d’armement aux montants élevés.

Les frappes ont donc été utiles aux pays occidentaux, sans être gênantes pour le camp adverse. Telle est la conclusion qui apparaît pour l’instant.

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