Le 7 mai, cela fera un an qu’Emmanuel Macron était élu Président. Bénéficiant d’une croissance favorable, le chef de l’État a lancé des réformes à un rythme effréné. Un titanesque pari, surtout que le pays est loin d’être tiré d’affaire, plombé notamment par la dépense publique. Et la grogne sociale s’étend dans de multiples secteurs.
Henry Lauret
De la loi Travail à la bataille du rail, une coagulation de réformes signée Macron. Fiscalité, assurance chômage, formation professionnelle, apprentissage, Fonction publique, logement, épargne retraite… Tout y passe. Et cette fièvre réformiste gagnera les hôpitaux, les Ehpad, les banlieues. En 2019, nous aurons les retraites, le clou du programme. Très périlleux.
Un bilan d’ensemble prématuré
Après un an, la philosophie et les grandes lignes de l’action sont on ne peut plus claires. Mais un bilan d’ensemble reste prématuré. Les grands chambardements ne produisent d’effets qu’à 18-24 mois. Les Allemands ont même attendu cinq ans pour tirer profit des réformes Hartz/Schröder. Emmanuel Macron veut aller aussi vite que possible. Passer en force tant que le climat politique l’y autorise. Quitte à maltraiter les corps intermédiaires : hormis Jospin sur les 35 heures, aucun gouvernement n’a fait aussi peu cas des syndicats réformistes, de la CFDT surtout. Sous les cris d’orfraie de Martinez, Macron et Philippe jouent des divisions syndicales. Symbole des blocages, la réforme de la SNCF est LE test du quinquennat.
La croissance est là
En attendant, le Président est chanceux : la croissance est là, proche de 2 %. C’est le miel de toute réforme. Y est-il pour quelque chose ? La France redécolle d’abord grâce à la reprise en Europe et aux effets (tardifs) du paquet Hollande : pacte de responsabilité, CICE. Le chômage, lui, reflue avec lenteur. Mais, bien qu’en retrait au premier trimestre, l’investissement revient. Les entreprises aussi. Et Macron, là, y est pour beaucoup.
Il le doit à son image internationale de super réformateur libéral et les gages qui vont avec : l’impôt sur les sociétés ramené à 25 %, le CICE transformé en baisse des charges (soit six points de cotisations patronales de moins sur les salaires inférieurs à 2,5 Smics), l’ISF supprimé, les revenus du capital fiscalisés à 30 % (flat tax), l’exit tax de Sarkozy (70 millions de recettes) abandonnée. Depuis l’Australie, Macron assume. Y compris l’étiquette de Président des riches qui lui collera longtemps à la peau. Question : les 3,2 milliards des exemptés de l’ISF iront-ils vers l’économie réelle ? Faute d’incitations, ça n’en prend guère le chemin.
Baisse d’impôts : le gouvernement ne convainc pas
Pendant ce temps, la grogne sociale s’étend. Nourrie par la baisse des APL (aides au logement) et des contrats aidés, par la hausse du prix du tabac, de l’essence. L’épine de la CSG (1,7 point de hausse) reste en travers de la gorge des retraités concernés. L’employabilité s’améliore, les heures sup sont mieux payées mais les jeunes sont oubliés et les salariés n’ont pas pris la mesure des baisses de charges sur leur feuille de paie.
La première exemption de la taxe d’habitation tarde à venir d’un Gérald Darmanin qui la leur présente comme un cadeau… sans dire où il trouvera les neuf milliards (sur 20 au total) restant à financer. En résumé, le gouvernement ne convainc pas quand il parle baisse d’impôts.
Il nous manque des milliards
Or, la France est loin d’être tirée d’affaire. Nos déficits sont tombés à 2,6 % de PIB. Nous ne sommes plus sous procédure à Bruxelles. Mais on le doit plus à la croissance qu’à l’action du gouvernement. La preuve, c’est que les recettes ont crû de 4 % quand les dépenses augmentaient de 2,5 %. Avec 54,7 % de PIB contre 46 % en moyenne chez nos voisins, la dépense publique reste notre talon d’Achille. Vice-champions d’Europe, il nous manque les milliards pour redresser l’hôpital, payer les infirmières, soigner la banlieue, moderniser la prison. Assurer la dépendance. Les armées ont récupéré 1,7 milliard. Mais il y a trois fois moins de juges (9 000) en France qu’en Allemagne.
Que faire ? Réduire les dépenses en volume : du jamais vu. Accroître une pression fiscale qui atteint déjà 53 % de PIB. Inimaginable. Agir à toute vapeur pour baisser les salaires, les impôts, les déficits, le chômage : après trente ans de laxisme budgétaire, c’est le titanesque pari d’Emmanuel Macron, contraint de réformer à crédit et condamné à faire au moins les 80 milliards d’économies promises d’ici à 2022. Car, autant le savoir, la France empruntera encore, cette année, autour de 200 milliards d’euros sur les marchés.